06-06-2012 23:31 - L’affaire Mamouny : Un autre abus.

L’affaire Mamouny : Un autre abus.

Notre confrère Mamouny Ould Moctar, reporter journaliste à l’Agence mauritanienne d’information (AMI), a été licencié, mercredi dernier, sans droits. On lui reproche, officiellement, de s’adonner à des ‘’activités concurrentielles’’.

Dans la réalité, on l’a sanctionné pour avoir reporté fidèlement des propos du chef de l’Etat, peu flatteurs pour l’Arabie Saoudite, lors d’une audience avec les députés de la majorité. On le connait seulement par son prénom : Mamouny. Le dernier, certainement, de cette race des reporters journalistes qu’on reconnait à leur look particulier et leurs propres outils qu’ils portent à l’épaule : magnétoscope, appareil photo, bloc-notes…

On le rencontre dans chaque coin du pays couvrant n’importe quel événement. C’est sa vocation. Toujours le même engagement et la même détermination pour être là. Malgré son âge, il est resté fidèle à son premier métier, son métier de toujours : le reportage.

Plus de 30 ans de carrière qui se sont envolés en un instant. Mercredi dernier, au milieu de la journée, le secrétaire du directeur de l’AMI l’appelle au téléphone : ‘’j’ai un courrier que tu dois décharger’’. Il court vers lui et découvre la mesure prise contre lui : le licenciement. Sans appel. Il s’y attendait un tout petit peu, mais ça le choque, tout de même. Toutes ces années en l’air ! Comme n’importe quel marabout, il prend l’affaire avec philosophie et engage tout de suite le combat.

C’est un processus qui a été déclenché depuis la fin du mois de février. A l’époque, le journaliste, qui collaborait, comme c’est le cas de tous les journalistes des organes publics, avec le site Nouakchott Info, avait publié un compte rendu d’une réunion ordinaire, très ordinaire, entre le chef d’état et les députés de sa majorité. Au cours de ce conclave, le président de la République avait fait les éloges de la démocratie comme seul système de gouvernement qui permet aux nations, même sans moyens, de s’émanciper. Pour illustrer ses propos, il a cité l’exemple du royaume saoudien qui est très riche mais qui demeure arriéré à cause de l’absence de démocratie.

Mais lorsque le journaliste a reporté ses propos, sans même les mettre en exergue, dans son reportage, cela a provoqué l’ire du chef qui a demandé tout de suite que des sanctions soient prises contre lui. Une manière, certes pas très diplomatique, de s’excuser aux saoudiens. Même si le président a tout de même presque répété la même appréciation dans la fameuse interview avec des journalistes français en leur expliquant que les saoudiens et les qataris ne peuvent pas soutenir l’opposition parce qu’il n’y a pas de liberté chez eux.

Sans se soucier de la cohérence des propos présidentiels, l’administration de l’AMI adresse le 23 février une demande d’explication, non datée, à Mamouny lui enjoignant de justifier les raisons qui l’ont amené à travailler chez un concurrent et à publier une information qui risque de saper les relations de la Mauritanie avec un pays frère… Plus de deux mois après, le 9 mai, le journaliste écope d’une mise à pied. Le 23 du même mois, le couperet tombe: le licenciement.

Bien sûr, toutes les associations de défense des journalistes ont manifesté leur solidarité avec Ould Moctar et ont dénoncé une volonté manifeste de mettre au pas la presse. Même ton chez les partis politiques qui fustigent un tel acte et exigent son annulation et l’intégration de l’intéressé dans son job. Mais ce qui est le plus surprenant est de voir le sommet de l’Etat s’acharner contre un simple reporter journaliste qui n’a fait que son boulot : rapporter l’information au public. Un droit constitutionnel !

Il est clair que l’agence d’information et sa direction n’ont aucun reproche contre Mamouny. Ils n’ont fait qu’appliquer des instructions qui proviennent de la-haut. Ce ‘’la-haut’’ qui veille sur les détails les plus minimes de la vie dans le pays. Cela est d’autant plus vrai que les motifs invoqués ne tiennent pas la route. Presque tous les journalistes de la presse publique travaillent avec d’autres organes sans jamais que cela dérange leurs institutions. Ensuite, il n’appartient pas à un journaliste, fut-il de la presse publique, de veiller sur les relations de la Mauritanie avec ses partenaires étrangers.

Ce n’est pas son affaire ! Quoi qu’il en soit, l’affaire de Mamouny Ould Moctar comme celle encore brulante du président de la Cour suprême procèdent de la même logique et ont un seul nom : l’abus du pouvoir.

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Commentaires (1)

  • antipervers (H) 07/06/2012 15:52 X

    Tout est dit sur les lois en Mauritanie dans ce papier, à savoir le non respect des règles. Le partisan de quelque bord qu’il fût doit y réfléchir, car le constat n’est pas conjoncturel au gouvernement du moment, mais structurel à la mentalité du pays.

    1) Un agent de l’Etat, retraité en droit, est toujours en activité. La règle n’a pas été respectée par lui et n’est pas invoqué par qui de droit. L’agent déplait, l’absence de règles le fait limoger. Impossible pour sa hiérarchie d’évoquer la loi : il est retraité ! Car soulever ce lièvre amènerait à évoquer la mise à la retraites de centaines d’agents. Plutôt que de mettre à plat, pour réforme, la question de la retraite, on préfère continuer à la gérer en créant une opportunité de levier d’abus de pouvoir pour les hiérarchies et alimenter l’usage du faux des concernés.

    2) Une règle d’usage, contraire à la loi, fait qu’un agent de l’Etat peut exercer de multiples activités salariés ou d’entreprise. La règlementation ne s’est pas donné la peine de se mettre en conformité avec la réalité. Et l’on fait usage de la réalité selon l’utilité : l’agent est révoqué sur le prétexte d’une règle que personne ne respecte pour cause d’irréalisme.

    Les plaignants, du moment, contre l’abus de pouvoir, sont souvent en contravention, par d’autres aspects, avec la loi. La règle n’est reconnue que pour se qu’elle sert ou dessert dans l’immédiat. C’est une constante pour les plaignants d’aujourd’hui, comme les satisfaits d’hier. Dès lors l’abus de pouvoir devient la règle pour ses bénéficiaires d’aujourd’hui comme pour les victimes de demain.

    La résilience du système à faire aboutir quoi que ce soit par le droit est bien le fait d’un consensus social. Changer de gouvernants n’y fera rien. La mise en adéquation assumée du droit avec les mentalités et la réalité qui évoluent est une piste….