30-07-2014 20:51 - Mauritanie : la nouvelle vie d'Ahmed Baba Miské

 Mauritanie : la nouvelle vie d'Ahmed Baba Miské

Jeune Afrique - L'ancien diplomate et militant de la libération des peuples, Ahmed Baba Miské, couche désormais sur le papier sa très longue expérience africaine. Rencontre. Durant des années, il a été sollicité par d'anciens camarades. Tous indignés face à des manuels scolaires qui, selon eux, ne présentaient pas les vrais héros de l'indépendance.

En réponse, Ahmed Baba Miské a accepté d'écrire l'Histoire telle qu'il l'a vécue, dans son dernier livre La Décolonisation de l'Afrique revisitée. "On a agi complètement à l'envers en érigeant en héros des fantoches qui ont été placés par l'administration coloniale, assure-t-il avec calme, dans un salon de sa maison de Nouakchott.

Or, ceux qui se sont réellement battus pour l'indépendance de la nation ont été emprisonnés ou assassinés."
À travers l'"échec" des pères fondateurs et de leurs successeurs, il tente d'expliquer pourquoi, durant ces cinquante dernières années, l'Afrique s'est développée moins vite que l'Asie et pointe du doigt la responsabilité de l'Europe.

À 79 ans, Ahmed Baba Miské est de ceux qui ont pris part à la lutte pour l'indépendance de leur pays. Il a été aux premières loges de l'histoire du sien, la Mauritanie.

Supprimer le tribalisme et l'esclavage

Originaire de Chinguetti, Ahmed Baba Miské devient militant en décembre 1955. Il a 20 ans et participe à la création de l'Association de la jeunesse mauritanienne (AJM, qu'on désignait souvent par "Jeunesse"), dont il est le secrétaire général. Idéaliste et anticolonialiste, il veut changer la société en supprimant le tribalisme et l'esclavage.

En août 1958, alors que la France demande à ses territoires d'outre-mer d'exprimer leur souhait d'accéder à l'autonomie, la frange la plus radicale de l'AJM décide de créer un parti, la Nahda. Elle est en effet déçue par Moktar Ould Daddah, alors vice-président du Conseil de gouvernement et secrétaire général du Parti du regroupement mauritanien (PRM), qu'elle juge trop proche de l'administration coloniale.

Mais la Nahda n'est pas autorisée à participer au référendum, et ses leaders sont arrêtés et assignés à résidence à Tichit (Centre). "J'ai ensuite contribué à la création du Parti du peuple mauritanien (PPM) et exigé que la Nahda y ait sa place, souligne Ahmed Baba Miské. Mais nous étions mal préparés, nous courions dans le vide après un idéal, j'ai fini par le quitter." Des amis lui trouvent une porte de sortie : il servira le pays à l'étranger.

"Sidi a laissé le système de Maaouya se recréer"

Pour ce fervent militant sahraoui débute alors une deuxième vie. Il devient ambassadeur de la Mauritanie à Abidjan et à Washington, représentant permanent à l'Organisation des Nations unies (ONU) de 1963 à 1967, puis directeur des Pays les moins avancés (PMA) à l'Unesco en 1988. "Je me suis lancé dans le combat au service des mouvements de libération des peuples, et jusqu'à aujourd'hui, je m'y suis consacré."

En 2005, de retour en Mauritanie, il travaille à l'élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi avec les militaires ayant déposé Maaouya Sid Ahmed Ould Taya, dont l'actuel président Mohamed Ould Abdelaziz. "Sidi" fait appel à lui pour faire partie de ses conseillers. Pourtant, lors de la chute de celui-ci, le 3 août 2008, il ne le soutient pas. "Il a laissé le système de Maaouya se recréer au lieu de l'éradiquer", estime-t-il.

Lors de la dernière campagne présidentielle, Ahmed Baba Miské a très clairement affiché son soutien à l'actuel chef de l'État, Mohamed Ould Abdelaziz. Il lui sait gré d'avoir pris à bras-le-corps le problème de la défense du pays, mais il attend également qu'il lutte contre la corruption et le gaspillage.

Il ne cache toutefois pas sa déception quant à l'évolution de la Mauritanie et à la "médiocrité" des gouvernements successifs. Mais l'ancien membre du Front Polisario s'attelle désormais à l'écriture de sa propre histoire : ses Mémoires.

Justine Spiegel, envoyée spéciale à Nouakchott



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Source : Jeune Afrique
Commentaires : 6
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Commentaires (6)

  • Yehdid (H) 31/07/2014 14:28 X

    Cher observateurseulement,
    je vous apprend que Ahmed Baba Miské est marié en 1978 il était père de deux filles (très mignonnes d'ailleurs). Elle étaient au collège de jeunes filles de Nouakchott (ex CC de jeunes filles). La maman de Ahmed Baba MIské se voilée totalement le corps et le visage, ainsi discrètement, elle "fait le sadigué barkata rasouloullah" de maison en maison, pour échapper à la surveillance de la DGSN. A l'époque, il était propriétaire d'une petite maison dans le quartier Medima 3 de Nouakchott… J'attend avec impatience de lire le livre de cet double agent de renseignement du Maroc vs Mauritanie et Mauritanie vs Maroc.

  • observateurseulement (H) 31/07/2014 09:25 X

    « la nouvelle vie d'Ahmed Baba Miské »
    Un titre à ne pas négliger. Un titre qui dit tout. Un titre que j’apprécie. Ahmed Baba Miské est, pour moi, un homme spécial, très spécial. Dans quel sens, bon ou mauvais ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que cet homme est difficile pour ne pas dire impossible à connaitre. Est-ce que c’est par bonne ou mauvaise qualité ? Je ne sais pas.

    Un homme public depuis toujours et pourtant très ‘’privé’’. Je m’explique : qui peut me dire si Ahmed Baba est marié ou célibataire ? Qui connait ses enfants, s’il en a ? Qui sait, dans quartier, il loge et s’il est locataire ou propriétaire ?

    Les questions du genre sont nombreuses autour d’Ahmed Baba Miské. Or, comme je l’ai dit cet homme est public par ses actions tout au long de sa vie. J’espère qu’il sera plus ‘’clair’’ dans ses mémoires que dans sa vie.

  • Keletegui (H) 31/07/2014 09:25 X

    En réalité ce mr n'est pas un mauritanien. Lui même le reconnait pour avoir occupé dans le passé des hautes fonctions administratives au royaume chérifien marocain. C'est un mr dangereux qui cache sa xénophobie sous les aires d'un intellectuel au rabais. ces dernières années il n'a pas chômé. il n'a perdu aucune occasion pour monter au créneau pour déclarer haut et fort l'arabité exclusive de la Mauritanie niant par la mm la composante africaine de ce pays trait d'union entre le Magreb et l'Afrique. Ould Baba Miské est mal placé pour donné des leçons aux Africains lui qui n'arrive pas à s'assumer et à prendre son courage à deux mains pour parler enfin comme un homme libre et pas comme un partisan.

    Ailleurs il y a ceux qui pensent beaucoup de bien de AOBM en mauritanie nous connaissons ce Mr partisan du double discours et nous nous en méfions comme de la peste.

  • Yehdid (H) 30/07/2014 23:40 X

    Etfou, etfou, etfou. Un homme qui a pris les armes contre son pays (guerre du Sahara), qui a fleurté avec tout les régime (ancien ARG de Moctar Daddah), partissent pour une mauritanie blanche… Et vous nous présenté comme un symbole. Etfou, Etfou, etfou, m..... m.... a.....

  • zelimkhan2 (H) 30/07/2014 23:39 X

    Quand on a trahi son pays, on ne doit pas la ramener.

  • habouss (H) 30/07/2014 22:53 X

    Cet homme cest vrai discret a bercé mes rêves de jeune idéaliste révolutionnaire, puis j'ai vécu comme une trahison de sa part de l'état naissant et fragile de Mauritanie. Ces mémoires seront bourrés de zigzag des hommes versatiles et à la fin complètement dans l'impasse.

    Son soutien aux putschistes qui ont tué dans l'oeuf la meilleure expérience de démocratie de la sous région africaine et maghrébine, a fini pour définitivement nous faire connaître sa vrai nature et pour finir à nous certifié qu'il se bat contre ses propres angoisses de l'échec qui a jalonné son action politique et sociale.