14-02-2008 00:57 - Rapport RSF 2008 sur la Liberté de la presse en Mauritanie

Rapport RSF 2008 sur la Liberté de la presse en Mauritanie



La liberté de la presse est une réalité en Mauritanie, même si les défis auxquels font face les journalistes de Nouakchott sont nombreux et complexes. Toutefois, l’année 2007 a été marquée par une expérience rare en Afrique : une couverture équilibrée de toutes les forces politiques pendant la campagne électorale du scrutin présidentiel.

La Mauritanie a passé de nombreuses épreuves depuis le coup d’Etat d’août 2005. Une transition démocratique consensuelle, référendum constitutionnel, des élections municipales, législatives et présidentielle justes et transparentes… et le retour des libertés civiles, et notamment de la liberté de la presse. Même si les chantiers sont encore nombreux pour les journalistes de Nouakchott, la situation est bien meilleure.

OBSERVATION

Dans sa mission d’accompagnement de la transition, initiéedès octobre 2005, Reporters sans frontières a mené, en février et mars 2007, une mission de monitoring de la couverture de l’actualité électorale, à l’occasion du scrutin présidentiel, par les médias publics mauritaniens. Ceux-ci sont été choisis parce qu’ils sont soumis à la réglementation du code électoral, garantissant l’égalité d’accès de toutes les forces politiques en lice.
De plus, en tant que service public financé par l’Etat, ils ont un devoir d’exemplarité en période électorale. Au terme de sa mission, l’organisation a salué les efforts soutenus des médias publics pour respecter les règles complexe d’équité et d’égalité dans le traitement de l’actualité des différents candidats en lice pour l’élection présidentielle. Un défi relevé grâce aux travaux de l’organe de régulation, des directions et des journalistes de la radio, de la télévision, du quotidien public et de l’agence de presse.

Au-delà des déséquilibres dans les chiffres, qui n’étaient pas spectaculaires, Reporters sans frontières a surtout tenu à saluer la disponibilité et les efforts de la direction des médias publics dans une période historique si sensible, et s’est félicité du pragmatisme et de l’esprit constructif de la Haute Autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA), le tout nouvel organe de régulation des médias.

PRESSE À SCANDALES

Depuis la chute de la dictature de Maaouiya Ould Taya, en août 2005, les problèmes de la presse mauritanienne sont à la fois plus légers et plus complexes. Pour disqualifier la presse indépendante, épine dans le pied de son pouvoir, l’ancien régime avait favorisé l’éclosion de journaux dont la direction avait peu de scrupules en termes de corruption et de chantage, et dont les journalistes étaient plus à la recherche de petits cadeaux que d’informations. A ce problème, Reporters sans frontières a toujours dit aux autorités mauritaniennes que la prison n’était pas une réponse et qu’il fallait surtout aider la presse “sérieuse” à survivre face à un maigre marché.

La brève incarcération d’Abdel Fettah Ould Ebeidna, directeur de publication du quotidien arabophone Al-Aqsa, a été un signal négatif envoyé à la presse mauritanienne, alors que le pays était alors confronté à un scandale politico-mafieux de grande envergure. Le journaliste, directeur d’une publication dont les pratiques déontologiques sont souvent discutables, a passé quatre jours en prison suite à une plainte en diffamation portée contre son journal par l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouammatou.

Dans son édition du 16 mai, le quotidien avait mis ce dernier en cause dans une vaste affaire de trafic de cocaïne découvert dans la nuit du 1er au 2 mai par la police à Nouadhibou (Nord), et impliquant le fils d’un ancien président mauritanien, un homme politique et plusieurs fils de notables.

L’article, mêlant des affirmations peu étayées et des informations au conditionnel, affirmait notamment que Mohamed Ould Bouammatou avait été inculpé dans l’affaire. Selon des journalistes mauritaniens interrogés par Reporters sans frontières, les articles attaquant Mohamed Ould Bouamatou avaient été commandés et payés par un clan rival pour disqualifier l’homme d’affaires. Le 7 novembre, Abdel Fettah Ould Abeidna a été condamné dans cette affaire à un an de prison ferme, 50 000 ouguiyas (170 euros) d’amende et 300 millions d’ouguiyas (un million d’euros) de dommages et intérêts. Se trouvant dans un pays du Golfe à ce moment-là, le journaliste n’a pas purgé sa peine.

TRIBALISME

Autre problème en Mauritanie : les forces de l’ordre n’ont pas toujours le réflexe de respecter la presse, loin s’en faut. D’autre part, les influences familiales ou tribales empêchent parfois que les responsables des violations de la liberté de la presse soient sanctionnés — parfois même, à la demande des victimes. Ainsi, le 16 août, Mohamed Mahmoud Ould Moghdad, journaliste de la station publique Radio Mauritanie, se trouvait au ministère de la santé pour couvrir une visite du Premier ministre Zein Ould Zeidane.

Le journaliste a quitté la salle quelques instants et a été intercepté par le responsable de la garde du Premier ministre, Zein Ould Soueydatt, alors qu’il souhaitait regagner le lieu de la conférence. Bien qu’il était en possession de sa carte de journaliste, Zein Ould Soueydatt a ordonné à ses hommes de le frapper.

La HAPA a condamné cette agression, estimant “qu’aucune circonstance ne doit justifier le recours à la force physique à l’encontre d’un journaliste dans l’exercice de ses fonctions”. Quelques jours plus tard, l’avocat du journaliste a révélé qu’au lendemain de l’agression, le procureur de la République avait refusé d’enregistrer la plainte de son client, au motif qu’il manquait des pièces au dossier. Le 21 août, après avoir rassemblé de nouveaux éléments, dont des certificats médicaux, l’avocat a tenté de porter plainte une deuxième fois. Le bureau du procureur a une nouvelle fois rejeté le dossier.

Toutefois, ces logiques claniques peuvent aussi permettre de trouver des compromis. Le 18 août, Sidi Mohamed Ould Ebbe, rédacteur en chef du quotidien privé El Bedil Athalith, a été inculpé pour “diffamation” suite à une plainte de l’épouse du Président, déposée le 14 août. La première dame lui reproche la publication de deux articles indiquant qu’elle utilisait sa position pour solliciter des financements en faveur d’une association caritative qu’elle préside. Ledirecteur d’El Bedil Athalith a déclaré à la presse “être prêt à un compromis”, tout en déplorant l’interprétation qui a été faite des deux articles qui, selon lui, “ne visaient pas à porter atteinte à la première dame”. De fait, un compromis a été trouvé et l’affaire est désormais close.

RSF via Jedna

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