01-02-2013 22:36 - Une rédaction à Sévaré : les journalistes maliens formés par l’armée

Une rédaction à Sévaré : les journalistes maliens formés par l’armée

Le ministère malien de la Défense et la Maison de la presse du Mali ont, dans une initiative commune, organisé une session de formation destinée aux journalistes amenés à couvrir la guerre qui sévit au Nord. Un mélange des genres étrange, gênant même, mais qui répond à des attentes réelles.

Le nom du projet sonne comme celui d’une série de téléréalité : « Une rédaction à Sévaré ». Un projet cependant, initié par la Maison de la presse du Mali, organisation qui regroupe l’essentiel des médias maliens prévoit d’installer dans cette ville (Sévaré) située à la lisière du Nord Mali une équipe de journalistes maliens chargés de couvrir le conflit.

Fonctionnant comme une agence, ils travailleront ensemble, les uns avec et pour les autres, dans le but de produire une information rigoureuse sur la guerre qui oppose l’armée malienne et ses alliés aux groupes qui occupent les deux tiers du territoire depuis plus de neuf mois. Une couverture sérieuse… et patriote.

Journalisme de conditionnement

Avant d’être envoyés sur place, la cinquantaine de journalistes qui participent à ce projet a le privilège de recevoir une formation. Organisée par la Dirpa, la Direction de l’information et des relations publiques de l’armée, et soutenue par l’ambassade de France. Ah. Tiens. Étonnant. Gênant ? Bon. C’est le Capitaine Modibo Traoré qui est en charge du projet.

Affable, disponible, avenant, il explique avec une sincérité déconcertante que « dans une situation d’exception, il y a des choses que nous ne pouvons pas tolérer. » D’où la nécessité de former les journalistes. Le militaire prône « un journalisme de conditionnement », qui permette de sensibiliser la population aux intérêts de l'armée française. Aussi demande-t-il aux journalistes de « mettre leur objectivité de côté. »

On comprend bien sûr l’impératif stratégique de ne pas révéler des informations opérationnelles : ne pas annoncer une attaque surprise, ne pas dénombrer les effectifs ou le matériel des troupes afin de ne pas permettre à l’ennemi de se préparer. N’est-il question que de cela dans la formation ?

« On n’a pas l’intention de contrôler la presse, » jure le capitaine, qui rappelle que les journalistes maliens sont souvent trop friands de rumeurs et d’infos non avérées.

« Nous sommes Maliens »

Et ce ne sont pas les journalistes participants qui lui donnent tort. Sur l’idéal du journaliste patriote d’abord. « Nous sommes des Maliens, rappelle Charles Le Bon Messé, journaliste en ligne sur afriqueemergente.com et élève de la formation. On veut préserver l’image de notre pays. » Sur l’intérêt de l’enseignement qu’il reçoit ensuite :

« Je n’ai jamais couvert une guerre, et je suis impressionné par les instructions qu’on me donne. »

Des consignes de sécurité, des points éthiques sur l’origine des sources et sur l’intérêt de donner ou non certaines informations touchant à la vie privée des soldats, par exemple… Tous apprécient enfin la richesse des échanges qu’ils ont pu avoir avec des journalistes expérimentés, comme ces Sénégalais qui témoignent de leur propre couverture de la guerre.

Même Issa Idrissa Maïga, directeur d’une radio de Gao, journaliste depuis de longues années et habitué, en tant que nordiste, aux zones de conflit, affirme qu’il « apprend » des choses, sur « ce qu’on peut et ce qu’on ne peut pas dire. » « Il faut sauver le pays à tout prix, poursuit-il, tout n’est pas bon à dire.

« On nous outille, estime encore Birama Touré, du journal le Sphinx, on nous apprend comment nous comporter. »

Mais, est-ce le rôle de l’armée de former les journalistes ? Et qu’en est-il de l’indépendance, de la liberté de parole ? Les participants ne sont pas choqués. Ils prennent ce qu’ils ont à prendre, et affirment sans sourciller qu’ils ne se laisseront jamais brider.

Et s’il s’agit, par exemple, de révéler les exactions de l’armée ? « Je les dénoncerai, c’est ma mission de journaliste !, s’insurge Charles Le Bon Messé… en bon… ou en mauvais élève ?

Par David Baché / Ziad Maalouf



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