12-11-2007 00:05 - Le trafic de cocaïne prend de l’ampleur : La « blanche » envahit l’Afrique
Le trafic de cocaïne prend de l’ampleur : La « blanche » envahit l’Afrique
Depuis le début de ce mois, près de 7 tonnes de cocaïne ont été interceptées par les autorités espagnoles sur deux anciens bateaux de pêche, partis du Venezuela et se dirigeant vers le Sénégal. Le 19 octobre dernier, la police espagnole a annoncé avoir intercepté un navire transportant 3,7 tonnes de cocaïne près des côtes sénégalaises. Six membres d’équipage (quatre Ghanéens et deux Néerlandais) ont été arrêtés. La valeur de la drogue est estimée à 285 millions d’euros.
Déjà , en 1997, plus de 100 kg de cocaïne ont été saisis à l’aéroport international de Johannesburg, qui a ravi à celui du Caire le titre d’aéroport le plus utilisé d’Afrique. Selon les statistiques, la cocaïne est la principale drogue sur le marché du trafic illicite dans plusieurs pays d’Afrique. En Zambie par exemple, la cocaïne occupe la première place, 80% étant expédiés en Europe et 20% consommés sur place, selon la Drug Enforcement Commission.
Les causes
D’abord, les trafiquants recherchent de nouveaux itinéraires via l’Afrique après le renforcement des contrôles sur les côtes atlantiques sud de l’Europe. L’Afrique est depuis quelques années la cible des trafiquants de cocaïne qui viennent de l’ouest (Colombie) et des trafiquants d’héroïne qui viennent de l’est (Afghanistan) d’après les experts de l’ONU. Ainsi, certains cargos quittent le Venezuela et tracent une ligne droite directement vers les côtes d’Afrique de l’Ouest.
Ils accostent au Sénégal, en Guinée-Bissau, au Ghana, en Guinée-Conakry, au Togo, au Nigeria, en Mauritanie, etc, pays où les organisations criminelles se sont implantées et récupèrent la drogue, sous le couvert de trafic licite car celle-ci arrive cachée avec d’autres marchandises. La cocaïne est ensuite réacheminée vers l’Europe avec des bateaux de pêche qui font du cabotage pour arriver côté atlantique en Espagne et au Portugal, voire même en Méditerranée.
« En Afrique de l’Ouest, on peut acheminer de plus grandes quantités de drogue sans se faire remarquer en raison d’un réseau africain de surveillance quasi inexistant », selon Amado Philip de Andres, représentant adjoint de l’Office de l’ONU contre la drogue et le crime (ONUDC) à Dakar interrogé par la presse sénégalaise. De plus, de nombreux pays ouest-africains sont classés parmi les plus pauvres et les plus corrompus du monde. Et vu les dispositions pénales relativement peu répressives dans certains pays de la région de l’Afrique de l’Ouest, les trafiquants préfèrent se faire condamner là plutôt qu’en Europe ou ailleurs.
Par ailleurs, on notera l’insuffisance de la couverture policière : 180 policiers pour 100 000 habitants, c’est la moyenne continentale, alors qu’elle est de 363 agents pour 100 000 habitants en Asie. Les méthodes des trafiquants peuvent varier, mais ils envoient généralement des quantités importantes de drogue : 2,5 tonnes environ. La drogue prend également la voie aérienne, à partir des pays africains concernés vers l’Europe. Les flux sont très élevés à raison de 2 à 3 kg par porteur (mulet).
En 2006, 1272 kg de cocaïne ont été saisis dans les aéroports parisiens, contre un peu plus de 600 kg en 2002. La voie terrestre est, quant à elle, utilisée jusqu’au Maroc, et dans une moindre mesure jusqu’en Algérie et en Libye. De là , les circuits mafieux déjà en place pour l’herbe et la résine de cannabis font remonter la cocaïne sur l’Europe, par exemple avec des go-fast, ces bateaux à moteur à fond rigide pouvant atteindre 1000 chevaux et qui traversent la Méditerranée en un temps record.
Il arrive aussi que des sacs contenant la cocaïne soient largués des avions lorsqu’ils survolent une île inhabitée (la Guinée-Bissau en compte environ 70), où ils sont ensuite ramassés par des complices à bord de canots rapides. Ces cargaisons importantes sont ensuite divisées, morcelées, pour être emmenées en plus petites quantités en Europe, par avion ou bateau. Mais parfois, la totalité est tout simplement acheminée par bateau vers le Portugal ou l’Espagne.
L’autre cause est l’augmentation de la demande européenne : un kilogramme de cocaïne se vend à 80 000 dollars en Europe contre 50 000 dollars aux Etats-Unis.
