13:51
Incendies de deux postes électriques à Nouakchott : l’OTI met en cause les nouveaux câbles de moyenne tension
LE QUOTIDIEN DE NOUAKCHOTT -
L’Organisation Transparency Intégrale (OTI) affirme avoir recueilli des informations et des documents faisant état d’un faisceau d’indices susceptibles d’établir un lien entre l’incendie de deux postes de transformation électrique à Nouakchott, survenu dans la seconde moitié du mois d’août, et les câbles de moyenne tension récemment installés sur ces infrastructures.
Selon l’OTI, ces câbles ont été fournis, installés et raccordés par la société CTM Bâtiment, appartenant à un député de Nouakchott-Sud.
L’organisation estime que cette situation soulève également des interrogations au regard des dispositions légales relatives aux conflits d’intérêts.
Elle rappelle que l’article 7 de la loi n°038-2013 relative aux incompatibilités parlementaires interdit notamment au député, pendant la durée de son mandat, d’exercer directement ou indirectement les fonctions de président, directeur ou gérant d’une société chargée de l’exécution de travaux ou de marchés publics financés par le Trésor.
Des témoignages techniques orientent les soupçons vers les nouveaux câbles
L’OTI indique avoir recueilli le témoignage de plusieurs sources techniques au sein de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec), selon lesquelles les incendies seraient intervenus après l’installation et le raccordement des nouveaux câbles.
D’après ces sources, les câbles concernés auraient par la suite été déconnectés, à titre préventif, du reste des installations. Elles auraient également fait état de réserves concernant leur conformité aux spécifications techniques requises.
Un ingénieur cité par l’OTI aurait, pour sa part, considéré que les câbles constituent l’élément nouveau le plus directement lié aux incidents. Selon cette source, l’origine du problème pourrait être liée soit à une éventuelle non-conformité des câbles aux normes exigées, soit à des erreurs techniques commises lors de leur installation ou de leur raccordement.
L’organisation rapporte également le témoignage d’un responsable de la société qui aurait examiné des enregistrements vidéo réalisés avant l’incendie. Selon son appréciation, les premiers coffrets d’où serait apparue de la fumée seraient précisément ceux récemment raccordés aux nouveaux câbles fournis par CTM Bâtiment.
Pour l’OTI, cet élément pourrait contribuer à écarter l’hypothèse d’un acte de sabotage évoquée dans les premières réactions ayant suivi les incendies.
L’hypothèse d’une surcharge également évoquée
L’OTI rapporte par ailleurs qu’une autre hypothèse, liée à une éventuelle surcharge provoquée par le raccordement de la ligne électrique d’Idini au poste Nord, aurait été écartée.
Selon l’organisation, le fait que le poste Ouest ait également pris feu alors qu’il n’était pas relié à cette ligne affaiblirait cette hypothèse et renforcerait, à ses yeux, la nécessité d’examiner les travaux récemment effectués sur les installations concernées.
L’OTI rappelle dans ce contexte les déclarations du ministre de l’Énergie et du Pétrole, Mohamed Ould Khaled, qui avait indiqué à la télévision publique que les postes de transformation concernés avaient été construits par des entreprises spécialisées et disposant, selon lui, d’une expertise élevée.
Le ministre avait également souligné que leur durée de vie pouvait dépasser cinquante ans et qu’aucun nouveau transformateur ou disjoncteur n’avait été installé avant les incidents. Il avait précisé que la principale modification intervenue sur les postes résidait dans le raccordement de câbles acquis dans le cadre du programme d’urgence.
Des interrogations sur les compétences de l’entreprise
Pour l’OTI, l’ensemble de ces éléments doit être examiné parallèlement à d’autres interrogations concernant l’expérience et les compétences techniques de l’entreprise chargée de fournir et d’installer les câbles.
L’organisation fait également état de soupçons concernant un éventuel traitement préférentiel dont CTM Bâtiment aurait bénéficié de la part de la commission des marchés de la Somelec.
Ces affirmations constituent, à ce stade, des éléments et pistes d’investigation avancés par l’OTI et ne préjugent pas des conclusions de l’enquête officielle.
L’OTI transmet son rapport à la commission d’enquête
L’organisation affirme avoir décidé de rendre public son rapport sur les incendies et de le transmettre au Premier ministre, Mokhtar Ould Djay, ainsi qu’au président de la commission d’enquête chargée du dossier, Ousmane Mamadou Kane.
L’OTI recommande notamment à la commission de récupérer et d’analyser les images des caméras de surveillance installées à l’intérieur des postes concernés, afin de déterminer avec précision la chronologie des événements.
Elle préconise également un examen technique approfondi des câbles, notamment de leur capacité d’isolation, de la qualité des métaux utilisés et de leur conformité aux spécifications prévues.
L’organisation demande en outre que les qualifications et l’expérience des équipes ayant procédé à l’installation et au raccordement des câbles soient vérifiées.
Enfin, elle invite la commission à s’intéresser au rôle effectivement joué par CTM Bâtiment dans le projet d’énergie solaire présenté par la SNIM parmi les références et expériences antérieures de l’entreprise.
Pour l’OTI, l’ensemble de ces vérifications devrait permettre de déterminer les causes techniques exactes des incendies et, le cas échéant, d’établir les responsabilités administratives, contractuelles ou techniques qui pourraient en découler.