24-10-2007 17:01 - La duperie politicienne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ou le...
La duperie politicienne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ou le dévoiement post « CMJDien » de la démocratie mauritanienne
La Mauritanie, à l’instar d’une Afrique plus tâtonne que résolue, est mal partie. Mais, est-elle vraiment partie ? Là est toute la question
Le scénario
Le scénario est désormais bien huilé et se répète avec la même dramaturgie, lors de tous les scrutins présidentiels : le pays est au bord du gouffre, le redressement sera difficile, il y a les méchants qui font semblant de résister (les opposants) et les Zorros ou bons samaritains (les apparatchiks du pouvoir) qui permettent de sauver la mise (momentanément) à un pays condamné à des atermoiements perpétuels sur la voie d’un développement plus qu’illusoire. Puis vient le temps de la délivrance où chacun se réjouit : le pays est sorti d'affaire, une nouvelle étape « décisive et positive » va s'engager...
La duperie
On connaît la ritournelle, elle permet aux chefs d'Etat, quels qu'ils soient de se mettre en scène pour leurs opinions publiques. Souvenez vous de tous les coups d’Etat successifs avec leurs Comités Militaires (que ce soit pour le Redressement ou le Salut nationaux, idéaux célestes ou pour la Justice et la Démocratie, valeurs plus modestement terrestres). A chaque fois, l'euphorie et la liesse populaires étaient au rendez-vous mais, après, la réalité finira par s'imposer et là l'atterrissage est plus difficile.
Faire du nouveau avec de l'ancien
Les vieux réflexes reviennent et les méthodes d’antan reprennent le dessus : clientélisme, favoritisme, népotisme, tribalisme, régionalisme, et, par-dessus le marché, le parti-Etat pour encadrer ce cirque et formaliser cette mascarade consubstantielle à une classe politique pourrie qui aura été absoute de tout péché antérieur par le miracle de la présence d’un Président apolitique capable du meilleur. Mais, en attendant, le pire est à craindre ! Â
L'Etat spectacle
La comédie, le mensonge, la duperie, la magie, continuent : la crise n’existe pas ! Pour renfort, on appelle le Ministre des Finances, celui du Commerce et de l’Industrie qui s’efforceront, à coup de statistiques contrefaites, de montrer que notre balance commerciale est « excédentaire » ! Jamais, Taya n’a commis une telle énormité. La pilule est vraiment trop forte à avaler. Savez-vous à quoi servent le FMI et la Banque Mondiale, principales IFI (Institutions Financières Internationales) ? A équilibrer les balances commerciales des pays pauvres, tel que le voudrait initialement John Mayard Keynes.
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Ainsi donc, à l’avis des hommes du Président, la Mauritanie n’aurait pas besoin des services – dont on se serait bien passé par ailleurs tant le cadeau est empoisonné – d’IFI de plus en plus décriées. Dieu fasse que les partenaires au développement les prennent sur parole ! Ce serait alors l’arroseur arrosé…  Â
L’alternance démocratique : un mal nécessaire
L’alternance démocratique a été utile même si elle est loin, bien loin, d'avoir trouvé son prolongement normal dans des institutions formelles du fait d’une Administration éternellement aux ordres, ne sachant pas faire autre chose.
L’alternance démocratique au régime oligarchique de Taya aura été utile, malgré tout. Ses auteurs et leurs hommes-liges, bien qu’ayant mal vécu « cette guerre fratricide » entre factions issues du même régime, la considèrent comme un mal nécessaire. Le temps finira par guérir les plaies, et la « vie » reprendra ses droits. Entendez par là toutes sortes de pratiques qui ont permis à une poignée d’individus aux commandes de l’Etat d’être riches comme Crésus en un temps record. Et de distribuer, en grands seigneurs, de menus dividendes à leurs réseaux et hommes-liges en rétribution de « services rendus à la nation ».
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La spécificité mauritanienne, petite fille de cette autre spécificité africaine qui ne cesse d’exhorter l’intelligentsia à l’indulgence face au gâchis africain, voudrait que des crimes aussi odieux que la corruption, le détournement des deniers publics, le recel de biens sociaux… soient légitimés. Telle est l’alchimie de la politique mauritanienne !
L'Etat n'est pas bloqué par les seules institutions actuelles. Les blocages sont aussi politiques autant qu’économiques ! Ajoutons qu’ils sont aussi et surtout d’ordre sociologique et psychologique (autrement dit, la totale !).
La crise est identifiée. Ce sujet jadis tabou est évoqué. Du moment que l’on cherche à se justifier, à justifier le comment et le pourquoi d’un coup d’Etat inattendu, on parle de crise, de blocage. Le Président de l’ex-CMJD, son Premier Ministre, évoquent la crise, déballent des chiffres. Les entreprises publiques seraient un véritable gouffre financier : SNIM, Air Mauritanie, Somelec, SNDE, SOCOGIM, PANPA, ENER…
La crise est générale, multisectorielle… Puis vinrent les élections législatives et municipales, présidentielles ensuite avec leurs cohortes de voltes faces cachant mal un scénario prémédité. Et enfin ce qui devait arriver arriva : Sidi Ould Cheikh Abdallahi est élu Président de la République !
L’homme, il faut le dire, a « le profil » : il n’est pas issu des rangs des partisans de Taya, aucune compromission avec l’ex-Parti-Etat (le PRDS), une tribu différente de celle de Taya pour ne pas donner le flanc à une critique supplémentaire de ce calibre-là , son âge avancé garantit contre toute velléité de boulimie du pouvoir (donc succession ouverte au bout du premier mandat), mais, surtout une réputation d’homme d’autant plus contrôlable que son épouse est issue du même clan que le tandem tombeur de Taya (les deux Colonels Ely Ould Mohamed Vall et Mohamed Ould Abdel Aziz). En outre, fonctionnaire expatrié depuis presque deux décennies, il serait facilement présentable comme un homme « indépendant »… Une aubaine !
Indépendant, vous avez indépendant ?…
Pour se limiter à la récente histoire démocratique de notre pays, le label de démocrate apparut à la veille des premières élections présidentielles de 1992, avec la candidature indépendante d’Ahmed Ould Daddah. Indépendant, par rapport à qui, par rapport à quoi ? D’abord, bien évidemment par rapport au pouvoir, tenu d’une main de fer par un Taya au faîte de sa gloire.
Ensuite, et surtout par rapport par rapport aux différents partis politiques formant l’opposition. Le label indépendant permit à Ahmed Ould Daddah de rassembler derrière sa personne des partis et des hommes issus d’horizons divers, d’obédiences idéologiques et politiques diverses. D’où, à la fois, son avantage et son inconvénient. En effet, le paysage politique d’alors, mettait en jeu des groupuscules sans socle idéologique, ni assise populaire véritable, ni autonomie financière face à un parti-Etat tout puissant reprenant à son compte les moyens humains et financier d’un Etat devenu en fait la propriété privée du Président et des siens (famille au sen aussi bien social que politique).
Après, ce vocable sera si galvaudé en Mauritanie que des personnalités, liées au pouvoir – donc aussi peu indépendantes que l’est un labrador tenu en laisse par son maître – ou même franchement issues de ses rangs, se sont présentées sous cette étiquette. Rappelons à ce titre les multiples candidatures indépendantes des caciques du PRDS, ex-parti au pouvoir sous le règne de Taya. Nous ne saurions passer sous silence ces fameuses et multiples « initiatives indépendantes », ou ces interminables motions de soutien faussement spontanées visant à soutenir un Président qui n’en a cure. Tout cela contribuait à la prolifération des réseaux qui cherchent par tous les moyens à se faire rétribuer l’allégeance à leurs chefs (cela va du potentat local ou tribal, au Président de la République, en passant par le leader politique, qu’il soit élu ou ministre).
Enfin, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, eut à se présenter sous cette étiquette. Etait-il indépendant ? Que nenni ! Pour faire croire à l’éclatement du PRDS, sans quoi tout le « processus CMJDien » serait de la poudre aux yeux, le CMJD lui-même encouragea les dissidences au sein du PRDS et les candidatures indépendantes. Naïfs, croyant à sa victoire imminente, les partis de l’opposition accueillirent en leur sein les ennemis d’hier et, confiants dans leur génie rassembleur, ils les présentèrent comme candidats, sous les couleurs de leurs partis respectifs. Mal leur en prit. L’opposition ne comprit que trop tard que ces pontes du PRDS n’avaient aucune chance de gagner autrement que par le truchement de son propre capital de sympathie.
Situation cocasse que celle de voir une opposition servir de force d’appoint à un pouvoir confronté à une crise existentielle ! Telle est la duperie de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, présenté comme indépendant, lui qui est propulsé en avant grâce à l’appui plus manifeste que souterrain de cette autre duperie de coup d’Etat du 3 août 2005.
Crise, vous avez dit crise ? N’exagérons rien…
Vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au-delà . Vérité du temps d’Ely, mensonge à l’époque de Sidi. Quelques mois plus tard et de menues retouches en guise de réformes, la SNIM serait en excellente santé, Air Mauritanie, la Somelec, SNDE, SOCOGIM, PANPA, ENER, n’en parlons plus, comme pour conjurer le sort ! Il ne s’agit pas de crise, le mot serait exagéré ! Cependant, le déficit – et oui, car déficit il y a – annoncé dans la foulée d’une déclaration de politique générale passe presque inaperçu, le chiffre de 30 milliards d’ouguiya ne faisant plus peur à une opinion habituée aux milliards de dollars évoqués par ces faussaires de la République épinglés à maintes reprises par des IFI qui s’évertuent à nous montrer que la corruption et la « mal gouvernance » expliqueraient l’échec des programmes d’ajustement structurel en Afrique. Ceci participe d’une autre duperie à l’échelle internationale cette fois !
Déjà , les promesses électorales avaient dû être revues à la baisse par les technocrates du nouveau régime, sous prétexte de réalisme, et là , il leur a bien fallu tenter de tenir compte, au moins sur la forme et en paroles, des attentes populaires. La phraséologie populiste reprend ses droits, le credo intellectualiste, technocratique est de bon aloi, la démocratie bon teint revient à la mode, on prêche la bonne parole, l’heure est à la « reconstruction nationale » pas dans les chantiers, mais du moins sur les ondes… La vie est un long fleuve tranquille. Que veut-on de plus ?
Le Mur, ce mur infranchissable…
Du temps de Taya, époque bénie aux yeux des hommes-liges de tous les régimes successifs depuis… Moctar Ould Daddah et les Ould Haimassou de toutes sortes dont pullule notre pays, mais maudite aux yeux de plus d’un, tout novateur a eu à faire face à un mur infranchissable de silence et de mépris. S’il s’évertue à le démolir, ou à y creuser ne serait-ce qu’une petite brèche, l’argument séditieux est là , toujours prêt à l’emploi : atteinte à la Sûreté de l’Etat, argument fallacieux qui servira à tous les coups aussi bien pour mater toute velléité de contestation qu’à inventer, à l’occasion, ces ennemis de la Nation sans lesquels toute répression serait aveugle et sans objet.
A ce jour, à moins d’une menace sérieuse, l’argument séditieux n’est plus opposable à ces franges toujours fragiles de la population que sont : les opposants, les intellectuels, les syndicats, les élèves, les travailleurs, les partis politiques, les défenseurs des Droits de l’Homme, les négro africains, les nasséristes, les haratines, les baathistes… Cependant, le mur existe toujours, il est bien là  ! Il s’agit d’un mur de silence, de mépris… Il n’y a pas crise. Et puisque je le dis, si vous insistez. L’argument séditieux fait place à l’argument d’autorité, son corollaire.
L’enfer, c’est les autres…
Pendant la campagne présidentielle, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a joué sur un vaste malentendu pour passer. « L’enfer, c’est les autres », disait Sartre. Sauf que là , « les autres », c’est le camp de Daddah, ces opposants aux visions sectaires seraient, à l’évidence, un enfer insurmontable pour les intéressés. Pour leurs privilèges, leur prestige, leurs richesses, leur soif de pouvoir. Que sont-ils sans tout cela ? Rien du tout. De là à dire que ces opposants s’emploieraient activement à dresser une Mauritanie contre l’autre – ils en savent quelque chose, les édiles de Taya eux qui sont formés à bonne école, celle de leur mentor Taya ! – il n’y avait qu’un pas, allègrement franchi dans un semblant de croisade à l’encontre des contestataires d’hier. Croisade aux relents de campagne anti-opposition. Rien n’a changé, pas même le décor. Et on parle de changement ! A mois d’être myope !
Les accords électoraux, avez-vous dit accords électoraux ?
Les accords électoraux, sont un deal, passés entre un candidat en position de ballottage favorable avec un camp pseudo concurrent ou une partie du camp adverse au prix d’un débauchage. Et cela en contrepartie de sommes importantes tout de suite et de privilèges et postes clés dans le futur. La grande cagnotte ! Ailleurs, de tels accords sont secrets et si, d’aventure, cela venait à être connu, ce serait un scandale, un immense scandale !
En effet, en démocratie, il y a un élément important, à la base de tout système démocratique : le libre-arbitre. Sans libre-arbitre et sans la liberté de voter, il n’est point de démocratie. La pression, le marchandage, le débauchage, le chantage, sont des entraves au libre choix de l’électeur. Cela est d’autant plus aisé que notre société est, elle-même, fondée sur l’économie de rente, maigre viaduc visant à marchander sa conscience, sa voix, son soutien, son temps ou sa force…
Il suffit d’y mettre le prix ! L’exécution des accords électoraux (Zeine Ould Zeidane comme Premier Ministre, Messaoud Ould Boulkheir comme Président de l’Assemblée Nationale, loi pénalisant l’esclavage, des nominations à tour de bras…) ne signifie pas pour autant respect des engagement électoraux. Les promesses au bon peuple, elles, peuvent encore attendre. Qui s’en soucie ? Â
Houmoum Ennass N°134 du mercredi 24 octobre 2007
