27-02-2008 17:41 - Pour une métaphysique volontaire de la politique en Mauritanie
Ici, la nécessité a, pour préalable, une sortie de la religion-carcan pour qu’enfin se lève et marche un peuple mauritanien « métaphysiquement démocratique ».. Pour reprendre une idée d’André MALRAUX, « Dieu n’est pas fait pour être mis dans le jeu des hommes comme un ciboire dans la poche d’un voleur ! »
Le tribalisme aidant et l’arabisation conçue dans un esprit d’exclusivité facilitèrent le glissement vers une révision des codes de valeur, au détriment de la compétence, du mérite, de l’intégrité, conditions à caractère laïc et universel , nettement plus en vigueur sous le régime civil de Maître Mokhtar Ould Daddah, cette époque aujourd’hui lointaine où un fonctionnaire corrompu échouait en prison et rendait compte de son forfait, bon croyant ou pas.
Ceux d’entre nous qui la réfutent justement au nom de l’authenticité n’acceptent pas de quitter le navire ; avec les barbus et leurs épigones, il nous faudra alors trouver une solution par quoi cohabiter. Hormis la démocratie pluraliste et apaisée, je n’entrevois d’autre formule viable. Reste la guerre ; en ce monde, nul n’a le monopole des armes, surtout pas la « maraboutiquerie » locale. Entre mauritaniens, nous savons nos limites historiques. Notre mémoire est encore verte d’où la limpidité de son legs.
Nous étions nomades, pasteurs ou cultivateurs sobres ; l’Orient Arabe nous empoisonne depuis plus de deux décennies. Notre complication vient de ce mimétisme du mauvais goût. La Hassanité linguistique et esthétique est en train de s’y fondre, dérivant vers une copie consumériste où le discernement s’estompe sous le faix de la Marchandise. L’on s’endette pour rejoindre la Mecque et un tour à Dubaï rapporte de quoi racheter la créance. La norme conditionnelle – pas de pèlerinage sous crédit - se dissout dans cette négociation permanente entre la foi intime et le flot d’images des chaînes satellitaires arabes. Notre complication est une complexité qui puise dans la fertilité du complexe de ne pas être des sémites garantis. La seule manière de guérir d’une telle névrose, c’est finalement de se l’avouer.
La sortie de la religion dont il est question ici n’est pas une désertion de la croyance – l’une des expressions les plus abouties de l’Humanité – mais, plutôt, le dos tourné à un cadre où la religion commande la forme politique de la société, définit le lien social quotidien des citoyens et le rapport de la Mauritanie au reste de la mappemonde ; ce monstre dont il s’agit de s’émanciper frustre l’humain, le contraint dans son désir, l’oblige à tricher continument ou souffrir de transgresser.
Notre programme de démocrates consiste à abattre l’enceinte d’une religion structurante pour élargir l’espace de vie où elle existe à l’intérieur d’une forme politique qu’elle ne détermine pas ; l’objectif tient d’une pulsion impérieuse, en somme refonder le consensus social sur des bases séculaires contre le fanatisme et l’intolérance ; c’est une stratégie de légitime défense mais à visée offensive.
Nous le savons, quoique non étrangère au vécu de nos ancêtres sur ce sol, la notion comporte un sens hélas aux antipodes de la référence dominante en Mauritanie et en politique dans le monde arabo-musulman . La sécularisation est le cadre général d’interprétation de ce que nous avancions dessus sous l’appellation de sortie de la religion-carcan et qui se concrétise par la séparation du politique et du religieux pour l’émancipation de la politique.
Nous voulons cantonner le spirituel et le culte dans l’ordre de la sphère privée et l’empêcher, ainsi, de servir d’outil de privation, de contrôle, d’amputation et de mort, entre les mains sanglantes du parti de la frustration que ses propres insatisfactions et délires conduisent à perturber le cours pacifique de la société. Notre loi fondamentale, que nous avons conçue et votée en toute conscience, pour les besoins spécifiques à notre destin en ce monde, devra subir une révision profonde afin de mieux cerner, sans concession, les contours du contrat social.
En vertu de cette séparation, le salut restera une affaire individuelle, la religion la société de l’homme avec Dieu et l’Etat la société des hommes entre eux. Dans cette perspective, la domestication de la religion par la modernité politique (démocratie) s’effectuera avec une mutation tacite du contenu de la foi… Dans l’effort de réduction-adaptation, la liberté du Citoyen couronnera l’échelle des valeurs et la figure de l’Etat en protégera l’usage, s’il le faut hors du champ de l’invisible.
Certes tardive, l’oraison funèbre d’une politique de la Mauritanie axée sur un Orient divin, loin des souffrances de la majorité des citoyens, doit être prononcée après l’enterrement des 4 touristes assassinés en décembre 2007 aux environs d’Aleg.
Docteur en Science Politique,
Paris, France
