Cridem

Lancer l'impression
05-10-2026

12:28

Bassiknou connexion: faut-il rétrocéder les deux Hodhs à la république du Mali?

Ely Krombele -- Il n'est point besoin d'échafauder une formule mantique à dessein de propager des feuilletons eschatologiques, ou de jouer à la contrariété du stratège aux multiples cheminements apocalyptiques. Autant mettre les pieds dans le plat tout de suite.

Car Gog et Magog (Joujé We Majoué) viendront du Levant, ce qui ressemble étrangement au " Far East " mauritanien. Ces deux gnomes précurseurs de malheur, s'apprêtent à traverser la frontière malienne, pour une pause-café à Bassiknou. Vous vous en doutez encore, alors voici un petit argumentaire historique?...

Si et seulement si Joseph Staline savait que le pacte germano-soviétique du 23 Août 1939 n'allait pas prémunir l'Union Soviétique d'une attaque de l'Allemagne nazie, il n'aurait jamais envoyé son ministre des Affaires Etrangères Molotov signer cet accord solennel.

Il est probable que ce pacte rompu par l'Allemagne le 22 Juin 1941 en envahissant la Russie, n'eût été d'ailleurs qu'un double réalisme des deux protagonistes, à savoir Staline et Adolf Hitler, pour des raisons propres aux intérêts stratégiques de chacun des deux dictateurs belligérants.

Aussi chez nous si le père de la Nation, feu Moktar Ould Daddah avait pressenti un seul instant que les accords tripartites de Madrid en 1974 allaient devenir 4 ans plus tard le prélude à sa chute, il aurait non seulement pris ses précautions et mis en place, les bonnes décisions géopolitiques à la mesure du piège tendu. En effet certains événements a priori ravissants dans la vie d'une Nation, peuvent avec le temps se muer en catastrophes insurmontables.

Et voilà qu'en 1945, la France, puissance coloniale a reversé les deux Hodhs (Charghi et El Gharbi) qui appartenaient au Soudan français ou actuel Mali, à la future république islamique de Mauritanie. Une attitude pas du tout innocente, car les administrateurs coloniaux agissent constamment sur le long terme avec la mauvaise habitude de vouloir corrompre leur "bonne intention" par la conservation vaille que vaille de leurs intérêts futurs.

En effet ce qu'on croyait être une aubaine depuis 1945 pour la Mauritanie, à savoir la "récupération" des deux Hodhs, "quelques arpents de terre sablonneuse" en plagiant Voltaire, pourrait, si l'on ne prend pas garde, se transformer en rêverie cauchemardesque.

En matière de géopolitique de la sous-région, la Mauritanie, dès son accession à l'indépendance, faisait face déjà à deux axes; l'un exogène hégémonique, l'autre endogène antagonique. Certes ces deux axes sont potentiellement nuisibles à sa cohésion, et auraient pu porter atteinte à sa sûreté nationale. Quant au 3ème axe, il est plus insidieux, latent, destructeur.

Il prend forme selon l'évolution de la situation géopolitique mondiale, particulièrement au Sahel. Ce qui exige d'alerter l'attention de nos services de renseignements (Gendarmerie, Police, Bed). Cet axe est apparu avec la rébellion du Nord-Mali en 2012, avec son flot de réfugiés à Mberra. Des populations maliennes démunies qui naissent et grandissent dans ces camps, dans l'absolue nécessité, donc poreuses à toute sirène évoluant en eau trouble.

Le bien-être des réfugiés est soumis à la volonté, souvent à géométrie variable de la "communauté internationale", à majorité occidentale. Or la Russie qui prône le multilatéralisme risque de venir à bout de l'Ukraine d'ici la fin de l'année 2027. Ainsi elle aura les coudées tranches pour aider les pays de l'Alliance des Etats du Sahel dont le Mali.

Les pays composant l'AES n'ont pas de débouchés sur la mer. Pour l'acheminement de ses produits commerciaux, technologiques ou militaires, la Russie a besoin d'une façade maritime sur l'océan atlantique, soit en Guinée, en Côte d'Ivoire, au Sénégal ou en Mauritanie. Ces 4 pays ont chacun des frontières communes avec au moins un des Etats continentaux de l'AES.

Rien ne peut empêcher la grande Russie d'obtenir ce qu'elle veut. Une fois les rebelles maliens, les djihadistes boutés du Nord-Mali, ces derniers chercheront un nouvel eldorado. Certains Touaregs iront se fondre dans leurs communautés au Niger, au Burkina Faso, ou même au Mali. Quant aux Arabes ou Maures du Mali, les Brabiches, où iront-ils? Ils lorgneront sans doute du côté de Bassiknou, là où ils bénéficient déjà de jeu d'alliances népotiques et mercantiles.

Même si la position géographique de notre pays lui confère des atouts géologiques, maritimes, le revers de la médaille, une fois répertorié, appelle à la vigilance accrue. Voilà que l'extrême Orient mauritanien jouxte avec l'Azawad du Nord-Mali, une zone en constante rébellion depuis les années "60" contre le pouvoir central de Bamako.

Mais en quoi cet axe pourrait un jour menacer l'intégrité de la république islamique de Mauritanie ? Pourquoi les habitants de Bassiknou, particulièrement ceux de rang élevé, doivent-ils éviter de perpétuer certaines pratiques dolosives( trafic d'armes, de munitions voire de drogue) d'avec leurs "cousins" originaires de l'Azawad? Décortiquons les 3 axes nuisibles à la quiétude des Mauritaniens car le diable est le plus souvent dans les détails, dit-on...

A/ L'axe venant du Nord

Deux grands pays du Maghreb scrutent tous les faits et gestes de Nouakchott. Au sortir de l'indépendance en 1960, le Maroc prétendait déjà que la Mauritanie n'était que le prolongement du royaume chérifien, qui devrait s'étendre de la Méditerranée au fleuve Sénégal. Si l'Algérie n'a jamais agi sur ce tableau de bord, elle n'en demeure pas passive.

En toute légitimité, elle porte un grand regard scrutateur sur ses frontières Sud et Sud-ouest. Depuis quelques années déjà, Alger et Rabat sont désormais convaincues de la sacralité de l'entité mauritanienne dans le concert des Nations. Ainsi l'ambition des deux capitales maghrébines a pris goût en une émulation séductrice multiforme envers le pays du " million....de poètes".

Désormais les deux grands frères ont de bons rapports avec nous, surtout en cette période du pouvoir de Mohamed Ould Cheikh Ghazwani., un homme de paix et de coexistence pacifique, dit-on dans toutes les chancelleries. Nos relations avec l'Algérie et le Maroc sont basées sur une coopération bilatérale, assortie d'une confiance réciproque. Aussi tout éventuel incident soit-il minime ou gravissime peut-être arrangé par les nombreux canaux diplomatiques.

Notre premier diplomate, le ministre Mohamed Salem Ould Merzoug étant sur la même note de référence que son président. Dans ce cas de figure le danger venant de l'axe du Nord est presque nul de nos jours. Et il semble que le futur ne présage pas non plus d'événements conflictuels à nos frontières Nord.

B/ L'Axe négro-mauritanien:

Depuis bien avant l'indépendance, au congrès d'Aleg de 1958, le ver est dans le fruit pour cause de leadership entre les deux composantes négro-mauritanienne et arabo-mauritanienne du futur Etat. Le bal des vampires pouvait commencer dès 1966.

Après l'intermède de la guerre du Sahara qui a un moment tissé les fibres patriotiques des deux entités nationales, le passage du colonel président Mohamed Khouna Ould Haidalla de 1980 à 1984, a aussi baissé la tension, car on le disait proche des gens de la Vallée. Le 12 décembre 1984 un autre colonel du nom de Maawiya Ould Sidahmed Taya prend le pouvoir à Nouakchott.

On le peignait comme étant modéré, moderne dans ses actes et surtout...pro-occidental, proche de Paris; qui l'aurait même aidé à prendre le pouvoir. On accusait son prédécesseur le colonel Mohamed Khouna Ould Haidalla d'être affilié à l'Algérie et surtout de flirter avec les milieux qui prônent la Charia.

Comme presque ( j'insiste sur le mot presque) tous les présidents militaires mauritaniens, Maawiya n'était pas un fin politique et manquait franchement de profondeur stratégique. Ce qui a permis à certaines mouvances nationalistes, soit de l'adouber, en le poussant à jouer au "cheval de Troie", soit, s'agissant cette fois des séparatistes, de le détester.

La France, proche de la deuxième tendance et voyant son joyau lui échapper, commença alors à activer sa 5ème colonne, avec la publication en 1986 du " Manifeste du Négro-mauritanien opprimé", la tentative de coup d'Etat du mois d'Octobre 1987, le différend Sénégal- Mauritanie de 1989, et ce qui s'en est suivi d'abominations.

En effet la question négro-mauritanienne n'est qu'un épouvantail aux mains des services de renseignements français. Si Paris a de bons rapports avec Nouakchott, le monstre fera dodo, comme nous le constatons à l'instant.

C'est juste pour dire que la question négro-mauritanienne n'est ni cyclique répondant à des mécanismes socio-politiques, ni périodique, dépendant du pouvoir en place à Nouakchott mais plutôt cosmétique. C'est donc une substance dont l'application dépend de l'humeur d'un agent catalyseur étranger.

Depuis fort longtemps, la France en concédant à ses anciennes colonies l'indépendance, a posé des pièges, de par la balkanisation. Et à chaque fois que le besoin se présente, elle réactive ses réseaux, par exemple l'Azawad pour le Mali, les Peulhs pour la Guinée, les Casamançais pour le Sénégal etc...

C/ L'Axe venant de l'Est mauritanien:


Il est le plus dangereux et constitue une question existentielle à laquelle les pouvoirs publics doivent trouver des solutions idoines dès cet instant. Sinon d'ici 2030, il sera trop tard. Penchons-nous d'abord sur le panorama géopolitique. Au Sahel, rien ou presque ne peut se faire sans le consentement, même tacite de l'Algérie.

L'Algérie qui a souffert du terrorisme au début des années "1990" a pu le contenir et l'a "chassé" vers le Mali et le Niger. Tout le monde sait que le terrorisme islamiste est une fabrication des services secrets occidentaux. La CIA , le Mossad et dans une moindre mesure la DGSE française sortent les plans des tiroirs et le financement revient aux pays du Golfe, particulièrement les Emirats Arabes Unis.

Ironie du sort seuls les pays Arabes ou musulmans sont visés, une condition à laquelle tient le Mossad. En 2026, la guerre menée par les USA contre l'Iran a affaibli les pays du Golfe, les Emirats ne souffrant pas d'exception.

L'Algérie en a profité pour rompre ses relations diplomatiques avec cette entité, alliée du Sionisme.. Quelques temps avant la rupture, Alger a normalisé ses relations avec les pays de l'AES (Mali, Niger, Burkina). Si l'Algérie lâche Iyad ag Ghaly et son mouvement, tempère Amadou Koufa chef du Macina, il ne restera plus que le FLA (Front de libération de l'Azawad) et Al Qaïda.

Si on peut comprendre la lutte du FLA pour son autonomie, que vient chercher alors Al Qaida dans le Nord-Mali? Comment différencier les combattants Touaregs ou Arabes du Nord-Mali des djihadistes? Ces milliers de combattants aguerris, très équipés qui écument le désert voudront bien un jour élargir leurs champs d'action.

Pour cela le territoire le plus proche, c'est le Sud-Est de la Mauritanie, là où ils ont des attaches et surtout de la parentèle. En effet des notabilités et plusieurs agents des services du Renseignement mauritanien (Gendarmerie surtout) ont des liens de parenté avec les combattants au Nord du Mali. Les preuves sont là, et gare au retour de manivelle. !!!

D/ Bassiknou connexion:

Le vendredi 4 septembre deux véhicules bourrés d'armes et de munitions ont été interceptés par les autorités mauritaniennes à Bassiknou, dans le Sud-Est mauritanien, selon des sources concordantes émanant de Bamako et Nouakchott.

L'armement provenant du Nord Mali était sans doute destiné au marché noir mauritanien ou constituait l'élément précurseur à des nids clandestins de djihadistes dissimulés. Des noms de mauritaniens connus à Bassiknou ont été cités. L'affaire a été étouffée, semble-t-il.

Attention l'Histoire ne pardonne pas. Le chef suprême des Forces Armées et de Sécurité de la République Islamique de Mauritanie, le président Mohamed Ould Cheikh Ghazwani, ne doit pas prendre à la légère toute action ou transaction dont l'origine est l'armement en grande quantité provenant du Nord-Mali. Les terroristes basés au Mali n'ont pas d'amis, ils n'obéissent pas à une logique de relations internationales, ni à l'intangibilité des frontières.

Comme le monstre de Frankenstein, une fois créé, structuré voire encadré, le terrorisme échappe à l'autorité de son démiurge. Avec 50 Pick-up ils peuvent occuper Bassiknou là où ils ont probablement des complicités.

La porosité de nos frontières dans cet océan de sable, donne un ascendant tactique aux groupes armés terroristes du Jnim affiliés à Al Qaîda, une liberté totale de la manoeuvre, autrement dit, frapper quand ils veulent et occuper où bon leur semble. Avec 100 Pick-up, Néma sera submergée, Timbédra conquise.

Le groupe du Macina avec ses milliers de jeunes Peulh à motos agira le long de la frontière de Adelbagrou à Tintane. Voilà un espace suffisant pour ces terroristes, les deux Hodhs pour exercer leur autorité. La guerre civile tant crainte, tant attendue ne viendra un jour ni du côté Nord, ni de la Vallée du Fleuve, encore moins de "l'explosion communautaire Haratine", Le déluge, s'il a lieu viendra plutôt de l'EST et son origine proviendra des Touaregs, des Arabes( Maures) du Nord-Mali.

D'ici la fin de l'année 2027, le temps que la Russie, face à une Europe faible, finisse de dicter ses termes de capitulation à l'Ukraine, les USA, étant embourbés en IRAN, les Emirats ne pouvant relever la tête, pour que les milliers de combattants acculés avec leurs centaines de véhicules, d'armes lourdes, légères, d'explosifs, de mines ...ne nous submergent, nantis de certains complices mauritaniens.

Comme si la récupération des deux Hodhs en 1945 par la Mauritanie, n'aura servi 80 ans plus tard qu'à sa propre disparition. Après l'épouvantail du négro-mauritanien opprimé, Paris a une autre carte beaucoup dissuasive, voire mortifère, celle du djihadiste apatride. Nous avons transmis l'avertissement, car cette menace en puissance, le sera un jour en acte.... /.

ELY SIDAHMED KROMBELE



Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org