11-11-2010 07:35 - Med Hondo en exclusivité sur Cridem : ' Il n’y a jamais eu de divorce avec mon pays…

Med Hondo en exclusivité sur Cridem : ' Il n’y a jamais eu de divorce avec mon pays…

...mais l’impossibilité de pouvoir y travailler '.


Adulé et révéré à l’étranger, Med Hondo qu’on a extirpé de son silence l’est moins davantage dans son propre pays, la Mauritanie. Comme de nombreux mauritaniens, il a décidé de vivre à l’étranger.

Celui qui a fait flotter son drapeau national dans des festivals internationaux de plusieurs capitales du monde et qui s’apprête à sortir un nouveau film intitulé "Le premier des Noirs: Toussaint Louverture" soutient dans cette interview qu’"il n’y a jamais eu de divorce" avec son pays "mais l’impossibilité de pouvoir y travailler". Explications.

Cridem : Comment vivez-vous le fait d'être un cinéaste mauritanien mondialement connu mais ignoré chez lui?

Med Hondo : Cela vient du fait que la grande majorité des mauritaniens ignorent la réalité de mon travail, encore davantage mes films. Il n’existe pas en Mauritanie de système de diffusion audiovisuel et la télévision nationale ne programme que des films d’un même "genre"…En tout cas pas les miens ni ceux d’autres cinéastes mauritaniens et africains. Plusieurs articles me concernant, parus dans la presse mauritanienne, principalement dans le " calame", n’ont intéressé que les intéressés !

Cridem : La Mauritanie s'est engagée dans une nouvelle ère de gouvernance et de démocratie. Peut-on s'attendre de vous que vous reveniez au pays en vue de participer à sa marche et sa construction?


Med Hondo
: Je ne suis pas porté sur l’auto-satisfaction, mais parfois il faut mettre les points sur les i et informer ceux qui le souhaitent. Il y a plus de 30 ans, j’ai fait flotter le drapeau national dans des festivals internationaux de plusieurs capitales du monde… lorsque le nom Mauritanie était inconnu ou se confondait avec l’île Maurice (Mauritus). A preuve lorsque j’ai reçu en 1972 le prix des "droits de l’homme" à Strasbourg au nom de l’île Maurice.

Il y a plus de 20 ans, j’ai rencontré à trois reprises et projeté à la présidence, l’un de mes films à un certain chef d’état que j’ai essayé de convaincre de l’urgente nécessité de créer un centre culturel et audiovisuel national !

Avec trois cinéastes mauritaniens et un journaliste réputé, nous avions établi et déposé à la présidence une étude, relative à la création de ce centre.

J’ai moi-même fait établir par un architecte mauritanien, un schéma de cette structure que j’avais intitulé : "La Maison des Films Africains et Arabes". Elle fût approuvée à l’époque par le ministre des finances en attendant l’obtention d’un terrain par la Socogim. Hélas, j’ai patienté plusieurs années en ne voyant rien venir ! Mais je suis ravi que d’autres cinéastes aient repris le flambeau !

Tout ceci pour dire que j’ai toujours fait mon possible pour participer à la marche et à la construction de mon pays…sans qu’on me le demande ! Je considère que c’est le minimum que je puisse faire.



Cridem : La Mauritanie, votre pays, a connu des coups d'Etat, l'esclavage, des exécutions extra-judiciaires... Mais, on ne vous a jamais entendu se prononcer sur ces questions. Pourquoi cette réserve et cette absence d'engagement de votre part?


Med Hondo
: Vous n’êtes pas bien informé !!! Concernant les maux et les tragédies dont vous parlez, j’ai pris ma part de responsabilité dans la stigmatisation et la dénonciation de ces crimes, à titre personnel et dans mes films. Les principaux impliqués et beaucoup de mauritaniens vous le diront.

Cridem : Ces dernières années, votre pays a connu l'émergence de nouveaux seigneurs de l'image, de nouvelles têtes dans le domaine du cinéma. Que peuvent-ils espérer de votre part?


Il n’y a pas à ma connaissance de "seigneurs de l’image" dans le monde, mais des artistes à plusieurs niveaux de conscience qui s’engagent auprès de leur peuple ou qu’ils le trahissent. Quant aux nouvelles têtes dans le domaine du "cinéma national", je ne peux que leur prodiguer encouragement et persévérance, car ils ont choisi le plus aléatoire et difficile métier du monde et de surcroît le plus dispendieux.

Cridem : Depuis que vous êtes parti, vous n'êtes plus revenu. Qu'est-ce qui expliquerait cet acte de divorce avec votre pays?


Med Hondo
: Il n’y a jamais eu de divorce avec mon pays… mais l’impossibilité de pouvoir y travailler !!!

Cridem : Votre retour ou si vous voulez votre installation en Mauritanie, y pensez-vous. Est-ce que c'est un scénario qu'on peut envisagez?

Je n’ai pas eu d’autres choix que celui de "l’immigration permanente". Et je reconnais que je ne suis pas le seul mauritanien…laissé au bord du fleuve…

Cridem : Votre prochain film s'intitule "Le premier des Noirs: Toussaint Louverture". Alors, à quand un film sur la Mauritanie ou sur un de ses illustres fils?

Med Hondo : Parmi plusieurs projets sur la Mauritanie, il y en a un qui me tient particulièrement à cœur et que je souhaiterais réaliser juste après Toussaint, c’est : Al Asmaa Al Moutaghayira (les noms qui changent) du grand poète mauritanien : Ahmedou O Abdelkader, d’après une adaptation d’ Ahmed Salem O. Teh.

Cridem : Le 28 novembre prochain, la Mauritanie va célébrer ses 50 ans d'indépendance. Quel jugement avez-vous par rapport à cet évènement?


Med Hondo
: La naissance de la Mauritanie s’est déroulée dans la douleur mais aussi dans l’espérance, comme dans tous les états africains ! Il n’y a donc pas d’inconvénient à se remémorer cet événement. Toutefois, j’aurais souhaité pour ma part que l’on profitât de cet anniversaire pour ouvrir le dialogue entre tous les mauritaniens, que de grands débats-critiques s’organisent à travers la nation autour de la question suivante : qu’est-ce qui explique qu’après 50 ans d’ "indépendance", notre pays, sous peuplé, mais d’une richesse potentielle insolente… est encore sous-développé ?

Propos recueillis pour Cridem
Par Babacar Baye Ndiaye



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Commentaires (6)

  • geronimo (H) 11/11/2010 17:16 X

    Bcp ignorent que c'est lui la voix française d'Eddie Murphy. Eh , oui quand vous regardez un film en version française et que Eddie Murphy y joue, c'est Med Hondo qui fait la voix.


  • leguignolm (H) 11/11/2010 11:25 X

    Med Hondo notre Budispenser Terensille Mauritanien!


  • bleil (H) 11/11/2010 10:53 X

    La nature a horreur du vide ... quand les médiocres sont aux "affaires" la cible à ne pas rater ce sont les gens réflechis ou disposant d'un niveau d'intelligence supérieur qq soit leur origine ... leur rendre la vie impossible,

    par contre les autres et j'en connais des masses, les thuriféraires de l'oligarchie politique ça bouge en une valse politique médiocre dénommée "tayatie" : Taya, Cmjd, Prds, Prdr, Adil, Boulkheir, Waghef, Tvm, Mnd, Louleid, Birame, Mansour, Moussa etc...

    Donc pas de place pour Med Hondo à Nouakchott, et heureusement pour lui que la chienlit ambiante ne l'a pas enseveli sous les décombres de la médiocrité.


  • dykrim (H) 11/11/2010 10:43 X

    Entendre le nom de Met Hondo c’était au primaire, nous avions tellement brandi son nom sans le connaitre sur nos petites frimousses en disant AHHH !!!! Un acteur Mauritanien en fin puisque en ce moment là on ne savait pas la différence entre acteur et cinéaste.

    Je vais vous dire une chose Met Hondo est devenu un grand homme par son métier, il ne peut pas vous dévoiler certaines choses que vous-même vous le savait déjà. Que ça soit Met Hondo, toi, moi, ou l’autre, nous savons tous que 50 ans d’Independence en Afrique et particulièrement en RIM = 50 ans d’aveuglement, de cécité, trachome, de cataracte, d’errance et du n’import quoi..

    Pour le cas de la Mauritanie il faut se dire qu’un état est forgé uniquement pour se remplir les poches une fois devant, le slogan pour la agréation de cet’ état est basé sur une structure avec la même matière que hypocrisie qui lui = à ne montrer et ne publier que ce qui me semble bon même si c’est en allant contre la volonté de Dieu quel honte.


  • espoire.mauritanie (H) 11/11/2010 08:31 X

    Je suis un "lawBe" Haalpulaar, (j’ai grandi hors de ma société d’origine).

    Un esclave soninké, arabe, Haratin (Ewlade Mbarek), Halpular ou Wolof n’est-il pas victime d’un même système lâche et hypocrite qu’un Haratin. Pourquoi SOS Esclaves nous parlent jamais d'esclavage chez les negro africain (Halpular, Wolof et Soninké)

    Pourquoi personne, ou presque, ne parle de cet esclavage contemporain?

    Pourquoi cela reste t-il un tabou chez les "Halpular, Wolof et Soninké"!!!

    Pourquoi ?


    Nous sommes pas des êtres humains commes les autres ? Aucun intellectuel Halpular, ni Soninké issu de ces classes nobles n’a crié cette injustice affreuse.

    Pourquoi Med Hondo et les écrivains mauritanien ne parlent jamais de ce racisme là l'esclavage chez Haal Pulaar, wolof et Soninké !!

    Un haal-pular voyant pour la première fois de sa vie un avion aurait dit : "Le blanc est plus fort que le Maure, celui-ci est plus fort que le haal-pular, ce dernier est plus fort que son esclave".

    "Tous les faits montrent que la population arabe n’est pas plus esclavagiste que les négro-mauritaniens. N’existe-t-il pas des Torobés et des Mathioubés chez les Halpular, des Horos et des Komos chez les Soninkés, des Guers et des Diams chez les Wolofs…"

    Mangara

  • abraham (H) 11/11/2010 08:16 X

    Mes chers amis du CRIDEM,quand on a la chance d'interviewer un Monsieur comme Mohamed Hondo, prenez la précaution de "reviser" vos fondamentaux.Mr Hondo s'est engagé depuis des lûstres pour une Mauritanie unie et respectueuse de toutes ses composantes nationales.

    S'il n'est pas connu et diffusé en Mauritanie,c'est parce que ses films ne sont pas jugés par nos censeurs comme trés arabes.

    C'est ça le grand souci pour tous les artistes qui ne sont pas maures mais qui sont mauritaniens quand même.

    Quand à votre journaliste, un peu plus de culture général ne ferait pas de mal. Sans rancune, si vous ne me publiez pas.