26-07-2014 08:00 - El Boukhary : Je t’aime, Hindou

El Boukhary : Je t’aime, Hindou

Adrar-Info - Ce soir, Hindou est en train de dormir dans la chambre des enfants, aux côtés de Sidi et de Jara. Un sommeil profond s’est emparé d’elle, sans qu’elle l’ait voulu franchement ; mais elle s’y était résignée, comme elle n’est pas de nature difficile.

Bakari, par contre, en noctambule menant ses activités sur les réseaux sociaux depuis début ramadan, est, lui, toujours éveillé malgré l’heure bien tardive de la nuit. Elisant domicile dans un coin de cette grande pièce lui servant, à la fois, de bureau, de bibliothèque et de lieu de rencontres et d’échanges virtuels, il fait des allers retours incessants entre livres et ordinateur.

 Ça fait déjà plus de trois heures qu’il travaille ainsi et sans relâche. Il cherche à lui parler intimement sans la déranger, sans la réveiller, tout en s’adressant directement à elle. Et voilà qu’il se trouve involontairement plongé dans un monologue, partageant avec Hindou ce qu’il fait, ce qui le hante. Bref : il rêve d’elle, d’eux :

« Ma chérie, je me suis dit depuis quelques heures que je vais mettre à profit mes insomnies « ramadanesques » pour faire fort : t’écrire une belle lettre d’amour comme je n’ai jamais fait dans ma vie.

Perfectionniste que je suis, comme tu le sais d’ailleurs très bien, je m’attelle aussitôt à la tâche, exploitant et mettant à profit tous les outils à ma portée : modèles de lettres d’amour sur le net, poèmes d’amours sur le net, mon savoir faire en la matière, des bouquins, des textes dont certains sont familiers pour toi ; car nous les lisions ensemble ou partagions, comme par exemple : les poèmes de Nizar Qabani, ou comme ce recueil de « Mille et un Je », que j’ai acheté il y a quelques mois…

Bref : un travail de recherche bibliographique et de mémoire digne d’un conférencier méticuleux, qui prépare une communication sur un sujet complexe, ou d’un étudiant, sérieux et travailleur, qui prépare un mémoire diplômant.

Et tout ça pour dire un mot : je t’aime.

« Comme c’est dingue, ridicule, enfantin… un effort si important pour un résultat aussi simple et à portée de main! », me dis-je à un certain moment. Mais tant pis ! Je trouve du plaisir dans cet effort : toi, ta rencontre. Parce que je te sens loin de moi, emportée par ce méchant sommeil qui transporte les âmes vers je ne sais où ! On dirait une distance de milliers de kilomètre se dressant entre nous, comme une barrière géographique lointaine, difficilement franchissable.

En y songeant, j’imagine l’épreuve à endurer en cas d’absence réelle et prolongée, et comment elle est pénible à supporter. D’où l’intérêt de cette tentative de me documenter pour dire autrement que d’habitude mon affectif, mes désirs, mes passions… Au moins en ce qui nous concerne, toi et moi.

Et je t’assure que cette expérience m’a beaucoup aidé à le faire.

Derrière chaque mot que je lis, chaque image que je décortique, chaque métaphore qui m’enchante, chaque souvenir qui me hante… je te vois, te lis, t’entends, te touche, te parle, te caresse.

Oui, ce travail de recherche que je mène depuis ce soir n’en est pas un, c’est nous : notre vie, nos expériences, notre avenir. Notre amour y défile devant moi : il se déploie, s’étale, s’exprime. Je le vis dans les pages des bouquins, dans celles du web, à travers mes souvenirs… le partage avec toi.

Ô ! Combien j’affectionne ces sensations amoureuses aussi agréables!

Désagréables aussi – hélas- quand je regarde autour de moi, et que je réalise que, physiquement, tu n’es pas là, que ton esprit est ailleurs, probablement transformé, transporté par le sommeil… Un cauchemar ! En cet instant de ma réflexion qui s’évade dans tous les sens, de ces élucubrations qui me tourmentent, tout me semble, lointain, comme des illusions infinies, des illusions perdues, des chimères insaisissables… Des sentiments en perdition comme un navire fou qui chavire au gré des vents.

Non ! Non ! Je me refuse à cette perception sombre, à cette vision pessimiste, fausse et angoissante, qui déforme tout. La vérité est tout autre : tu es bien là, Hindou, dans mon cœur, dans mon corps, partout avec moi, autour de moi. Je te regarde, t’écoute, te prends, te serre, t’enferme… et je ne lâche pas prise comme un fauve affamé se saisissant de sa proie de plus en plus docile.

Pardon pour la comparaison ! C’est pas du tout cette férocité bestiale, ni la conflictualité qu’elle sous entend, que je ressens en ce moment, ni à aucun moment de notre vie, de notre aventure, loin s’en faut ! Tu le sais très bien : Je ne suis pas la bête féroce, arrogante et dirigiste, et toi, tu n’es pas la faible victime, toujours contrainte à la soumission, à la résignation.

Toi et moi, nous sommes deux amoureux paisibles, formant une famille qui se veut tranquille. Deux êtres aussi sensuels, l’un que l’autre, mais chacun à sa façon. Voilà qui fait notre complémentarité, notre bonheur… et également nos soucis quand il y’a lieu d’en avoir, des les sortir.

Eh oui, des problèmes, des insuffisances, des erreurs, des errements… nous en avons eu, nous en commettons… comme tous les humains. Tout n’est pas toujours rose, tout n’est pas balisé. Une évidence, mais je la rappelle quand même.

Qualités et défauts nous accompagnent, surtout dans notre amour, dans cette institution complexe. Elle est à la fois bonheur et difficultés. Nous avons, toi et moi, cette chance qui consiste à ne pas nous dérober à ses contraintes. Nous les assumons, les intégrons ; ce qui rend notre amour sincère et, du même coup, le renforce aussi, en le soumettant parfois à rudes épreuves dont il sort raffermi.

Voilà une conclusion qui me rassure. Prions Allah et œuvrons pour qu’elle perdure.

Banale à première vue, mais essentielle, à mon sens, pour la pérennité de notre couple, de notre foyer.

J’y ai réfléchi beaucoup ce soir quand je cherchais à écrire cette « fameuse » lettre de « dingue ». Elle est juste, cette conclusion et indispensable pour éclairer notre marche, pour sa pérennité.

Mais en terme de mots d’amour, il me semble, honnêtement, qu’il y’a plus expressif et plus simple à dire que ça : je t’aime.

Tel est l’aboutissement de toutes mes recherches, celles de ce soir et celles d’avant. Seul un mot me revient sans cesse: je t’aime. Et parce qu’il sonne bien à l’oreille, il va droit au cœur, ce mot.

Je te l’ai déjà dit, je ne sais pas combien de fois. Pourtant, je ne cesserai pas de le répéter : je t’aime, je t’aime, je t’aime… Pour ça, ai-je besoin de faire des recherches académiques ? Bien sur que non. Je le savais et je n’ai fait que le confirmer ce soir. Toi aussi, tu le sais déjà.

Je t’aime, c’est notre fusion, l’endroit de nous. Nous y sommes toujours.

Y’a t-il un espace plus confortable ? Tu conviens bien avec moi que non. Nous y sommes et nous y restons. Il nous abrite, nous procure plaisir, sécurité, bonheur… et toutes sortes de sensations qui accompagnent et font vivre l’amour.

Qu’il est beau, riche et généreux, ce je t’aime .

Je t’aime, Hindou. Répète-le pour moi, toi à ton tour, à ton réveil. Chante-moi : je t’aime.

El Boukhary Mohamed Moueml



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