29-10-2007 13:24 - Cinéma : « Les bas-fonds » de Maxime Gorky à Chinguitty
Pourquoi le choix de Chinguitty ? Abderrahmane Sissako a donné deux raisons. La première est visuelle, cinématographique. « Les bas-fonds » de Gorky, c’est dans les caves qui n’existent pas en Afrique du fait du climat chaud. Mais, Chinguitty, ville ressortie du fond des sables, s’adapte bien à cette idée des gens d’en bas qui se retrouvent en bas pour parler de leur souffrances.
La Russie, théâtre des bas-Fonds de maxime Gorki, c’est la porte du pole nord, le froid. Chinguitty, futur bas Fond de Sissako, c’est la chaleur du Sahara. Mais, pour l’auteur de Bamako, natif de Kiffa et étudiant en Russie, ce qui compte ce n’est pas l’éloignement géographique, mais la souffrance de l’Homme.
« Quelque soit le lieu où il se trouve, quand l’Homme souffre, il soufre de la même manière » Dit Sissako. Maxime Gorki, dans ses bas fonds, a fait dire à l’un des personnage : " Tout est dans l'homme, tout est pour l'homme! L'homme seul existe, tout le reste est l'oeuvre de ses mains et de son cerveau. L'homme! Quel mot magnifique! Comme cela sonne fier! Il faut respecter l'homme! Pas le plaindre, pas l'humilier par la pitié, mais le respecter. Buvons à l'homme, Baron! "
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La deuxième raison du choix de Chinguitty : « le manque du pays » Pour Sissako, tout acte de création est une quête de soi qui ne s’arrête jamais. Avec un casting qui ciblera des comédiens marocains, algériens, sénégalais, congolais, mauritaniens…Sissako, à Chinguitty, fera des « bas- fonds » représentatifs de tout le continent.
China town en Afrique
Après le japonais Akiro Kurosawa et le français Jean Renoir, Abderahmane Cissako sera le troisième cinéaste à porter à l’écran la célèbre Å“uvre de maxime Gorki. Au cours de la conférence de presse, Abderrahmane Sissako a révélé qu’il travaille à l’écriture d’un autre sujet pour faire un film dont le lieu de tournage n’a pas encore été fixé. Un sujet futuriste et original : La chine et l’Afrique dans 30 ans. « Imaginez un china town en plein Afrique dans 30 ans », sera l’objet du film.
La tendance actuelle est de voir en la Chine « une menace » pour l’Afrique. Les vendeurs ambulants, les magasins et les produits chinois à Nouakchott, Dakar, Yaoundé…ça inquiète. Abderrahmane Sissako, lui, pense que toute nation est faite de rencontre, qu’il n’ y a pas d’identité unique et que c’est le mélange qui fait la richesse.
Interrogé sur les difficultés du cinéma africain, Sissako a emprunté la réponse d’un cinéaste burkinabé qui disait « Comment voulez-vous que le cinéma marche quand les dispensaires ne marchent pas ? » Ce n’est donc pas le cinéma seulement qui ne marche pas en Afrique. La priorité, pour Sissako, doit être l’éducation. Il ne faut pas, selon lui, attendre la volonté politique pour changer. Il faut, comme, les animateurs de la Maison des cinéastes mauritaniens qu’il soutient beaucoup, « prendre des initiatives et agir. » Les animateurs de la Maison des cinéastes qui font partie des « héros anonymes travaillant au quotidien. »
Abderrahmane Sissako, étalon du Yenenga, membre du jury du dernier festival de canne, chevalier de l’ordre national des arts et de la culture de la République française…., passe presque inaperçu dans son pays, la Mauritanie.
Tous mes films sont financés de l’extérieur
« Je suis profondément déçu. J’ai rencontré plusieurs fois les autorités de mon pays. A chaque fois, pour être mesurer, j’ai eu le sentiment qu’il n’en avaient rien à foutre. Tous mes films sont financés de l’extérieur. C’est triste. » A dit Sissako. Mais Il affirme ne pas beaucoup aimer parler de ses propres déceptions car « beaucoup de gens souffrent plus que lui. »
Avant la conférence de presse organisée par la maison des cinéastes, il a été donné aux journalistes d’écouter l’artiste Mint Hombare chantant « le retour des déporté et l’unité nationale ».
Au sujet de mauritaniens déportés au Sénégal et au Mali, Abderramane Sissako a dit : « Pour ce problème, je ne me suis pas personnellement engagé. Ca fait partie de mes absences. Aujourd’hui, je suis, à 100%, prêt à jouer un rôle d’ambassadeur. Un pays qui ne s’atèle pas à l’unité, à la réconciliation, qui ne cicatrise pas, n’avance pas. Il faut reconnaître aux réfugiés une grande humanité. Malgré les souffrances endurées, ils n’ont posé aucun acte de violence. »
Khalilou Diagana
khalioubi@yahoo.fr
La maison des cinéastes de Nouakchott
La maison des cinéastes mauritanien, née en 2002, a à son actif l’organisation de deux semaines nationale du cinéma (SENAF). La troisième édition aura lieu en 2008. La Maison, regroupant de jeunes apprentis du septième art qui y bénéficient d’un encadrement, est dirigé par Abderrahmane Ahmed salem. La SENAF permet à ces jeunes de s’exprimer et offre au public mauritanien d’autres films venus d’ailleurs.
