26-02-2008 00:39 - L’exploitation pétrolière en Afrique de l’Ouest

L’exploitation pétrolière en Afrique de l’Ouest



Panel des experts indépendants sur l’impact des activités pétrolières en Mauritanie

De la Mauritanie à la Sierra Leone en passant par le Cap Vert, la côte ouest africaine s’étend sur plus de 3 500 km. Cette région constitue l’une des zones de pêche les plus variées et économiquement la plus importante au niveau mondial. Le tourisme côtier se développe et son importance économique augmentera considérablement dans les années à venir.

Depuis 2001, du pétrole et du gaz ont été découverts sur la zone côtière ouest africaine. Si l’exploitation pétrolière peut constituer une ressource financière vitale pour les pays, elle peut se révéler destructrice pour les secteurs économiques dépendant directement de sa gestion.

Les sites exploités ou prochainement exploités

En Mauritanie, l’exploitation effective des sites de Chinguetti et Oualata ( 80 km au large de Nouakchott) est en cours. En Guinée Bissau, une nappe pétrolière a été découverte.
Les installations pétrolières

Différents types d’installation de production (plateformes fixes, semi submersibles, navires de forage) existent à travers le monde. La plupart des sites off shore en Afrique de L’Ouest seront exploités à partir de structures qui ressemblent à des navires pétroliers : les installations flottantes de production, de stockage et de transfert du pétrole (FSPO)

Certains spécialistes maritimes recommandent l’utilisation des FSPO à double coque, qui devraient être utilisés par mesure de précaution partout dans le monde, particulièrement dans des zones de grande biodiversité marine et dans les régions présentant de forts risques de collisions en raison d’un trafic maritime dense : caractéristiques de la zone côtière ouest africaine.

En Mauritanie, le navire prévu par la compagnie pétrolière Woodside devenue PETRONAS est un ancien navire pétrolier à coque simple transformé en FSPO.

Les risques liés à l’exploitation pétrolière

Des sources de pollution diverses : risques environnementaux

  • Le transport maritime pétrolier est source de nombreuses pollutions : le déversement de pétrole lors de dégazages illégaux, l’introduction incontrôlée d’espèces et la toxicité des peintures anti-fouling ;
  • les études sismiques tuent un grand nombre de cétacés, provoquent la réduction des pêcheries et perturbent de manière significative le comportement reproductif et migratoire de certaines espèces ;
  • les impacts de l’exploitation off shore proprement dite incluent les bruits de vibrations, les déchets de production solides et liquides, une perturbation globale des fonds marins, un évitement de la zone par la faune marine etc ;
  • les plateformes de production génèrent les eaux de production qui augmentent tout au long de la durée de vie d’un gisement. Elles contiennent de fortes concentrations de produits toxiques ;
  • De gros déversements de pétrole peuvent survenir suite à l’échouage d’un navire pétrolier, une collision entre bateaux, un incendie et explosion, une défaillance technique ou humaine, un jaillissement incontrôlé de puits
Cette pollution est l’exemple le plus connu du grand public, elle est dite pollution accidentelle ; Toutefois, de faibles déversements se produisent, chaque jour, lors des opérations de routine de chargement et déchargement du pétrole. Cette pollution est dite pollution chronique et la quantité de pétrole répandue à l’échelle mondiale est trois fois supérieure à la quantité totale déversée suite à des accidents. Agissant comme un poison lent et continu, les effets sur l’environnement naturel sont tout aussi néfastes.

  • Conséquences sur les écosystèmes naturels côtières
Elles sont particulièrement désastreuses si le pétrole atteint les côtes. La zone côtière, généralement de faible profondeur constitue le premier maillon de la vie marine. C’est sur cette bande côtière que la plupart des espèces viennent se reproduire, se nourrir et grandir.

La dégradation de cette espace vital par le pétrole met en péril les ressources halieutiques déjà largement surexploitées provoquant ainsi la faillite du secteur pêche
L’ampleur des impacts négatifs sur l’environnement dépend de la nature du produit déversé (pétrole raffiné ou lourd, fioul léger ou lourd), des conditions climatiques, des milieux atteints (plage, mangrove, vasière, pleine mer) et des organismes pollués.
La diversité des zones humides côtières de la région ouest africaine (mangroves, estuaires) est particulièrement vulnérable face à de faibles quantités de pollution.
  • Précautions
-L’Organisation Maritime Internationale (OMI) découlant de l’agence des Nations Unies, se charge de formuler des règles internationales pour la sécurité maritime et la protection de l’environnement. Les conventions de l’OMI, une fois qu’elles ont été ratifiées par les Etats, ont une force obligatoire.

L’OMI recommande, entre autre, de réglementer la navigation sur certaines zones sensibles, comme les Zones Marines Particulièrement Sensibles (PSSA), les zones à éviter et les Zones spéciales.

-La plupart des réglementations internationales relatives à la pollution marine générée par les navires sont contenues dans la convention MARPOL 73/78.

-L’Etude d’Impact Environnemental et Social (EIES) est exigée par la Banque Mondiale et les institutions internationales. Cette étude intègre à la fois les effets environnementaux et sociaux-économiques.

En Mauritanie, l’étude d’impact environnemental a été réalisée séparément de l’étude d’impact social. A ce jour, les recommandations sont très peu connues, adoptées et utilisées par les gouvernements concernés en Afrique de l’Ouest.

Tensions sociales : source de tensions

Selon les Nations Unies, de nombreux conflits sont associés à l’exploitation pétrolière, ils ont pour cause :

La délimitation des frontières héritées et disputées, des désaccords entre les gouvernements et les compagnies pétrolières sur les contrats et les revenus pétroliers, des désaccords entre les gouvernements et leur population au sujet des revenus pétrolier et de leur redistribution (ex : Nigeria), des désaccords entre les autorités locales et les groupes tribaux au sujet des droits territoriaux.
  • Précautions
Les Nations Unies appellent à la transparence dans toutes les relations avec l’industrie pétrolière. Celle ci devrait rendre publique les « sommes » payées aux gouvernements, et ces derniers devraient informer les populations sur l’utilisation de ces revenus. Ceci permettrait entre autre de s’assurer que les bénéfices liés au pétrole profitent au développement durable du pays.

La constitution « de comités consultatifs citoyens » composés des parties prenantes (populations locales, pêcheurs, scientifiques, organisations environnementales) permettrait la création d’un cadre juridique solide pour réglementer l’exploitation et le transport maritime pétroliers.

L’exploitation pétrolière doit être intégrée aux plans de développements nationaux, comme recommandé lors des sommets sur le développement durables à Rio de Janeiro (1992) et à Johannesburg (2OO2).

Les gisements de pétrole et de gaz offshore en Afrique de l’Ouest ressortent comme relativement petits et s’épuiseront rapidement (8 à 15 ans) alors que les secteurs pêche et tourisme sont durables à condition de les préserver des dommages éventuels provoqués par une mauvaise gestion de l’exploitation pétrolière.

Il est de ce fait vital que les économies nationales restent diversifiées et que les gouvernements mesurent les bénéfices économiques générés par l’extraction pétrolière par rapports aux coûts socio économiques consécutifs à la dégradation du milieu naturel.

Source UCIN

Pour plus d’informations sur ce dossier, deux livrets ont été édités par la Fondation Internationale du Banc d’Arguin (FIBA) et leur version informatique est disponible sur demande au secrétariat du Programme Régional de Conservation de la zone Côtière et Marine en Afrique de l’Ouest (PRCM) et bientôt téléchargeables (format PDF) sur le site www.prcmarine.org

SEMELIN J., 2004 - Synthèse bibliographique à propos des impacts écologiques et des aspects réglementaires de l’exploitation pétrolière off shore. 65 pp.

KLOFF S & WICKS C., 2005 - Outils techniques et juridiques internationaux sur la réglementation pétrolière et gazière.

B.MELIS, chargée de communication PRCM Tel :(222) 669 10 77 blandine.melis@iucn.org


Source : Jedna
Commentaires : 0
Lus : 2474

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)