06-01-2012 11:15 - TVM: Ce «truc» monoculturel

TVM: Ce «truc» monoculturel

Dans une période où les autorités brassent des moulins sur les discours sur l'unité culturelle et la diversité de celle-ci, «richesse de la Mauritanie», on est étonné de voir parallèlement un renforcement de la discrimination dans l'image que renvoie la télévision nationale du pays des soninkés, maures, halpulaars, wolofs et bambaras. Une rupture intervenue depuis deux ans, après une éclaircie dans son ciel durant la Transition.

L'arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz à la tête de l'état a coïncidé avec le rétro-pédalage de la télévision publique mauritanienne. Dans tous les sens du terme.

Après une période de mue initiée par le DG de la TVM de l'époque du «mouvement rectificatif», Hamoud Ould M'Hamet, la télévision a retrouvé ses démons d'antan: l'érection d'un «truc» dédiée à une seule communauté. «À partir de 19h, il n'y a plus que des programmes pour maures; on dit clairement aux kawris (noirs-ndlr) d'aller se coucher» explique un ancien salarié de la TVM, qui a requis l'anonymat.

Et ces derniers, les kawris, bénéficient dorénavant des «temps morts du programme quotidien, pour avoir une misérable fenêtre de communication, entre 17 et 19h, où en vrac on expose toutes les autres communautés discriminées» continue la source. «Les langues nationales ont à peu près cinq minutes, parfois un peu plus, d'informations par jour» opine Mohamed Abdallahi Kane, directeur technique de la TVM. De quoi faire à peine des éléments de «brèves», quand ce temps équivalait à 30 minutes par langue nationale, avant l'arrivée «des extrémistes dans les parages de cet institut public» affirme l'ancien salarié.

Il y a eu un soubresaut durant les manifestations du collectif touche pas à ma nationalité, liées aux contestations du recensement en cours. «Face à ces troubles sociaux, et devant la réelle menace de confrontations communautaires, les autorités publiques en charge de la communication, et des médias publics, se sont rappelé qu'il y a des noirs dans le pays; et d'un coup, des débats, fussent-ils lisses, des sensibilisation, tout un arsenal de communication, a été mis en branle sur les plateaux de la TVM» se rappelle un des chefs de service de la TVM. Mais dès que les choses se sont tassées, c'était reparti pour l'uniformisation culturelle à la TVM.

TVM Plus, la tentative avortée de diversité


Pourtant, au lancement de la seconde chaîne publique, TVM Plus, les espoirs étaient grands de voir naître une chaîne de télé mauritanienne «digne de ce nom, qui remplisse les critères de la diversité culturelle, ainsi que des programmes d'intérêt». Lancée en 2007 par l'ancien président de la République, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, mise en branle par Hamoud Ould M'Hamet, cette nouvelle télévision, dès son lancement suscite un engouement inédit. «Cette chaîne a été lancée dans le but justement de montrer la Mauritanie dans sa diversité, et ses richesses culturelles» dit le directeur technique.

Mais le succès de la deuxième chaîne qui diffuse des films en français et arabes, sous-titrés, retransmet les matchs de la ligue des champions européenne de football, fait une ombre immense à la première chaîne. «C'était la première fois qu'on voyait toutes les communautés nationales, discuter, débattre, échanger, se rencontrer enfin sur un plateau de télévision!» se rappelle Mamadou Gueye, dit MG, un des anciens du microcosme audiovisuel, et qui avait reçu carte blanche pour mettre sur pied cette deuxième chaîne.

Quand le troisième directeur de la TVM, Yahya Ould Haye, est arrivé, depuis 2008, «les extrémistes qui l'ont suivi, ont dénoncé la TVM plus comme une télé de kawris» murmure un des techniciens de cette chaîne, qui existe toujours, mais en état de léthargie avancée, avec une programmation «synchronisée sur celle de la première chaîne à partir de 20h, que personne, pas même les maures, ne regardent» souligne le technicien. «Ainsi, les langues nationales continuent de passer, mais toutes en même temps durant le temps mort de 17 à 19h».

Mais Ould Haye ne faisait que continuer le travail initié par ses deux prédécesseurs, Imam Cheikh et Ould Bouka, mais de façon plus timide, qui ont tous voulu ramener la TVM et sa petite-fille trop présente, la TVM Plus, «à des couleurs plus maures».

Des changements en perspective?

Une personne trouve grâce aux yeux de la plupart des techniciens et professionnels de la télévision mauritanienne. Hamoud Ould M'Hamet. L'ancien DG s'est donné les moyens de son ambition de faire de la TVM une structure publique regardée, enfin. «Hamoud a voulu casser la monotonie existant à la TVM. Il a voulu faire de la télévision une vraie structure publique, à ce titre qui représente la diversité culturelle du pays. Techniquement, humainement, ainsi que dans la programmation, on peut dire qu'il a révolutionné la TVM. N'oubliez pas qu'il est le premier à avoir osé faire la diffusion 24h/24 de la programmation» soutient Mohamed Abdallahi Kane.

Transformée en société anonyme depuis deux semaines, «pour faire face à la concurrence des nouvelles télévisions bientôt ouvertes» selon le ministère de la communication, la TVM fera-t-elle une nouvelle mue. Rien n'est moins sûr selon les acteurs de l'audiovisuel. «La TVM est certes une société anonyme, mais dont les capitaux sont dans leur totalité issus d'entreprises publics. Donc directement ou indirectement elle dépend toujours des autorités publiques» remarque l'ancien travailleur à la retraite, de la TVM.

De toutes façons, concurrence il ne devrait pas y avoir. «Les chaînes privées qui vont arriver vont mobiliser des fonds pour gagner de l'argent. Ce sont des entreprises à but lucratif d'abord. Tandis que la TVM en tant que média public, dans ses missions, doit nécessairement prévoir des actions de sensibilisation, d'intérêt général. Ces chaînes seront donc complémentaires, mais pas concurrentes.» explique le directeur technique de la TVM.

Quant à la représentativité des autres communautés, négro-mauritaniennes, le Président de la HAPA, Heibetna Ould Sidi Haïba, se dit confiant en l'avenir. «Il est vrai qu'il y a un gros problème sur l'application des textes et des cahiers de charges des médias publics, particulièrement la TVM, quant à la représentation des communautés. La Constitution consacre cette diversité, et les responsables devraient suivre cette direction. C'est un long combat à mener, mais qui sera forcément gagné par ceux qui promeuvent la diversité de la Mauritanie» argue le Président de la haute autorité de presse et de l'audiovisuel.

«Ces structures baignent dans un marasme d'incompétences. Peut-être que leur privatisation, sous la supervision de la HAPA les aidera à en sortir. La diffusion de la diversité culturelle du pays est incontournable. Les gens qui y manquent, mènent des combats perdus d'avance. Ils n'ont rien compris à ce qu'est la Mauritanie» conclut-il.

Un marasme qui devrait perdurer: Le conseil des ministres de ce jeudi 5 janvier 2012 vient de nommer El Moudir Ould Bouna, directeur général de la TVM, anciennement DG de l'AMI, tristement connu pour la destruction d'archives datant d'avant le coup d’État de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Mamoudou Lamine Kane



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