06-12-2007 16:25 - Plaidoyer pour une bonne pratique électorale

Plaidoyer pour une bonne pratique électorale

Conférence régionale sur les élections :

Une conférence régionale sur les élections de 2007 en Afrique de l’Ouest : bilan et perspectives s’est déroulée, du 3 au 4 décembre derniers, à Dakar. Organisée par OSIWA (Open society initiative for West Africa), cette rencontre a permis de procéder à une évaluation critique des consultations électorales de 2007 dans la sous région et de consigner ces expériences.

Les bonnes pratiques électorales en Afrique de l’Ouest ont été vulgarisées de manière à susciter les réformes et encourager une meilleure conduite dans d’autres pays. 55 participants issus des organisations de la société civile, des organismes de gestion électorale (CENI, institutions nationales et sous régionales, partis politiques, médias, bailleurs de fonds et institutions internationales) ont pris part à ces assises.

Les participants ont identifié les points faibles et les carences électorales dans les structures et au niveau des différents acteurs, qui entravent le développement de la démocratie, de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit. A cet effet, ils ont proposé des recommandations pratiques et mis au point des stratégies pour la mise en œuvre de celles-ci, et préparer le travail futur d’OSIWA en matière d’élections.
Ce forum a obtenu l’engagement des participants représentant les gouvernements, les organismes de gestion électorale et la société civile à participer à la mise en Å“uvre de ces stratégies. Dans son d’ouverture, le professeur Cheikh Saadbouh Kamara, membre du conseil d’administration d’OSIWA a souligné l’importance de cette rencontre qui permettra à tous les participants d’évaluer de manière critique les processus électoraux au sein de la sous région.

Quant à Mme Nana Tanko, directrice exécutive d’OSIWA, elle a estimé que cette réunion tentera de recueillir l’engagement des différents acteurs à promouvoir les bonnes stratégies et à mobiliser la société civile, les partis politiques et les médias afin de rendre crédibles les échéances électorales.

Marie-Anne Isler Beguin, députée au parlement européen, ancienne chef de la mission européenne d’observation électorale en Mauritanie et au Sierra Leone a fait part à l’assistance de l’expérience mauritanienne, lors de la phase de transition avant d’indiquer qu’une mission européenne d’observation des élections n’interfère pas dans le processus électoral local.

Invité à cette conférence, le président de l’UFP, Mohamed Ould Maouloud a fait part à l’assistance de ses préoccupations. Il a affirmé que la démocratie constitue dans le panorama africain un jeu de rapport de forces. Ould Maouloud a déploré l’absence sur le continent de débat programmatique: «Le débat politique n’aborde pas les enjeux réels de la société. L’élite est en retard par rapport aux exigences de la période actuelle. Cette élite connaît un sous développement politique.»

Les débats ont été axés sur les actions et interactions du paysage électoral africain, le contexte évolutif du cadre institutionnel et légal des élections, l’initiative OSIWA de 2007 sur le reseautage et l’observation électorale : bilan des processus électoraux au Sénégal, en Mauritanie, au Nigeria, au Mali et en Sierra Leone à travers un regard comparatif de la société civile. Mme Aïssata Satigui Sy a présenté le rapport de sa structure, l’IPCD sur la dernière présidentielle en Mauritanie.

Dans l’immédiat, il s’agira aussi de sensibiliser et de renforcer les capacités des médias dans le domaine des questions électorales en Afrique de l’Ouest. Et de renforcer les réseaux de la société civile et soutenir le processus électoral en Afrique de l’Ouest.

Gouvernance démocratique

A long terme, il s’agira, par contre, d’offrir une plateforme d’information sur les élections et le travail électoral en Afrique de l’Ouest pouvant aider à l’éclosion d’une approche cohérente en phase avec les questions électorales de la région, telle la conception de systèmes électoraux et la dissémination des bonnes pratiques. Mais aussi Å“uvrer pour une harmonisation des normes et critères relatifs aux bonnes pratiques électorales prévalant dans la sous région.

Les assises de Dakar interviennent dans un contexte crucial. En effet, au cours de la dernière décennie, le continent africain, dans l’ensemble, et la région d’Afrique de l’Ouest en particulier, ont montré à tous les égards des signes encourageants de progrès en matière de gouvernance démocratique. Les élections sont désormais pratique courante et les pays respectent leur cycle électoraux. Mais ces élections, de l’avis de plusieurs experts, continuent d’achopper sur de sérieux défis internes.

Ces défis sont, entre autres, l’incapacité des commissions électorales à organiser des élections libres, équitables et crédibles en raison de l’absence d’autonomie constitutionnelle, de déficiences logistiques ou de manipulations pures et simples du processus électoral par le parti au pouvoir; l’absence de règles du jeu identiques pour tous les partis politiques et acteurs du processus électoral et l’accès inégal aux ressources électorales tels les fonds publics. Le défi pour de nombreux pays, indiquent les observateurs, réside aujourd’hui moins dans l’organisation des élections que dans la qualité du processus électoral. L’heure est à la réforme dans différents pays qui souhaitent améliorer la qualité et consolider leurs acquis démocratique.

Pendant ce temps, d’autres pays connaissent une stagnation et une atrophie du processus démocratique, dues non seulement à l’absence de volonté politique, mais aussi à un faible niveau de capacité, de compétence et d’infrastructures.

Par ailleurs, la plupart des nouvelles démocraties africaines, et dans la sous région en particulier, demeurent fragiles et devront être renforcées et soutenues.

La sous- région est vaste et diversifiée. Les pays ont atteint différents stades de démocratisation. La sous région doit donc continuer à rechercher les voies et moyens de renforcer sa démocratisation. La conférence a tenu compte de ces défis et exigences et de la nécessité impérieuse de prendre du recul pour évaluer, de manière critique, nos élections de 2007 et définir une méthode stratégique future pour la poursuite des réformes afin de consolider la démocratie et la bonne gouvernance dans la sous-région.

Les participants ont procédé à une évaluation critique des processus électoraux dans la sous région. Tout comme, une stratégie claire pouvant permettre une implication d’OSIWA dans les élections présidentielles et le processus démocratique en Afrique de l’Ouest a été adoptée. La directrice exécutive d’OSIWA, Mme Nana Tanko a fait remarquer que son organisme a activement soutenu ces cinq dernières années le travail accompli par les organisations de la société civile dans le domaine électoral. D’ailleurs, cette année OSIWA a soutenu les coalitions d’organisations et d’institutions travaillant sur des questions électorales, comme la sensibilisation, la formation, l’éducation civique en Mauritanie, Nigeria, Sénégal et Mali.

Les assises de la capitale sénégalaise ont permis l’adoption d’une plateforme d’information sur les élections et le travail électoral en Afrique de l’Ouest pouvant aider à l’éclosion d’une approche cohérente en phase avec les questions électorales de la région, telle la conception de systèmes électoraux et la dissémination des bonnes pratiques. Les participants ont appelé à une harmonisation des normes et critères relatifs aux bonnes pratiques électorales prévalant dans la sous région. La rencontre de Dakar a permis de combler le fossé qui sépare les médias des organisations de la société civile concernées par les questions électorales.

Une attention particulière a été accordée aux médias, lors de cette conférence compte tenu, selon les organisateurs, de leur rôle crucial dans le processus électoral. D’ailleurs, cette réunion régionale a été précédée par un atelier sur la couverture des élections. Les communicateurs ont procédé à une évaluation de la couverture des élections en Afrique de l’Ouest et discuté des aspects liés à la démocratie, médias publics, droits et libertés.

THIAM MAMADOU

Envoyé spécial à Dakar




Encadré : ''La démocratie ne se décrète pas''

Considérant qu’il n’y a pas de démocratie sans élections, les acteurs s’accordent sur le principe selon lequel les élections en Afrique sont souvent entachées de problèmes. Seulement ces problèmes, comme l’a souligné Usmane Bugaje, du Nigéria «ne nous sont pas extérieures. Ils nous sont internes». Alors, propose-t-il «d'avoir le courage de les affronter et de nous les éviter». Ce n’est pas encore pour demain, si l’on se limite toujours à des généralités et autres déclarations de principe du «il y a des comportements antidémocratiques» dans nos pays, «il a des avancées par-ci et des reculs- par là»...

Toutefois, la première session plénière de cette rencontre de Dakar a permis de dessiner le paysage électoral africain qui se caractérise par une lutte des populations pour asseoir un multipartisme, organiser des élections, réussir des transitions, même s’il y a encore des pays où l’on peine à distinguer l’État des partis au pouvoir. De quoi se féliciter avec Dieudone Tshuyoyo de l’Institut électoral d’Afrique australe (Eisa) qu’il y a aujourd’hui d’anciens chefs d’Etats africains, qui après avoir perdu des élections vivent encore dans leurs pays. Mais, prévient-il, de ne point réduire la démocratie à des élections «libres et transparentes» comme le constatent souvent les observateurs nationaux et internationaux.

En tout cas, affirme Anne Isler Beguin, député de l’Union européenne, «la démocratie ne se décrète pas, elle se construit». Aussi, avoue-t-elle que valider des élections n’est pas gage de transparence et de régularité, d’autant que le «quitus» d’élections libres et transparentes ou équitables ne reflète pas toujours la réalité du terrain, Mme Beguin déclare que «des élections libres et transparentes ne sont pas une fin en soi ». Car au-delà des élections, il y a la demande sociale qui reste énorme pour beaucoup de pays. Alors, une fois que le principe de régularité et transparence est acquis pour les élections, la député de l’Union européenne estime qu’il faut, certes, consolider les systèmes électoraux, mais surtout amener les partis politiques à présenter de véritables projets politiques pour ne pas dégoûter les populations des élections en général. Aussi doivent-ils s’approprier les recommandations des observateurs et facilitateurs.

C’est dire que les Africains ont encore un chemin à parcourir dans la construction de la démocratie. A cet effet, les pays pour mieux «se stabiliser», leurs démocraties «doivent cesser d’être exclusives» et éviter de stigmatiser les partis d’opposition. Car, explique Mohamed Ould Maouloud, opposant mauritanien, un régime élu de façon régulière et qui se maintient au pouvoir de façon illégitime «est pire que les coups d’État militaires».

En outre, faut-il revoir la gestion des contentieux électoraux. Dans la plupart des pays africains, c’est souvent les juridictions constitutionnelles qui se retrouvent à jouer un rôle déterminant dans le processus électoral avec des verdicts qui se limitent souvent à se déclarer «incompétentes» ou de juger les requêtes «irrecevables». Peut-être qu’il faudra penser à «chercher un patrimoine constitutionnel africain», suggère Pr Alain Odoua du Cameroun. Le cas échéant, il faudra amener les pays à ratifier la Charte de l’Union Africaine sur les démocratie, les élections et la gouvernance qui sera bientôt adoptée

LE CALAME N°617 du 5 décembre 2007

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