28-02-2008 19:31 - Levons un coin de voile sur la jeunesse mauritanienne

Levons un coin de voile sur la jeunesse mauritanienne


Ablaye Wade, dans son livre intitulé « destin pour l’Afrique », disait : « dis moi quelle jeunesse tu as, je te dirais quel peuple tu seras ». Cette phrase, si révélatrice et si symbolique, trouve toute son importance quand elle sort de la bouche d’un africain, de surcroit un chef d’Etat. Elle montre encore, si besoin en est, combien de fois la jeunesse est capitale pour le progrès et la vitalité d’un peuple, comme celui de l’Afrique.

Dans cette foulée, qu’en est-il pour la jeunesse mauritanienne ? La Mauritanie, comme tous les pays africains, a une population relativement jeune. Cet atout démographique est imputable en partie à la religion musulmane, qui encourage la procréation. Il est également dû au progrès de la médecine et à d’autres facteurs sociaux.

La question est de savoir est ce que l’Etat mauritanien tire un grand profit de cette jeunesse ? S’il est vrai qu’une partie de cette jeunesse a pu profiter de l’ascenseur social par le canal des études pour se tailler une place digne au soleil mauritanien, il n’en est pas autant pour l’autre partie qui n’a pas eu cette opportunité.

C’est cette frange de la population juvenile qui a dû mal à entreprendre des projets sérieux et ambitieux, faute d’un environnement propice. Il est connu, en Mauritanie, que la plupart de jeunes, qui abandonnent l’école prématurément, pour une raison ou une autre, s’introduisent dans le secteur informel. Celui-ci aurait pu contenir la jeunesse désemparée, s’il avait un cadre juridique fiable. Hélas, ce secteur est à l’image de l’Auberge Espagnole.

Pour une politique d’insertion efficace et durable de cette partie de la jeunesse, souvent livrée à elle-même, il va falloir que l’Etat crée un cadre juridique et institutionnel permettant au secteur informel d’être dynamique, afin de résorber la jeunesse qui a raté l’ascenseur social. C’est le seul moyen pour accorder une seconde chance à cette partie de la population. Il n’est plus concevable que l’école soit la seule voie de réussite officielle. Ceux qui ont échoué à l’école doivent bénéficier d’une seconde chance.

Si l’Etat ne fait pas face à ce fléau social, les jeunes vont prendre eux-mêmes leur destin en main. Aujourd’hui, il est de notoriété publique que ceux qui sont abandonnés parmi les jeunes déploient tous les moyens, aussi illicites et barbares soient-ils, pour trouver un lendemain qui chante. Tous les jours, au vu et au su des autorités, les jeunes tentent la porte de l’Europe par de bateaux de fortune, tout en sachant qu’ils sont exposés à tous les dangers. Ceux qui n’ont pas l’audace d’affronter la mer et le désert, se lancent dans le vol, dans la vente de la drogue, bref dans l’illicite.

En Mauritanie, comme ailleurs, il ne faut ne pas faire la politique d’autruche. Tous ces cas d’espèces existent de nos jours. En conséquence, il est urgent que l’Etat mette en place une politique ambitieuse pour contenir la partie désemparée de sa jeunesse. Une jeunesse formée et cadrée ne peut être que profitable au pays. Autrement, nous tendrons vers une véritable jungle. D’ailleurs dans certains quartiers de Nouakchott, le phénomène est devenu monnaie courante. Il suffit de lire quotidiennement la presse écrite mauritanienne pour s’en rendre compte.

Marigatta WAGUE, Paris.

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