26-12-2015 20:45 - Ahmedou et Cheikh Oumar : Deux icônes pour sauver une Mauritanie meurtrie

Ahmedou et Cheikh Oumar : Deux icônes pour sauver une Mauritanie meurtrie

L'Authentique - Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux « Nous vous éprouverons, certes, afin de distinguer ceux d’entre vous qui luttent (pour la cause d’Allah) et qui endurent, et afin d’éprouver (faire apparaître) vos nouvelles ». Sourate (47) Mouhammad, verset 31.

Allah jella wa allah, a indiqué que les épreuves qui s’abattent sur les hommes sont inéluctables, pour qu’ils soient préparés à recevoir les difficultés attendues et afin qu’ils ne soient pas pris au dépourvu par les surprises et n’y fléchissent pas.

En ce mardi fatal, Monsieur le Président, vous présidiez, une session du Conseil Supérieur de la Magistrature, lorsque la nouvelle sonne comme un glas : votre fils, Ahmedou et Cheikh Oumar Ndiaye, un journaliste indépendant, ont trouvé la mort, suite à un accident du véhicule qui les ramenait d’une longue tournée humanitaire dans plusieurs régions du pays.

Certes, chacun comprend la douleur que vous avez ressentie, comme tout être humain qui vient de perdre un être cher. Et pourtant, vous vous êtes comporté avec dignité face à cette pénible épreuve, mais aussi avec un courage puisé dans une profonde Foi. Vous vous êtes rendu au domicile familial de votre père, Abdel Aziz Ould Eleya, au Ksar, pour recevoir les condoléances et préparer les funérailles.

Vous êtes allé ensuite, au volant d’un véhicule à l’aéroport, accueillir les corps, assister à la toilette funèbre à l’hôpital militaire, accomplir la prière à la mosquée Ibn Abbas, faire l’enterrement au cimetière de Kreidilatt, à une soixantaine de kilomètres au nord de Nouakchott et passer les trois jours d’obsèques, toujours au domicile familial au Ksar, recevant les milliers de visiteurs dont trois chefs d’Etats (Ibrahim Boubacar Keita, Macky Sall, Mahamadou Issoufou), puis en vous rendant, le lendemain, à Hay Saken, présenter les condoléances à la famille de Cheikh Oumar N’Diaye.

Monsieur le Président, pendant tout ce temps, vous avez mis, au placard, le statut de l’institution que vous représentez, celle du Président de la République, incarnation de l’Etat. On vous a vu, à l’aéroport, renvoyer les services d’escorte, de sécurité et de protocole de la gendarmerie nationale, et vous avez tout fait pour qu’Ahmedou soit enterré comme tout citoyen mauritanien ordinaire.

Mais, en ce mardi, vous avez réalisé comme tout le monde qu’Ahmedou n’appartenait plus seulement à la famille Hel Abdel Aziz, mais à toute la Mauritanie et au monde entier. D’où cette communion de la Mauritanie entière et de tous les pays frères et amis.

En rentrant de voyage à l’étranger, il y a quelques jours, Ahmedou n’a pas eu le temps de vous voir. Il vous a dit au téléphone qu’il doit aller, directement, dans plusieurs régions du pays pour des œuvres humanitaires, en faveur des populations pauvres avant la fête Maouloud.

Vous aviez eu, peut-être, cette prémonition avant l’instant fatidique, mais vous ne pouviez rien. D’abord, parce qu’il a été appelé par le destin ; ensuite parce que vous n’avez jamais voulu lui dicter quoi que ce soit. Simplement, parce qu’il a été ce que vous vouliez qu’il soit.

En effet, Ahmedou s’est tracé son chemin, tout seul. A moins de 30 ans, il a fait des études réussies à Cambridge en Angleterre et à l’ENA de Paris (Sciences Po), tissé d’excellentes relations internationales, loin de la vie politique. Bref, il avait tout pour une vie aisée et tranquille. Mais, il a préféré autre chose : faire du bien, discrètement, intelligemment et sincèrement…jusqu’au bout.

Digne aussi l’attitude de Diarry Bâ, mère de Cheikh Oumar N’Diaye, en voyage à Rosso au moment de l’accident. Une mère, abyssalement éplorée, dont il était l’unique garçon. Femme courageuse, à la stature imposante et respectable d’une princesse de grande lignée de notre Fouta Toro ; au regard profond et perdu, mais résolument pétrie d’une culture, fondée sur une foi islamique et des valeurs ancestrales inébranlables, face aux rendez-vous avec la fatalité.

Cheikhh Oumar N’Diaye faisait partie de cette nouvelle génération de journalistes, à l’instar de Babacar Baye N’Diaye, Camara Mamady, Soya Watt, Gaye Baidy et bien d’autres.

Une génération qui écarte les clivages politiques et adversités personnelles qui plombent le pays depuis 50 ans et s’investit dans les faits de société et les événements culturels, convaincue que la Mauritanie, juste, égalitaire, démocratique, passe d’abord par le développement de ses cultures pluriethniques et la recherche de solution aux problèmes des populations.

Comme Ahmedou, Cheikh, à peine la trentaine, était en avance par rapport à son âge, unique garçon d’une famille dont il avait la charge et la responsabilité. Il était d’une politesse, aujourd’hui, presque disparue, héritage d’une éducation de valeurs nobles.

Sortant de l’Université de Nouakchott, il rejoint la rédaction de l’Authentique, en 2006, comme stagiaire, sous l’encadrement de Oumar El Moctar (directeur) et Cheikh Haidara (réd’chef). Il se fraya, vite, un chemin, dans le paysage médiatique à l’instar de ses amis du Club des Jeunes Journalistes. A côté de son métier de journaliste, il avait aussi cet engagement pour les causes humanitaires.

Tout aussi digne, Oumar El Moctar, directeur de l’Authentique, d’un naturel émotif, qui s’est comporté avec courage insoupçonnable et une responsabilité à la hauteur, en restant en permanence auprès de la famille du disparu.

Digne, enfin, la position louable de la classe politique, notamment, l’Opposition radicale dont le comportement a été exemplaire.

Puisse cette difficile épreuve qui a anéanti les barrières et réuni l’ensemble des Mauritaniens dans une union sacrée, se prolonger, dans l’avenir proche, pour que le pays puisse relever les défis présents et à venir. Aujourd’hui, pour Ahmedou et Cheikh Oumar, fils de la Mauritanie ; demain pour la Mauritanie, patrie d’Ahmedou et Cheikh Oumar.

« C’est dans l’épreuve, c’est dans la souffrance que se forme la sève robuste qui fait un peuple fort »
disait Laure Conan.

Par Mohamed Ould Khayar
Journaliste, ancien Directeur Général de Sahel TV



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Commentaires (1)

  • Cocasse (H) 26/12/2015 20:59 X

    Un excellent article que j'aurai volontairement titré "la Mauritanie, patrie d’Ahmedou et Cheikh Oumar" Qu'en dites vous Mr Mohamed Ould Khayar ?