15-11-2014 23:30 - Chronique d’un voyage au cœur du désert : Taknez… symbole d’une paisible cohabitation

Chronique d’un voyage au cœur du désert : Taknez… symbole d’une paisible cohabitation

Adrar-Info - J’ai voulu savoir pourquoi ils ne cultivent pas le mil ; l’un des présents me répondit en s’amusant que c’est par amour aux oiseaux. Après un après-midi de visites et de contacts, suivis d’une reposante et agréable nuit à Nterekt, sous un ciel clair, aux étoiles brillamment dansantes, nous entamons notre quatrième jour avec comme destination Taknez où les cultivateurs venus de partout sont déjà à pied d’œuvre.

Le trajet, long de trente cinq kilomètres environ, nous amène dans des oueds, des batha, sur des plateaux semi rocheux, semi sablonneux et par des passages montants et descendants. A trois kilomètres de Nterekt, un passage jadis peu confortable a été travaillé par Mahfoudh et ses compagnons et est devenu trop bien accessible.

Ces hommes, par leurs efforts et leur volonté, ont pu baliser l’essentiel de la piste menant à Taknez, réduisant ainsi le risque d’égarement auparavant très présent. Initiative tout de même louable, en ces contrées lointaines où les traces anciennes et nombreuses sont aux issues incertaines.

La grara de Taknez

De loin, nous apercevons une sorte de grande forêt, dense, large et bien impacte : c’est la grara de Taknez bien garnie en arbres Teychitt, Att il et Eygnine, longue de 8 Km et large de six. Se trouvant sur la route menant de Lebheir à Ain Savra de laquelle elle est à 50 Km,

Taknez est une grande zone de culture, bloquée au sud et à l’ouest par des barrières naturelles en dunes de sable s’effritant à force de coulées faisant gagner davantage de terres cultivables.

A l’extrémité Nord de Taknez, par laquelle nous sommes rentrés, nous abordons une grande batha large où les traces d’importantes quantités d’eau sont visibles.

Nous étions amenés à nous arrêter pour ne pas disperser le troupeau conduit au puits par une femme et ses enfants.

Surveillance du bétail

Répartition des taches familiales oblige : la femme s’occupe du bétail et des enfants ; tandis que son mari est au champ à Taknez.

En effet, en cette bonne période d’hivernage, Taknez offre ses terres fertiles aux cultivateurs venus de partout ; parmi eux les proches mais aussi des arrivants de Mhaireth, Varess, Awjeft et même d’Atar. Ils y cultivent le haricot et la pastèque. Souvent les récoltes sont très importantes et les excédents se commercialisent à Atar et à Chinguitti.

Autour du thé à Taknez

Ceux que nous avons rencontrés autour d’un thé sous un bel arbre sont confiants quant à cette saison compte tenu de la pluie qui s’est abattue sur la grara. Ils regrettent cependant que Taknez n’ait pas été prévue pour cette année en grillage en vue d’être clôturée comme Lebheir et Enezgar.


Mais tant mieux, les plants poussent normalement et la culture se poursuit au fur et à mesure que l’eau recule. L’organisation en groupes de surveillance des cultures contre les animaux divagateurs se met en place et se précise ; ultime recours en l’absence du grillage. Corvée supplémentaire mais traditionnellement habituelle.

Poursuivant la palabre, j’ai voulu savoir pourquoi ils ne cultivent pas le mil ; l’un des présents me répondit en s’amusant que c’est par amour aux oiseaux ! Avant de me préciser qu’un choix se pose entre le mil et les arbres et résolument ils ont choisi les arbres !

En effet pour préserver le mil des oiseaux, il faut nécessairement détruire leurs habitations donc les arbres. Un autre ajoute que les arbres sont irremplaçables tandis qu’ils ont le haricot et la pastèque à la place du mil.

Mon étonnement de cette amitié entre ces hommes et les arbres, m’incitait à pousser la réflexion à son extrême à la recherche d’une explication plausible. La présence d’un tel nombre d’arbres en ces lieux ou le bois est la première et dernière source d’énergie à usage domestique m’intriguait à fond et d’un air pas tout à fait innocent, je demandai à quoi servent ces arbres si bien protégés ?

Ahmed me livre enfin le secret : en période de mauvais hivernage ou de sécheresse, les arbres sont les seuls aliments pour notre bétail, le plus important pilier de notre survie ! Cette autre utilité de Taknez, zone de fait « classée » – pas de coupe, pas de feu – m’avait vraiment échappée. Elle était la source de la curiosité qui me rongeait inlassablement.

Je compris alors qu’au de là de ses dons, Taknez est aussi le symbole d’une paisible et enrichissante cohabitation d’une nature si généreuse et d’un homme si positivement combatif.

Les cultivateurs autour d’Idoumou

Coucher de soleil dans le désert

Par Cheikhmou

Source : http://www.idoumou.com



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