05-11-2007 17:56 - La Tribube : Editorial de Mohamed Fall O Oumère

La Tribube : Editorial de Mohamed Fall O Oumère

Edito de La Tribune - Par Mohamed Fall O Oumère

La Mauritanie n’existe qu’en nous. C’est la conclusion qu’on peut tirer des voyages à l’extérieur. Tellement, le pays est absent. Tellement il n’a pas d’empreinte, pas de traces.

Au début était la vocation, disons, naturelle de la Mauritanie : celle de ‘trait d’union’ entre l’Afrique blanche et l’Afrique noire. Ce que nous appellerons aujourd’hui un Etat charnière entre le monde arabe et le monde noir. L’expression a vite été galvaudée et traduite par les esprits malsains en ‘hamzatu el wasli’. Un non-son, une non-consonne, une non-voyelle. Un rien.

L’un des fondements du 10 juillet 1978, était de nous sortir de notre environnement naturel, de dévier le pays de sa vocation ‘normale’. Trente ans après, c’est réussi. Les premiers moments ont été imprécis. Plus de tergiversations de la part d’une junte qui ne craint qu’une chose : que la guerre reprend.
Sous Ould Haidalla, c’est la naissance d’une diplomatie pyromane. La rupture avec le Maroc, et l’inscription dans les passeports de ce pays aux côtés d’Israël et de l’Afrique du Sud, n’en furent q’une expression. Absurde il est vrai. Mais c’est sous Ould Taya que l’oeuvre sera accomplie.

Avec la sortie de la CEDEAO, les multiples crises avec les voisins – tous les voisins – nous deviendrons ce pays, milieu de nulle part. Caricaturalement nous pouvons dire qu’après avoir aspiré à être un pays africain et arabe, nous ne sommes ni l’un ni l’autre. Quelqu’un a parlé de ‘ni, ni’.

Quand arrive la transition, le pays est au bord du gouffre. Et rares sont qui osent le dire. Sur le plan intérieur, le diagnostic est fait depuis. Mais sur le plan extérieur ?

Notre armée est envoyée en territoire hostile. Loin de ses bases arrières, elle est sentie comme une Armée d’occupation. Il est sûr à présent que le 3 août lui a évité une hécatombe et une humiliation certaines. Nos diplomates sont des gens plus occupés à surveiller le cours des devises, le mouvement des commerçantes, et pour les plus ‘sociaux’ d’entre eux les évacuations sanitaires. Nos ministres des affaires étrangères, sont des envoyés qui ne sont même pas capables de bien faire parvenir les messages dont ils sont porteurs. Nos amitiés sont dangereuses, pour nous et nos voisins. Nos alliances fragiles. Nos choix extravagants.

La transition n’a rien changé à cela. Le Président du CMJD a puisé dans le réservoir de ses amitiés pour nommer une panoplie d’ambassadeurs qui ne pouvaient avoir d’autre rôle que celui de perpétuer les pratiques préexistantes. Le nouveau pouvoir n’a pas attendu de faire le diagnostic et d’en tirer les conclusions. Les nominations aux postes d’ambassadeurs – si l’on excepte deux ou trois – ont été faites sur la base d’allégeances, de compensations, de services rendus… Nous sommes loin d’une nouvelle approche qui vise à améliorer l’image du pays, à cultiver une nouvelle vocation pour le pays, à l’ancrer dans son environnement naturel, à lui faire adopter une nouvelle ouverture, une nouvelle présence sur l’échiquier international.

Le résultat est là : le pays est toujours absent. Où que vous alliez. Nos communautés de l’étranger sont laissées à l’abandon. D’ailleurs elles sont menacées dans certains pays comme l’Angola. Qui viendra à leur secours ?

Pourtant les potentialités du nouveau pouvoir sont énormes. Il n’y a pas que cette image ressource d’une démocratie naissante qu’on aurait pu cultiver. Il y a aussi, la fin d’un régime qui n’a pas que des amis dans la sous-région. Il aurait fallu inscrire toute l’action diplomatique dans cette optique-là. Dépêcher des émissaires partout pour dire que si la Mauritanie a fauté dans le passé, elle est dans la perspective d’une revue complète de sa vision stratégique. Manifester sa solidarité ici, sa disponibilité là. Il ne suffit pas de gérer le quotidien en confiant notre diplomatie à d’anciens ministres qui ont fait leurs (mauvaises) preuves ailleurs. Et en d’autres temps.

La Tribune n°372 via www.barrada.unblog.fr

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