13-12-2014 12:51 - "Timbuktu" : attention, ce n'est pas un chef d’œuvre

Atlantico- La critique encense "Timbuktu" : en fait, c'est un film plein de promesses mais qui ne sont que partiellement tenues.

L'auteur

A. Sissako est mauritanien. Il a déjà réalisé plusieurs films, dont "Bamako", en 2006. C'est la lapidation, en juillet 2012, au Nord-Mali, d'un homme et d'une femme, qui a été pour lui le facteur déclenchant de la réalisation du film. Mais elle est éclipsée par l'exécution en place publique d'un Touareg, éleveur de bétail, autour duquel est construit tout le scénario.

Pour des raisons de sécurité, le tournage, qui devait se faire à Tombouctou, a été délocalisé en Mauritanie.

Thème

La vie s'écoule paisiblement dans cette région déshéritée du Nord-Mali jusqu'à l'arrivée des djihadistes qui chassent le pouvoir en place et imposent leur propre loi.

Face à cette nouvelle donne, beaucoup décident de partir, d'autres de rester, même s'ils doivent subir les humiliations quotidiennes des "fous de Dieu". Kidane fait partie de ces derniers.

Il connait les risques qu'il court lui-même et fait courir à sa petite famille. Sa vie finira par basculer le jour où une querelle stupide avec un pêcheur se termine par la mort accidentelle de ce dernier.

Kidane ne quittera plus les griffes de l'occupant et sera finalement exécuté avec sa femme, laissant seule au monde sa petite Toya adorée.

Points forts

- Porté pour la première fois à l'écran, le sujet est incontournable, surtout pour cet Africain frustré devant l'indifférence générale face au drame quotidien que vivent les populations locales, cruellement illustré par la lapidation des deux époux.

- Une volonté forte de ne pas tomber dans le mélo et le manichéisme, et pour cela de "réhumaniser" les barbares dans leur quotidien.

- La beauté des paysages, de la ville, de ses habitants; la dignité, le courage et le sens de la dérision de ces derniers.

Points faibles


- Un scénario incohérent qui invite à s'indigner et à s'émouvoir d'une exécution somme toute presque logique. Après tout, la querelle de Kidane ne concerne pas directement les djihadistes.

C'est une affaire "intérieure" pour la population locale, laquelle, au travers de la mère du pêcheur qui refuse le pardon, participe d'ailleurs à la condamnation à mort du coupable.

Pourquoi donc avoir éclipsé à ce point la lapidation, qui est elle un pur produit du djihadisme, surtout quand on apprend qu'elle était justifiée par le seul fait que les enfants des deux lapidés étaient nés hors mariage?

- Des barbares tellement réhumanisés qu'ils en finissent par paraitre presque inoffensifs.

En deux mots

Difficile, sur un sujet comme celui-là, de naviguer entre mélo et angélisme sans risquer la noyade. En l'occurrence, à vouloir trop "humaniser les djihadistes en dépit de leur barbarie" pour rendre possible leur rédemption, A. Sissako a perdu le fil de son propos et l'adhésion totale des spectateurs.

Il reste à Timbuktu de nombreux points forts, au premier rang desquels le souci d'élargir au bénéfice des populations victimes de la barbarie l'indignation dont fait preuve, à juste titre, la presse occidentale chaque fois que l'un des siens est pris en otage et exécuté.

C'est sans doute cela qui a largement contribué au succès médiatique du film. Ce n'était toutefois pas en soi suffisant pour en faire un candidat sérieux à la Palme d'or à Cannes, n'en déplaise à certains critiques.



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