16-05-2014 00:08 - Cannes 2014 : un superbe pamphlet anti-islamiste sur la prise de 'Timbuktu' - [Videos]

Cannes 2014 : un superbe pamphlet anti-islamiste sur la prise de 'Timbuktu' - [Videos]

Francetvinfo - Huit ans après avoir présenté "Bamako" Hors Compétition en 2006, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako s'attaque à la crise malienne dans "Timbuktu" à travers un drame ayant pour toile de fond le siège de la "ville aux 333 saints" par les djihadistes. Une très grande réussite qui le voit pour la première fois en Compétition.

Synopsis : Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité.

Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s'en est pris à GPS, sa vache préférée.

Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs… Pamphlet anti-islamiste.

Il y a des films qui vous accrochent dès le premier plan, révélant que l'on va assister à un grand moment de cinéma. "Timbuktu" est de ceux-là. Une gazelle fuit dans le désert devant un 4X4 chargé de djihadistes qui lui tirent dessus en évitant de la toucher pour l'épuiser.

C'est tout le processus utilisé par les "fous de Dieu" : harceler les populations pour les obliger à rejoindre leur camp. Une stratégie que met à plat Abderrahmane Sissako dans "Timbuktu", maîtrisé jusqu'au bout des ongles, en s'inspirant de l'occupation de Tombouctou, au Mali, par des forces islamistes extrémistes venues de nulle-part.

Venus de nulle part, car venus de partout : de Libye, d'Afghanistan, de Syrie… Qu'ont-il à voire avec le Mali ? Avec Tombouctou qu'ils ont gagné pour assujettir une population, une culture, avec laquelle ils n'ont rien de commun, sinon la religion musulmane, mais que les deux partis interprètent différemment ?

D'origine mauritanienne, ayant vécu deux ans au Mali, Abderrahmane Sissako a réalisé son film dans un village à la frontière entre la Mauritanie et le Mali, ainsi que dans le désert saharien. Hors son propos, extrêmement bien scénarisé, aux dialogues souvent savoureux, il en tire des images fortes et sublimes.

Tout le sujet repose sur la résistance citoyenne des occupés : résistance des femmes à porter le voile, les gants, des habitants à jouer de la musique et à danser, jouer au football, ou à fumer… Des interdits que ceux-là mêmes qui les statuent sont incapables d'appliquer. Signe dans ce film dramatique, mais non dénué d'humour, qu'ils ne croient pas en ce qu'ils prêchent au nom d'une "charia" utilisée comme objet de pouvoir idéologique, mais non politique. Aussi, "Timbuktu", dont le titre exhaustif est "Timbuktu, le chagrin des oiseaux", se situe plus du côté du pamphlet que du film à thèse, même s'il en défend une.

Actualité brûlante

Plus d'une scène est mémorable : une poissonnière refuse de porter des gants au prétexte de sa profession ; extraordinaire séquence où deux équipes de football jouent un match sans ballon, dans une chorégraphie virtuelle ; celle de l'interprétation musicale entre amis interrompue par des miliciens, celle, hillarante, où un rappeur repenti est incapable de tenir un discours manipulé… Tous ces récits choraux se rassemblent dans l'incident opposant un éleveur à un pêcheur où ce dernier est tué.

Incriminé par les nouveaux maîtres des lieux, le juge se dit obligé d'appliquer la charia, malgré les circonstances atténuantes dont bénéficierait l'accusé. C'est le signe ultime de cette mascarade islamiste que dénonce Abderrahmane Sissako. Il la confirme par cette dénonciation constante de l'Occident par des Djihadistes qui tirent parti d'une technologie occidentale : téléphones portables, 4X4, caméra numérique, Internet…, sans laquelle ils ne pourraient pas exister.

"Timbuktu" est d'une actualité brûlante, notamment avec l'enlèvement de ces 276 jeunes nigérianes par la "secte" "Boka Haram" qui ne croit sans doute pas plus à leur thèse que les envahisseurs de "Timbuktu".

Film d'une très grande force visuelle, dans le récit et l'interprétation, il confirme, au-delà de son message, la continuité d'un cinéma en provenance du continent africain, rare car confrontée à de très grandes difficultés financières (supplées en partie par la France), mais d'une inventivité constante (sublime "Un Homme qui crie" du Tchadien Mahamat Saleh Haroun - 2010).

La date de sortie de "Timbuktu" n'est pas fixée, mais à voir absolument.

Réalisé par Abderrahmane Sissako (Mauritanie), avec Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara, Hichem Yacoubi, Kettly Noël - Durée : 1h40 - Sortie : non déterminée.










 

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Source : France TV
Commentaires : 3
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Commentaires (3)

  • eyquem (H) 16/05/2014 13:45 X

    L'émotion du réalisateur Abderrahmane Sissako lors de la présentation de son film Timbuktu au festival de Cannes parle de l'homme .... Qui n'a pas pu répéter la phrase qu'il fait dire par son acteur, tellement l'émotion le submergeait, lui qui pleure à la place des autres, de ceux qui ont vécu véritablement, qui ont eu une réelle souffrance, ceux qui ont combattu en silence , dit-il.

    Et si l'Afrique dans son ignorance qui la paralyse, son impuissance a mettre en place des états capables de gérer le destin de leurs peuples (le Nigeria face à Boko Haram) .... Et si L'Afrique pouvait être sauvée par ses artistes ?

    Merci Abderrahmane Sissako de parler d'une réalité dramatique, d'une Afrique hypocrite, peuplée d'ignorants, de méchants, de mauvaises fréquentations, et de misérables. L'Afr inquiet, tu finiras par te lever, que tu le veuilles ou non!

  • hamzaa (H) 16/05/2014 11:39 X

    Tres Bon hommage aux Maliens qui ont fait preuve de courage face à cette nouvelle religion qui vient remplacer la leur, celle de leurs ancêtres. Ces hommes et femmes qui ont pu dire NON. Ils n'ont pas d'armes pour se défendre, et quand bien même.

    Merci Abderrahmane D'émouvoir l'humanité entière par une vision vraie de cette bombe jihadistes, qui met a genoux des nations entières. L'Afrique et ses dirigeants n'ont ni la force, ni l'intelligence, ni même parfois l'envie de se battre. Sûrement, un problème de courage. C'est bien de savoir que des artistes peuvent a l'image de ces gens occupes et colonises, peuvent à leur façon dire NON.

    Abderrahmane Cissako. Abderrahmane Cissako ! Abderrahmane Cissako!
    Nous en sommes fiers.

  • abraham (H) 16/05/2014 10:54 X

    20 minutes d'ovations à Cannes pour le film de notre compatriote Sissoko.
    C'est déjà une victoire en soi.