31-10-2007 08:47 - Risque d'implosion de l'ASECNA

Risque d'implosion de l'ASECNA

: Le Madagascar quitte, la Mauritanie et le Congo menacent

Il ne serait pas exagéré de parler de crise qui sévit au sein de l’Agence de sécurité de la navigation aérienne de l’Afrique (Asecna), car non seulement la Mauritanie et le Congo ont menacé de quitter l’agence, mais le Madagascar a lui franchi le rubicon en annonçant officiellement son départ, parce qu’il trouve que le budget que l’Asecna lui alloue est insuffisant. Au Sénégal on a convoqué pour aujourd’hui une «réunion d’information».


L’information est tombée hier. Le Madagascar a décidé de se retirer de l’Agence de sécurité de la navigation aérienne de l’Afrique (Asecna). Les agents de l’Asecna ont été mis au courant de l’information depuis jeudi dernier.

Cette décision est comme un «préavis». Et le pays doit s’acquitter des six mois de préavis exigés par l’Asecna, avant de rompre définitivement les amarres. Et d’ici là, l’Asecna a le temps de mettre en place des mesures et de prendre des décisions pour pousser le pays de Marc Ravalomanana à revenir sur sa décision.
M. Julien Laporte Ravelonarino, ministre des transports et du tourisme, a expliqué les raisons de la décision de Madagascar. Il a déclaré dans les colonnes de l’Express de Madagascar, que «la relation de Madagascar avec l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) ne joue pas en faveur de Madagascar». Ajoutant que le Madagascar va «quitter l’agence et gérer son propre espace aérien car ils ont les compétences pour cela. Surtout que «la part de Madagascar dans le budget alloué par l’Asecna n’est pas suffisante. Pourtant les redevances que paye Madagascar sont conséquentes».

Du côté du Sénégal, une réunion d’information a été convoquée aujourd’hui. Tous les responsables, secrétaires généraux de syndicats ont été convoqués à cette rencontre. Cette décision de Madagascar tombe dans une période marquée par le désir de la Mauritanie de quitter aussi l’Asecna. Et le départ d’autres pays n’est pas à exclure. L’avenir de l’Asecna est plus que jamais compromis.

Le débat sur l’avenir du Sénégal dans l’agence est plus que jamais d’actualité. Le budget alloué au Sénégal semble insuffisant comparé aux redevances que le Sénégal verse à l’agence. Mais les responsables de l’aéroport Léopold Sédar Senghor s’interrogent sur la compétence des cadres sénégalais, et sur le sérieux pour gérer le fonctionnement de l’aéroport si jamais le Sénégal serait appelé à faire face à l’éclatement de l’Asecna.

Il y a aussi la question de la gestion de la Fir océanique confiée par l’Oaci au Sénégal, qui l’a confié à son tour à l’Asecna. Si l’Asecna éclate, est-ce que le Sénégal continuera à gérer la Fir qui apporte beaucoup d’argent à l’Asecna ? Ensuite est-ce que le Sénégal continuera seul son chemin dans ce contexte de globalisation, qui va occasionner la naissance de grands ensembles ?

La mise en garde du Congo

De son côté, c’est la République du Congo de Denis Sassou Nguesso qui, dans une lettre du ministère congolais des transports et de l’aviation civile en date du 07 août dernier envoyée au directeur général de l’Asecna le Nigérien Youssouf Mahamat et receptionnée le 27 du même mois au siège de l’agence à Dakar rappelle fermement un certain nombre de manquements dont serait fautive l’Asecna.

Dans cette correspondance, le ministre congolais Émile Ouosso a rappelé l’objectif principal de départ lors de la naissance de l’agence continentale, il ya 48 ans à St-Louis du Sénégal qui est de « garantir la sécurité de la navigation aérienne dans les espaces aériens des États membres (AEF,AOF) ». Et l’autorité congolaise de poursuivre que « l’ambition, à l’époque, était de mutualiser les ressources tant humaines que matérielles qui faisaient cruellement défaut à nos futurs États indépendants afin de fournir des services de qualité en appui au développement sûr et harmonieux du transport aérien ».

Et le ministre congolais de signaler à l’attention du Dg de l’Asecna que « force est de constater aujourd’hui que, au lieu d’une harmonisation qualitative des servitudes, il est observé un abandon des investissements programmés pour le Congo depuis les troubles socio politiques de 1997 ».

Au sortir de ces évènements douloureux, le Congo avait en effet bénéficié d’un plan complémentaire d’après guerre. Il s’agissait là d’un ensemble d’investissements qui devaient être entrepris. Mais qui malheureusement n’ont « aucun début d’exécution.» Des investissements qui devaient être faits à la fois à Brazzaville et à Pointe noire. Dans la capitale Brazzaville c’étaient la construction d’un bloc technique et d’une nouvelle vigie, la mise en place d’un radar secondaire de surveillance, la réhabilitation des équipements électriques et balisage lumineux, la réfection d’un hangar de sécurité et lutte contre l’incendie…

Et pour ce qui est de Pointe noire il s’agissait de la réhabilitation des équipements électriques et balisage lumineux; la construction d’un nouveau bloc technique et d’une tour de contrôle… En plus de cet « abandon des investissements » les Congolais ont aussi déploré « la sous représentativité » de leurs cadres dans les services communs et aux postes de cadres ». C’est donc fort du « préjudice subi » depuis près de trente ans dans la non mise en Å“uvre des investissements prévus sur son territoire que la République du Congo « demande avec force la réalisation de tous les projets envisagés ».

Le Congo, lit-on dans la lettre, déplore que « l’Asecna s’éloigne de son objet social initial (la régulation du trafic aérien dans les conditions de sécurité optimales) et recherche désormais des bénéfices d’exploitation et s’engage dans l’immobilier de prestige dans les capitales de l’Afrique de l’Ouest »

Et le ministre congolais de signifier au Dg de l’Asecna que l’éventualité de sa visite à Brazzavile est liée à « l’amorce des investissements » rappelés ci-dessus. « Ce n’est qu’à cette condition que le Congo pourra envisager votre visite à Brazzaville »

Par Latyr Mané et Jules Diop

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