17-01-2008 14:15 - Jean-Louis Ricot, voyageur tous risques
a Mauritanie ? Il irait volontiers. Ce n'est pas l'assassinat, fin décembre, de quatre touristes français et l'annulation du Rallye Dakar qui doivent, à son avis, empêcher de s'y rendre. "Il y a eu des bombes dans les trains de Madrid, ce n'est pas pour ça qu'on ne va plus en Espagne."
A dire vrai, ce n'est pas à l'Afrique et aux sables du Sahara que rêve ce drôle de lutin à barbe blanche qui semble échappé d'un film de Walt Disney. Sa prochaine destination ne sera pas Nouakchott, mais le Caucase du Nord, excursion en Tchétchénie comprise.
Excursion, oui... Puisque Jean-Louis Ricot est un touriste. Mais un touriste hors norme, un globe-trotteur extravagant : rodé aux contrées lointaines, aux zones maudites, périls pesés et acceptés. Une sorte de "globe-tout-risque", vêtu en père tranquille.
Sur l'écran de son ordinateur, dans le salon capharnaüm de son appartement parisien, qui enjambe le passage du Grand-Cerf, une photo le montre, posant devant la carcasse d'un blindé russe, emmitouflé dans une parka. Malgré le froid, Jean-Louis Ricot sourit. C'était en 2006, lors de son deuxième séjour dans les montagnes d'Afghanistan.
Près du bureau, en haut d'une pile de livres, gît un bouquet de fleurs en papier, souvenir d'un 1er Mai à Tirana, capitale de l'Albanie, où il n'a pu se rendre qu'après la mort d'Enver Hodja, la barbe étant "interdite" à l'époque du dictateur, parce que "symbole des musulmans..." A côté dort un casque colonial en bois, rapporté de Birmanie.
Celui qu'il eut, par exemple, lors de son premier séjour en Chine, à l'époque où l'empire du Milieu commençait à peine à s'ouvrir : un soir, près de son hôtel, un jeune homme l'aborda et lui demanda, en anglais, s'il pouvait lui raconter "tout ce qu'il y avait de nouveau dans le monde". La discussion leur prit deux heures. "Nous étions convenus d'accorder un quart d'heure à chaque domaine : la littérature, la politique, la religion, etc.", se souvient-il. Puis le jeune homme, satisfait, disparut dans la nuit.
Autant de casse-tête qui passionnent notre spécialiste de l'assurance. Et le stressent abominablement... "Il m'est arrivé de signer des contrats pour plusieurs centaines de millions de francs", soupire-t-il. Pour se libérer de ces tensions professionnelles, quoi de mieux que de prendre l'avion ? "Dès que les portes se ferment, je suis ailleurs. Plus rien ne pèse sur mes épaules", résume notre Phileas Fogg, aujourd'hui retraité. S'il n'a jamais fait le tour du monde en quatre-vingts jours, à l'instar du héros de Jules Verne, il lui ressemble furieusement.
