30-01-2008 17:03 - Mauritanie-nette : Conflit, soumission ou relais de civilisations ?
Mauritanie-nette : Conflit, soumission ou relais de civilisations ?
La chute du mur de Berlin en 1989 et surtout le 11 septembre 2001, en plus d’être des actes fondateurs du nouvel ordre mondial, mirent face à face, un siècle après les accords de Sykes Picot (démembrant l'empire Ottoman, symbole de la civilisation musulmane) un occident arrogant et sûr de lui et un monde musulman dominé, mal gouverné et doutant de ses propres valeurs.
Alors, faut-il déclarer la guerre à tout ce qui est occident ? Faut-il refuser toutes les valeurs considérées, à tort ou a raison comme émanant de lui ? Faut-il brûler tout ce qui est occidental ? Faut-il exercer un devoir d'inventaire sur les valeurs occidentales ? Ou il faut plutôt manœuvrer avec plus de délicatesse et d'esprit visionnaire, en prenant à l'occident ce qui est bon chez lui et s'abstenir de ce qui moralement dégradant ou libertin
Il est vrai que depuis bientôt trois siècles, l'occident est à l'origine de tout ce que nous avons vécu en bien comme en mal: le massacre des indiens d'Amérique, la reconquista, le commerce triangulaire et l'esclavage destructeur pour l'Afrique, c'est l'occident. Mais la déclaration universelle des droits de l'homme, la démocratie comme système de gouvernance, c'est lui.
La 1ere, la seconde guerre mondiale, les bombes de Hiroshima et Nagasaki, c'est lui. La découverte des antibiotiques, qui sauva des centaines de millions de vies humaines, celle de la machine à vapeur, de l'ordinateur, de l'avion, du séquençage du génome humain, qui réduira considérablement le nombre de maladies génétiques, c'est encore lui. Comment peut-on être indifférent à une civilisation qui crée, détruit, recrée avec une vitesse vertigineuse?
Comment nous musulmans en tant que civilisation porteuse d'un autre modèle devrons agir en face de cet ouragan à la fois séducteur et envahissant qu'est la culture et la civilisation occidentales ? Jusque là nos attitudes se dispersent selon trois lignes de forces : La soumission, le rejet total, le compromis et le relais
1-La soumission
Pour cette frange, la culture occidentale est vécue comme une fatalité, qui nous écrase par sa «supériorité» et son «avancement». Nos propres valeurs paraissent, au mieux, folkloriques, au pire, arriérées. Le soumis est un homme toujours du bon côté du manche. Son adhésion à la «Modernité» est moins l'expression d'un choix libre que d'une honteuse désertion. On abandonne sa langue et sa culture, comme on balance sa vieille mère qu'on n'ose présenter à une fiancée moderne et cultivée.
Ce faisant, le lâcheur s'attire et le mépris de la mère abandonnée et celui de la fiancée cultivée, qui ne compte plus ses prétendants. Grattez tous ces occidentalisés enragés qui veulent se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas, et vous trouvez toujours des hommes et des femmes bien peu à l'aise dans leur peau.
2-Le rejet total ; C'est la tentation de l'intégrisme.
Nous sommes ici à l'autre extrémité du spectre. L'Occident est assimilé au mal absolu. Au nom d'une pureté mythique et d'un âge d'or tout aussi mythique, toutes les valeurs modernes seront rejetées d'un bloc parce que occidentales ou dites telles. Ici, romantisme et paranoïa se donnent la main pour aboutir à de véritables drames historiques. Que l'on se souvienne du Yémen fermé, ou plus récemment de la folie khmère rouge dont l'anti-occidentaliste forcené mena le Cambodge à sa ruine!
Certes, le rejet peut être plus modéré et se vouloir plus sélectif, mais ses prémisses intellectuelles sont tout aussi fausses. Il s'agit d'une attitude de rancœur qui ne griffe que le vent. Si l'Occident est la modernité, et si la modernité est l'Histoire, vouloir rejeter l'Occident c'est vouloir arrêter le cours de l'Histoire avec une diguette. L'homme en révolte est aussi coincé dans son rejet et sa révolte que le soumis dans sa soumission.
3-Le compromis et le relais
Cette attitude est adoptée le plus souvent tant par réa¬lisme que par lassitude. L'Occident est bien identifié comme étrange, étranger, voire dangereux pour notre culture et ses valeurs. Hôte indésirable mais bien trop puissant, on va essayer de composer avec lui et de sauver les meubles. Le concept tant en vogue d'enracinement et ouverture (assala wa tafattouh), est la solution la plus élégante qui ait été trouvée.
Cette attitude part du postulat selon lequel l'occident actuellement puissant, croupissait jadis dans son moyen âge, lorsque nous étions relativement détenteurs du savoir. Il sortit de sa léthargie, entre autre, grâce a l'apport scientifique des musulmans. Les occidentaux envoyaient leurs chercheurs à Bagdad et Cordoue. Les œuvres de philosophes comme Ibn Arabi, Alghazali, Ibn Rochd (Averroès), Al-Kindi ou autre Al-Farabi, sont encore enseignées dans les plus restigieuses universités occidentales.
Ils apprirent les rudiments de la médecine avec des médecins tels Ar-razi (Razès), Ibn-Sina (Avicenne) et Ibn-Aljazzar. Des scientifiques tels que, Jaber ibn Hayyan (Geber), Ibn al-Heithem (Chimie), Thabit Ibn Qorra (l'année solaire), Al-Khawarizmi (Mathématiques), sont plus connus dans le milieu scientifique occidental qu'arabe. Enfin, Ibn Khaldun est considéré par les universités occidentales comme le véritable père de la sociologie.
La science et sa transmission sont comme une course de relais, chaque civilisation la récupère de la main d'une autre, l'enrichit de son expérience et la passe à la suivante. Ce fut le cas des grecs qui l'ont passée aux musulmans, qui l'ont passée à leur tour à l'occident qui risque de la passer avant la fin de ce siècle, aux asiatiques. Si nous sommes patients, moins envieux et plus perméables au progrès technologique, le relais nous reviendra.
Par Md Mahmoud Ould Maloum
