06-06-2008 22:28 - Dah Ould Abdi, ancien ministre des affaires étrangères de Mauritanie : La Leçon de Doha

Dah Ould Abdi, ancien ministre des affaires étrangères de Mauritanie : La Leçon de Doha

Par les accords de Doha du 21 mai dernier qui ont mis fin à la crise libanaise, le Qatar a prouvé au monde que les Arabes possèdent - tant sur le plan intellectuel que diplomatique - les ressources nécessaires au règlement de crises complexes.

Que de médiations et de réunions ratées, de mobilisations politiques et d’énergies déployées en pure perte sur tous les continents ! L’escalade de la violence paraissait sans fin, tant les positions des uns et des autres ne cessaient de se radicaliser. Et malgré tous ses efforts, le monde impuissant assistait, comme la plupart des Libanais eux-mêmes, à la fatalité du retour de la mort et de la destruction.

Mais, au moment le plus critique, un homme, l’émir du Qatar, Cheikh Hamad Ibn Khalifa Al Thani, a eu le courage d’abriter à Doha la réunion de la dernière chance.

Il s’est totalement investi pour celle-ci, en supervisant personnellement son déroulement et en faisant preuve d’un tact et d’une maîtrise des dossiers irréprochables. Il nous a donné une grande leçon non seulement de courage diplomatique mais aussi de générosité. Leçon qui devrait servir d’exemple - espérons-le - à la réalisation d’initiatives de même envergure.

Car le monde arabe doit résoudre l’ensemble des différends et des rivalités qui minent sa cohésion s’il veut enfin peser dans les affaires internationales et se préserver des injustices qu’il s’inflige à lui-même.

En outre, la diplomatie arabe doit faire preuve de vitalité pour occuper une place correspondant à son poids économique. D’autant que ce dernier va croissant, en particulier grâce à la hausse sans précédent du prix du pétrole et aux investissements judicieux réalisés par certains pays, au premier rang desquels - justement - le Qatar.

Cet émirat constitue depuis longtemps un exemple de diplomatie pragmatique et équilibrée. Animé par des hommes de très grande qualité comme le Premier ministre et ministre des affaires étrangères, Cheikh Hamad Ibn Jassim Ibn Jaber Al Thani, et appuyé par des moyens de communication performants, le Qatar engrange aujourd’hui les résultats d’une vision à long terme.

Ceux qui connaissent un peu le Qatar ne peuvent guère s’étonner de ses succès récents. Ces dernières années, la capitale de l’émirat n’est-elle pas devenue une ruche à idées, un centre de débat pour les think-tanks de tous les continents ?

Un ministre délégué a même reçu pour fonction de gérer à plein temps l’organisation des conférences internationales qui ont lieu dans l’émirat. Les retombées de ces échanges, auxquels participent de nombreuses personnalités internationales, sont d’autant plus grandes que Doha accueille les antennes des universités mondiales les plus prestigieuses. Celles-ci sont réunies au sein de la Fondation du Qatar pour l’éducation et la culture, que dirige l’épouse de l’émir, Cheikha Moza Ibn Nasser Al Misnad.

Enfin, une multitude de manifestations culturelles et sportives enrichissent en permanence la vie de l’émirat. Un dynamisme dont témoigne la chaîne satellitaire de renommée mondiale Al-Jazira, qui diffuse à des millions de foyers dans le monde une effervescence intellectuelle mettant en avant les valeurs de pluralisme, de tolérance et d’inventivité.
La combinaison de tous ces facteurs avec un essor économique spectaculaire a conféré à l’émir Cheikh Hamad Ibn Khalifa Al Thani une aura qui a beaucoup pesé dans le règlement récent de la crise libanaise.

Grâce à ses qualités de clairvoyance, d’entregent et d’habileté, l’émir du Qatar multiplie les succès sans heurter les susceptibilités des uns et des autres. Au contraire, puisqu’il fait des heureux dans son émirat, mais aussi au Liban et dans beaucoup d’autres pays.

En rompant avec l’usage voulant que les sujets qui fâchent ne soient jamais abordés, il séduit tout le monde arabe, lassé par la spirale des échecs et des négociations sans fin de ses dirigeants. Pour une fois, mais elle est historique, l’émir Cheikh Hamad Ibn Khalifa Al Thani a fait mentir la triste et célèbre formule : « Les Arabes se sont entendus sur le fait de ne pas s’entendre. »

QATAR - 1 juin 2008 - par Dah Ould Abdi, ancien ministre des affaires étrangères de Mauritanie

Jeune Afrique N°2473 du 1er au 7 juin 2008

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