14-11-2012 06:15 - Mohamed Diallo : Un calligraphe englouti par la peinture

Mohamed Diallo : Un calligraphe englouti par la peinture

Parmi les vingt artistes exposant actuellement au premier salon mauritanien des arts plastiques à l’Institut Français de Mauritanie qui baissera ses rideaux le 26 novembre prochain, Mohamed Diallo. L’artiste et ses collègues croisent le fer pour faire chavirer le cœur de l’électorat du public de l’IFM à l’effet de décrocher le sésame. Portrait.

A l’angle du consulat de la Cote d’Ivoire, à coté de l’Institut Juridique Espagnol, se trouve l’atelier de l’artiste plasticien, Mohamed Diallo connu sous le nom de Hamady. Des tableaux apposés autour du mur de l’atelier et d’autres jonchés sur le perron, utilisant des morceaux de sandale pour répandre la peinture…

Hamady est en plein milieu de sa sérigraphie. Des pinceaux, des scies, des pots de peintures, un lit, des tableaux entre autres … Tel est le décor de l’entreprise baigné dans une atmosphère où se mêlent des peintures qui pincent les nez.

L’ordinateur portable sur la table à coté de plusieurs paquets de cigarettes, propose la musique du Roi du Yela, Baaba Mal. Un lot de t-shirts agencé sur une corde, Hamady accélère la cadence pour terminer la commande. Elancé, teint clair, l’artiste est vêtu d’un t-shirt de la commande tachée de moult couleurs de peintures, d’une culotte de plage et d’une paire de claquettes.

A l’âge de 27 ans, ce jeune homme au corps mince et teint clair est un art plasticien talentueux qui feront le relais de la génération des artistes peintres à l’instar de Mokhis. Parallèlement à son métier de peintre, Hamady fait aussi de la sérigraphie pour arrondir la fin du mois dans un pays où l’art ne nourrit pas son homme.

Après le décès de son père, El Hadj Oumar Diallo, le natif de Nouakchott devait mener le bateau, famille (sa mère et sa sœur), à bon port. Le désir du pain quotidien prend dessus sur le savoir. Il avorte à ses études au niveau du primaire et noue une idylle avec la plage des pêcheurs pour chercher son gagne-pain. " Il fallait arrêter les études et aider la maman qui pratiquait un petit commerce " révèle-t-il.En 1999, il se met dans la calligraphie avant de retourner en 2000 à la plage des pêcheurs où il s’éternise. Il confie : " j’avais des amis à la plage et c’était facile de gagner de l’argent dans cet endroit ".

Des mois passés, sa mère, Aminata Diallo s’inquiétait de l’avenir de son fils unique et lui ordonnait de s’engager dans l’Armée créant une mésentente entre sa famille et lui. Il dit : " je n’aime pas la vie de soldat ". Il décampe de la maison et retrouve son ancienne demeure, la plage des pêcheurs, pendant six mois. " C’était là-bas que j’habitais définitivement après ma fugue de la maison " livre-t-il.

C’est à la suite d’une énième tentative d’exfiltrer Hamady à la plage des pêcheurs par sa mère accompagnée de son oncle, Mohamed Sow, décédé récemment que le fugitif impose à sa famille le chemin de son avenir. Ses mains aux manettes du clavier, l’artiste souligne : " ils m’ont demandé de leur dire ce quoi j’aimerai faire ! J’ai soutenu tout de go que je veux m’aventurer dans la calligraphie ".

Il cherche enfin l’homme qui changera son destin, le grand peintre Mokhis. Il lance : " j’entendais MokhisMokhis et j’ai décidé de retrouver son atelier. Et lui faire part de mon envie d’apprendre la calligraphie ". C’est dans cet atelier de Mokhis en 2002 que le jeune Hamady entamera ses cours de calligraphie et c’est là-bas qu’il taguera ses premiers coups de peintures. " J’ai travaillé dans son atelier. Il m’a considéré comme son fils et il m’a appris la peinture ".

Membre fondateur de l’Association des artistes plasticiens M-Art, Hamady a exposé individuellement à Nouadhibou et à Nouakchott. " Je n’ai pas fait beaucoup d’expositions individuelles c’est parce que je suis dans des recherches pour approfondir mes connaissances dans l’art plastique " prête-t-il entre deux tirs de cigarettes. Il ajoute : " la peinture a encore du chemin à faire dans notre pays. Les Mauritaniens ne sont pas encore imprégnés totalement de cette forme d’expression artistique ".  Selon l’artiste, l’art plastique peut nourrir les artistes qui en font leur métier et qui ont une clientèle assez large. L’artiste s’inspire du vécu quotidien mauritanien et utilise beaucoup de matières pour concrétiser ses pensées, ses visions. " Je m’inspire à partir de ma vision ou de mon regard sur les autres ou encore à la suite d’une discussion avec autrui. J’utilise le café, le plâtre, de la cire à bois, des pigments comme matière " martèle Mohamed Diallo.

Ses rêves, c’est amener les Mauritaniens à aimer et apprécier l’art plastique et favoriser des contingents de recrue. Il révèle : " je veux changer l’art plastique en Mauritanie et aider d’autres qui veulent en faire leur cheval de bataille… Chapeau à L’IFM. Cette institution est le seul endroit où des jeunes artistes comme moi peuvent avoir de la visibilité ".

Cheikh Oumar NDiaye.


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Commentaires (1)

  • Homme-Noir (H) 14/11/2012 08:35 X

    est ce que la peinture peut entretenir une famille?
    Desolé mon frére la peinture c'est du khourouj.