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02-02-2026

05:01

Le changement des règles relatives aux mandats présidentiels : contraintes institutionnelles...

... et risques d’instabilité politique, économique et sociale en Mauritanie.

La question de la modification des matières constitutionnelles relatives aux mandats présidentiels dépasse le simple cadre juridique. Elle touche au cœur du pacte politique entre l’État et les citoyens et engage, au-delà des institutions, la stabilité politique, économique et sociale du pays. 

En Mauritanie, où l’équilibre institutionnel reste fragile et où l’histoire récente a été marquée par des ruptures de l’ordre constitutionnel, toute réforme de cette nature comporte des risques majeurs, tant à l’échelle nationale que sous-régionale.

1. Une contrainte institutionnelle lourde de sens

Les règles encadrant la durée et la limitation des mandats présidentiels constituent un pilier fondamental de la gouvernance démocratique. Elles visent à prévenir la concentration du pouvoir, à garantir l’alternance et à assurer la prévisibilité de la vie politique. Leur modification, même lorsqu’elle est juridiquement encadrée, devient problématique dès lors qu’elle est perçue comme répondant à des intérêts politiques immédiats.

En Mauritanie, la mémoire collective reste marquée par des transitions imposées et des changements institutionnels brutaux. Dans ce contexte, toucher aux matières liées aux mandats présidentiels fragilise la légitimité des institutions et alimente la suspicion d’un affaiblissement volontaire des garde-fous constitutionnels.

2. Une atteinte à la confiance politique et sociale

La stabilité politique repose avant tout sur la confiance des citoyens dans la parole de l’État et dans la permanence des règles du jeu. Modifier les engagements constitutionnels initiaux remet en cause cette confiance et nourrit un sentiment d’injustice ou d’exclusion politique.

Sur le plan social, cette défiance peut se traduire par :

• une montée du scepticisme électoral et de l’abstention ;

• une radicalisation du discours politique ;

• un accroissement des tensions sociales, notamment chez les jeunes, déjà confrontés au chômage et à la précarité.

Dans un pays où la cohésion sociale reste un enjeu central, toute décision perçue comme une confiscation du pouvoir peut fragiliser l’unité nationale.

3. Les conséquences économiques : un facteur souvent sous-estimé

L’instabilité politique a un coût économique direct. L’incertitude institutionnelle affecte la confiance des investisseurs, freine les projets à long terme et peut retarder les réformes économiques nécessaires. En Mauritanie, où l’économie dépend fortement des investissements étrangers, de l’aide internationale et de la stabilité macroéconomique, une crise politique prolongée peut entraîner :

• une baisse des investissements directs étrangers ;

• un ralentissement de la croissance ;

• une pression accrue sur les finances publiques ;

• une aggravation des inégalités sociales.

À terme, ce contexte risque d’alimenter un cercle vicieux où les difficultés économiques renforcent les tensions sociales, lesquelles accentuent à leur tour l’instabilité politique.

4. Un risque pour la stabilité de la sous-région

La Mauritanie occupe une position stratégique entre l’Afrique du Nord et le Sahel, une région déjà confrontée à de profondes crises sécuritaires et politiques. Toute instabilité interne peut avoir des répercussions au-delà des frontières nationales, notamment en matière de sécurité, de flux migratoires et de coopération régionale.

Un changement controversé des règles du mandat présidentiel pourrait affaiblir le rôle stabilisateur que la Mauritanie a progressivement cherché à jouer dans la sous-région, tout en exposant le pays à des pressions diplomatiques accrues et à une perte de crédibilité auprès de ses partenaires.

Conclusion

La modification des matières constitutionnelles relatives aux mandats présidentiels ne saurait être considérée comme une simple réforme technique. En Mauritanie, elle constitue une contrainte politique majeure aux conséquences potentiellement lourdes : fragilisation des institutions, perte de confiance citoyenne, risques économiques accrus et menaces pour la stabilité sociale et sous-régionale.

Dans un environnement national et régional marqué par l’incertitude, la préservation des principes d’alternance et de stabilité institutionnelle demeure un impératif stratégique. Toute réforme en ce domaine ne peut être envisagée que dans le cadre d’un large consensus national, fondé sur l’intérêt supérieur du pays et la nécessité de préserver durablement la paix sociale et politique.

Nouakchott le 1 février 2026

Moulay Ahmed Mohmed Saleh





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