Cridem

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06-07-2026

16:45

On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre…

J’ai lu, il y a quelques jours, la sortie d’un certain colonel de l’armée sur le nouveau projet de loi tendant à encadrer la situation des officiers généraux, en rapport avec la vie politique.

J’ai trouvé, honnêtement, le texte de qualité ; bien amené, pondéré, à l’argumentaire articulé, presque inattaquable au plan de la cohérence interne, mais qui ne se plaçait, hélas, que sur le plan juridique. Et c’est peut-être là sa faille. A suivre le raisonnement de l’auteur on risquait d’être égaré ou gagné à sa prêche.

D’ailleurs le Professeur Gourmo lo, dans une intervention parallèle se plaçant sur le même terrain, semble, sur bien des aspects, soutenir l’auteur tant sa logique est impeccable …C’est du reste parce que je n’ai pas été entièrement satisfait par la réponse du Prof que je me suis décidé de réagir à mon tour.

De mon point vue le débat se situe ailleurs que sur le terrain juridique. IL est de l’ordre du choix entre "le respect du droit" du militaire rendu à la vie civile et l’héritage désastreux des militaires ; l’expérience, immensément négative, vécue sous la houlette des régimes militaires- déguisés en civils-, depuis 1978. Notre pays a été dévié de sa trajectoire de développement, vu son Unité nationale et son tissu social détruits, sa population domestiquée, le droit et la loi foulés au pied !

Et cette raison, dominante à mon sens, commande et surpasse toutes les autres …Le peuple, dans toute sa diversité, n’a que trop souffert sous leur joug, et particulièrement certaines composantes nationales. Militaires actifs ou en réserve ou à la retraite, on n’en veut simplement plus dans le champ politique, d’autant que le socle démocratique demeure encore trop fragile. Et tant qu’il le restera on n’est pas à l’abri de la solidarité corporative, toujours à l’affût.

58 ans d’un mal profond qui a détruit notre système judiciaire, notre système de santé, notre École et notre administration, notre vivre ensemble, ça suffit ! Prévenir toute politisation de l’armée bien sûr, mais surtout, éloigner tout militaire du jeu politique, tant que des garde-fous solides n’auront pas été posés.

"C’est à l’œuvre que l’on juge l’ouvrier", nous dit l’adage, et les militaires nous ont montré la leur... Le droit du peuple dans sa préservation contre les abus contre le droit du militaire -civil, tels sont les termes du choix, en un mot … Pour ma part le choix est clair. Aux grands maux les grands remèdes !

Concomitamment aux commentaires sur ce nouveau projet de loi, une information a circulé, indiquant que le président Ghazouani aurait consenti à l’endroit des officiers supérieurs une pension de retraite confortable, juteuse, passant du simple au triple. Monnaie d’échange ?

Si cette information est avérée, on n’a pas entendu dire que ces officiers avaient protesté contre cette faveur, ni qu’ils avaient craché dessus ! Et ce serait alors le lieu, ici, de rétorquer au colonel que l’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre …

Aux dernières nouvelles le projet serait retoqué, semble –t-il. Rien d’étonnant, au regard de nos pesanteurs ataviques, de la main- mise des tribus sur l’Etat, de cette mentalité rétive à tout changement …

Rappelons à ceux qui nous gouvernent qu’il faut du cran et du courage pour le changement. Il faut oser, à l’image de Guevara et Castro, Allende, De Gaulle avec Vichy, avant qu’il ne se mua en colonialiste invétéré, et Sankara enfin ! L’Afrique a tant souffert de ses militaires…

Que Dieu protège la Mauritanie… de tous ces chauvins masqués !

Samba Thiam, président des FPC





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