18-02-2014 07:39 - « Illusions perdues » de Aichetou mint Ahmedou, mode de lecture d’une métaphore très symbolique .

« Illusions perdues » de Aichetou mint Ahmedou, mode de lecture d’une métaphore très symbolique .

Adrar Info - Un très beau texte ! Probablement le plus révélateur, à mon sens, de ce que tu es, de ce qui te passionne. Pas trop difficile de te « débusquer », Aichetou ! Il suffit de te suivre à travers ton écrit, presque à la lettre, de décrypter certains des signaux que tu émets.

Certes, lumineux, éclairants… mais pas toujours aisés à capter. Et voilà qui rend l’exercice intéressant. En effet, la vie, tu nous invites à y réfléchir en permanence : « (…) parlons-en toujours ! », écrits- tu. Et c’est justement là que l’on va trouver la clé, ce sens particulier que tu lui donnes, la percevant comme un symbole très révélateur.

Selon ma lecture, mon décodage, pour toi, « la vie (…), cette bataille de longue haleine », c’est l’écriture, avec tout ce qu’elle engendre de plaisir, comme de contrainte ou de risque.

Tu l’as prise à bras-le-corps, apprivoisée, domptée, comme un dresseur « arrive à nourrir de sa main une bête sauvage (et féroce) ou comme un amant (…) rentre dans les bonnes grâces de l’élue de son cœur, à force de ténacité (…) ». Tes « Illusions perdues » en sont l’expression, l’image. Evidemment qu’elles sont non univoques, comme toute œuvre littéraire digne de ce nom.

Mais tout lecteur attentif au pouvoir évocateur de ta plume y décèlera un portrait, une toile symbolique et poétique de ce rapport, profond, intime, indescriptible… qui te lie à cette passion naturelle, vivace et toujours inassouvie, qui t’habite, à ces rêves complexes, inaccessibles, incertains… que tu dois coucher le plus simplement du monde sur papier. Et impérativement !

Bien sûr que dans ce cas, obstacles et embûches ne vont pas manquer sur ton chemin. C’est le message que nous envoie la tonalité parfois grave, tragique… de tes « Illusions perdues ». Oui, tu te sentiras parfois comme dans « une tragédie finale inéluctable, qui (te) remplit comme rien d’autre d’effroi et de répulsion ». Mais, l’écrivaine, généreuse, à l’aise dans son effort, que tu es, ne baisse pas les bras, ne jette pas la plume. Elle se dit : « Il y a toujours une lueur quelque part pour qui n’est pas tout à fait aveugle ».

Ce message d’espoir, d’optimisme, te guide, soufflant la persévérance dans ton oreille, sourdement mais fermement: « Et même si ce round est perdu, en avant pour le round suivant ». Et toi, rassurée, tu te mets à l’œuvre, méthodiquement, en passionnée de son art, résolue et efficace, mais calme et discrète, pointant le but sublime vers lequel tu veux arriver sûrement : communiquer ta vision du monde en mettant en valeur les fonctions poétiques du langage.

Continue sur ce chemin, comme tu l’as fait jusqu’à présent. Tu t’es forgée suffisamment d’atouts pour persévérer dans cette voie. Poète, romancière, nouvelliste, fabuliste et chroniqueuse, les modes d’expression ne te font pas défaut (ما شاء الله).

C’est un énorme avantage que de maîtriser tous ces genres littéraires. Avec la possession d’une telle gamme, d’un tel savoir-faire, de tels dons, tu dois te sentir, honnêtement, quelque peu enviable, mais tu n’y accordes manifestement point d’importance, ta modestie faisant ta force et ton assurance tranquilles.

Rends-toi compte, cependant, que, dans ta propre vision poétique, celle de l’écrivaine insatiable, à la quête de l’excellence artistique, tes « Illusions perdues », qui sont polysémiques, pourraient aussi être perçues sur un autre registre.

Comme une expression de la peur d’un échec quelconque, de la peur « d’ambitions brisée, d’espoirs dérisoires »…ou comme un miroir reflétant d’autres appréhensions mystérieuses et insaisissables …des craintes qui hantent tout créateur, perfectionniste ou idéaliste, qui rêve comme toi. Voir tes « Illusions perdues » à travers cet axe de lecture incite à la prudence. Une bonne chose en principe. Mais n’y cède pas trop!

Ton œuvre est un très beau succès. Et tout me pousse à croire que ça va continuer et perdurer. Sois surtout hermétique à toute tentation qui te conduirait à agir dans une direction différente. Même si de temps à autre, de faux présages, sataniques, te soufflent quelquefois que l’écriture, « la vie », te « demande sans ambages de la laisser tranquille, de lui coller la paix », ne les écoute pas. L’écriture et toi, vous formez désormais un couple inséparable, qui nous procure beaucoup de bonheur, qui nous fait rêver, qui nous émerveille. Ne nous lâchez pas !

El Boukhary



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Commentaires (5)

  • Aichetou (H) 22/02/2014 16:02 X

    Merci de tout coeur Baye Diagana, ta reconnaissance est un autre sujet de fierté, que j'ajouterai avec gratitude aux lauriers que je glane ici et là depuis quelques jours et barkalla et que j'espère mériter. Ton hommage m'est allé droit au coeur et j'espère que je ne décevrai pas cette confiance que vous placez tous en moi. Moi aussi, je suis fière de vous toutes, mes si chères compatriotes

    voici le lien à partir duquel vous pourrez accéder à mes écrits et merci encore pour tout : www.aichetouma.com

    Je te dédie l'humeur N° 10, dans la rubrique Humeurs et Poèmes :-)

  • Aichetou (H) 22/02/2014 15:40 X

    Comme tu l’as si bien dit, le texte est équivoque. La vie pour moi c’est l’écriture, la lecture et depuis quelque temps la traduction aussi. La vie, c’est aussi la recherche perpétuelle du bonheur. Les passions humaines sont souvent inassouvies parce que complexes comme le sont les rêves. On nourrit tous beaucoup de rêves complexes, inaccessibles, incertains. Je suis optimiste comme tous les rêveurs incorrigibles le sont. Mais je ne suis pas une battante, j’essaye de l’être mais je ne le suis pas en réalité. Un autre rêve irréalisé … comme l’optimisme forcé.

    Un grand merci, du fond du coeur, à toi et à Mohamed ould Mohamed Lemine d’essayer de faire connaître ainsi mes écrits au grand public, de sortir mon œuvre de l’ombre, pour l’exposer au grand jour, et je le souhaite, au plus grand bonheur de mes lecteurs. Je m’adresse par mon écriture et par les thèmes que je choisis à une dimension de l’âme humaine que je trouve négligée chez nous et qui n’est pas négligeable. Permettre aux êtres de s’évader, de se distraire, de se changer carrément les idées, loin de la politique, et de toute violence verbale. Les mots peuvent être murmurés, susurrés, alignés avec harmonie et pourquoi pas musicalité. Nourrir l’âme elle aussi et l’esprit, l'un des combats quotidiens de la vie.

    Je loue sincèrement vos efforts et j'espère que mes lecteurs apprécieront ce qu'ils liront, parce que écrit avec le coeur et non avec la main. Je donne un peu de moi, à travers chaque texte que j'écris et c'est un véritable bonheur de savoir que mes lecteurs recevront cette petite part de moi et j'ose espérer qu'ils l'accueilleront avec plaisir car tel est mon objectif. Analyse fine, intelligente, sensible et même visionnaire. Je t’avouerai à un détour de phrase, au risque de me répéter que l’un de mes thèmes favoris, incontournables, c’est la poursuite du bonheur, comme je l’ai crié dans cette humeur : http://aichetouma.com/Fleur-sous-la-pluie

  • Baye Diagana (F) 19/02/2014 22:02 X

    Waaaw, un article qui fait saliver en donnant l'envie de découvrir mme Aichetou Mint Amedou et sa belle plume (ses textes). Merci à vous monsieur El Boukhrary pour ce texte, notamment, pour cette belle phrase sadique qui parle de l'écriure : "«(...) la vie (…), cette bataille de longue haleine », c’est l’écriture, avec tout ce qu’elle engendre de plaisir, comme de contrainte ou de risque."

    Alors, je rends hommage à notre Femme Poète, Romancière, Nouvelliste, Fabuliste et Chroniqueuse en lui souhaitant beaucoup plus de succès et de bonheur dans sa vie d'écrivaine tout comme celle privée.

    La femme mauritanienne que je suis est fière de toi et je suis sûre de ne pas être la seule.

  • mdmdlemine (H) 18/02/2014 10:16 X

    rappelons que "Illusions perdues" objet de la présente "critique" est consultable au lien : http://aichetouma.com/ILLUSIONS-PERDUES.

    Sa relecture aidera à mieux cerner l'hommage du Grand Boukhary

  • mdmdlemine (H) 18/02/2014 09:59 X

    merci boukhary. Ton hommage n'a rien laissé. Nous voulons tous faire les honneurs à cette écrivaine sortie subitement comme le soleil pour illuminer nos obscurités. A mes presque 50 ans, je n'ai jamais lu une plume aussi agréable et réaliste que celle d'Aichetou. Elle a suscité en moi une prise de conscience de mon petit bagage littéraire, de ces autres que je cotoyais et que je pensais au sommet du monde des lettres.

    Il faut aider Aichetou à s'épanouir, à percer le prix de Chinguitty avec ces productions, à faire des dédicaces dans les librairies nationales et étrangères à ne garder pour elle que sa vie privée en veillant sans attendre à partager avec ses admirateurs ce trésor culturel qui pourrait servir dans l'avenir d'un portrait socioéconomique et culturel de la Mauritanie.

    Bravo et bonne route