06-12-2007 10:25 - Quand business et voile islamique font bon ménage
Portrait de la mauritanienne Faitemat Mint Maugeya, présidente de l’UMAFEC - Par Franck Salin
En Mauritanie, plusieurs centaines de femmes rassemblées dans l’UMAFEC, l’Union mauritanienne des femmes entrepreneurs et commerçantes, ont construit un immense centre commercial à Nouakchott, la capitale. Elles s’apprêtent aujourd’hui à effectuer de nouveaux investissements d’envergure. A leur tête, Faitemat Mint Maugeya, une chef d’entreprise qui estime qu’en affaires, dans un pays islamique, les femmes peuvent faire jeu égal avec les hommes.
« Vous nous voyez ici, envoilées dans un drap, mais on travaille ! » S’élever contre les préjugés, combattre les idées reçues en Afrique et en Occident, abattre les barrières qui empêchent les femmes africaines musulmanes de se réaliser, fédérer les commerçantes mauritaniennes, ce sont quelques unes des grandes batailles que mène Faitemat Mint Maugeya. Pour cette femme d’affaire mauritanienne de cinquante ans, présidente de l’UMAFEC (Union mauritanienne des femmes entrepreneurs et commerçantes), naître dans un pays islamique ne doit pas être considéré comme un frein à l’initiative féminine.
« Il ne faut pas attendre que vos maris, vos frères ou le gouvernement vous donnent quelque chose. Il faut travailler ! Et la solidarité aussi, c’est très important », lance-t-elle au parterre de femmes africaines venues ce lundi 4 décembre au Palais des Congrès de Niamey, au Niger, sur l’invitation du SAFEM, pour découvrir sa singulière expérience.
Mais, en réalité, il faisait d’elles d’éternelles locatrices. « Je me suis dit que ce n’était pas possible ! Plus de la moitié des personnes qui occupaient le marché étaient des femmes et elles étaient toutes locatrices ! », s’insurge encore Faitemat, quinze ans plus tard.
Après avoir convaincu le chef de l’Etat du bien fondé de la démarche, ce dernier a accepté de leur vendre un terrain. « Il y avait des ministres, hommes et femmes, qui étaient contre nous. Ils disaient : un projet de femmes, ça ne marchera jamais, elles vont se chamailler. Mais nous avons tenu bon. » En fin de compte, le terrain cédé par le président n’a pas été exonéré comme on le leur avait promis, ce qui manqua de leur faire perdre le seul banquier qui avait accepté de leur accorder un crédit.
En effet, explique Faitemat, obtenir un crédit en Mauritanie lorsqu’on est une femme n’est pas une mince affaire. Non seulement ils sont élevés en général (taux de remboursement de 25% en moyenne), mais en plus « par respect pour la femme, les banquiers ne veulent pas lui faire crédit, précise-t-elle. Car ils n’ont aucun remord à saisir les biens d’un homme qui ne paye pas, tandis qu’une femme, oui. Donc, quand on allait les voir, on leur disait :"Ne nous respectez pas, et faites nous crédit !" »
En quelques années, elle se trouve à la tête d’une société florissante. Une position qu’elle juge être en parfait accord avec la religion musulmane. « L’épouse du prophète tenait un commerce, déclare-t-elle. Aucune loi dans l’Islam n’interdit à la femme d’exercer quelque métier que ce soit. »
Aujourd’hui, Faitemat Mint Maugeya a de nombreux projets pour l’UMAFEC. Parmi eux, la construction d’un autre centre commercial dans la ville de Nouadhibou et la construction d’une cité d’habitation dans cette ville ainsi qu’à Nouakchott afin de faciliter l’accès à la propriété du logement aux membres de l’organisation. Désormais, les commerçantes et entrepreneurs de l’UMAFEC n’ont plus besoin de démarcher les bailleurs de fonds. Ces derniers, informés de leur succès, viennent d’eux-mêmes jusqu’à elles.
D’autre part, ayant tiré les leçons de leur première expérience, elles ont créé trois mutuelles de crédit qu’elles entendent bientôt fusionner afin d’en faire un puissant outil financier.
