21:49
Visite du Président dans le Gorgol : Maghama à l’honneur, entre ferveur populaire, mémoire nationale et exigence de justice territoriale
En se rendant à Maghama, ce lundi 9 février 2026, le Président de la République, Mohamed Cheikh El Ghazouani, a posé un geste à la fois symbolique et politique. Symbolique, car cette ville du Gorgol, chargée d’histoire, revendique une place singulière dans la construction nationale. Politique, parce que la visite s’inscrit dans une tournée intérieure destinée à recueillir, au plus près du terrain, les doléances des citoyens.
L’accueil réservé au chef de l’État a été à la mesure de l’attente. Organisation maîtrisée, mobilisation populaire remarquable, interventions de qualité : Maghama a voulu marquer les esprits. Loin des joutes partisanes, la ville a choisi de confier la parole à des personnalités apolitiques, figures morales et sociales respectées.
Parmi elles, l’éminent imam Thierno Alassane Sall, dont l’intervention, empreinte de gravité et de dignité, a cristallisé les attentes d’une population en quête d’équité.
Les doléances exprimées traduisent des préoccupations concrètes et persistantes : dysfonctionnements de l’état civil, difficultés d’accès à l’eau potable, insuffisances en matière d’électrification, lacunes dans les secteurs de l’enseignement et de la santé, enclavement et déficit d’infrastructures routières, sans oublier la question sensible de la représentativité des ressortissants de Maghama dans les instances nationales. Autant de chantiers qui, pour les habitants, conditionnent l’égalité réelle entre les territoires.
Un intervenant n’a pas manqué de souligner le paradoxe : comment expliquer le retard de développement d’un département qui a tant donné à la nation ? Maghama, ont rappelé plusieurs voix, a vu naître des figures majeures de l’histoire mauritanienne, parmi lesquelles Ba Amadou Dadie Samba Diom, Ba Mamoudou Samboli, le colonel Thiam El Hadj, Ba Mamadou Alassane et son frère Ba Daouda, ou encore Ba Mbaré, Président par intérim à un moment charnière de la vie nationale.
Autant de noms qui incarnent l’engagement précoce et déterminant de cette terre dans l’édification de l’État mauritanien.
Plus récemment, des noms comme Diallo Abou Moussa et Niang Mamoudou sont également venus enrichir cet héritage.
À cet héritage historique s’ajoute l’engagement constant de ses fils et filles établis à l’étranger. La diaspora de Maghama, fortement implantée en Afrique, en Europe, en Amérique et ailleurs, joue un rôle moteur dans le développement local.
Par des transferts financiers réguliers, le financement d’infrastructures communautaires, la construction d’écoles et de mosquées, le soutien aux structures sanitaires et l’appui aux familles les plus vulnérables, elle compense souvent les insuffisances structurelles.
Cet investissement silencieux mais déterminant témoigne d’un attachement profond au terroir et d’une volonté de participer activement à son essor. Nombreux sont ceux qui appellent aujourd’hui à une meilleure articulation entre les efforts de l’État et ceux de la diaspora afin d’optimiser l’impact de ces contributions.
Face aux interpellations, le Président Ghazouani a tenu à rassurer. Maghama, a-t-il affirmé, « n’est pas oubliée et ne le sera pas ». Reconnaissant que le département existe bien avant l’indépendance et que ses dignes fils ont contribué de manière décisive à la fondation du pays, le chef de l’État a inscrit sa réponse dans le registre de la reconnaissance nationale et de la continuité historique.
Reste l’enjeu politique sous-jacent. Lors des dernières élections, Maghama s’est fortement mobilisée en faveur du Président. Cette fidélité électorale nourrit aujourd’hui une attente légitime : celle d’un retour tangible en termes d’investissements, d’infrastructures, de services publics et de représentation.
La visite présidentielle à Maghama dépasse ainsi le cadre d’une simple étape protocolaire. Elle met en lumière une exigence croissante des territoires : être entendus, reconnus et pleinement intégrés au projet national. Dans le Gorgol comme ailleurs, le temps des symboles appelle désormais celui des réalisations concrètes.
Prof. Thiam Maimouna