05-01-2016 14:51 - L’insécurité, principale cause de la faim au Sahel

L’insécurité, principale cause de la faim au Sahel

Le Monde - Que les récoltes soient bonnes ou mauvaises, l’Afrique de l’Ouest doit gérer chaque année entre 3 et 5 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire. Les taux de malnutrition aiguë globale (MAG) dans le Sahel dépassent le seuil d’alerte de 10 % au moins depuis quinze ans. Dans de nombreuses zones, ils dépassent régulièrement le seuil d’urgence de 15%.

Près de 40 % des enfants de moins de 5 ans accusent un retard de croissance. La pauvreté, qui limite l’accès aux marchés, la faiblesse des systèmes de protection sociale, la mauvaise situation sanitaire sont autant de causes qui permettent d’expliquer ce paradoxe. Sans compter le rôle croissant des conflits et de l’instabilité politique.



L’année 2016 s’annonce encore plus sombre, malgré des campagnes agricoles tout à fait satisfaisantes. Selon les données du Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA) sur la situation alimentaire et nutritionnelle au Sahel et en Afrique de l’Ouest, les perspectives s’avèrent en effet globalement bonnes.

La région enregistre une production vivrière céréalière de 63,6 millions de tonnes, soit une hausse de 5 % par rapport à la campagne précédente et 12 % par rapport à la moyenne des cinq dernières campagnes.

La production de tubercules, estimée à 158,6 millions de tonnes, est également en hausse de 8 % et de 18 % respectivement par rapport à la dernière campagne et à la moyenne quinquennale.

Seul le Tchad a enregistré une baisse de sa production vivrière de 12 %. D’une façon générale, les marchés sont bien approvisionnés et l’offre en produits vivriers est d’autant plus satisfaisante que les nouvelles récoltes arrivent. Malgré le démarrage difficile et tardif de la campagne agricole, le ciel a été clément avec le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, une région dont l’agriculture dépend encore largement de la pluviométrie.

Effondrement du cours du pétrole

Néanmoins, l’insécurité pourrait bien être cette année la principale cause ou le facteur aggravant déterminant de la malnutrition aiguë. De l’ordre de 10,5 millions de personnes pourraient faire face à une situation de crise alimentaire lors de la prochaine période de soudure, dont 5,2 millions dans le nord du Nigeria.

Tout le pourtour du lac Tchad – en proie aux exactions de Boko Haram – est concerné, avec son lot de déplacés et de réfugiés : 1,7 million selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dont 1,4 million pour le seul Nigeria.

Dans la région de Diffa, au sud-est du Niger, des villages frontaliers ont été désertés et 150 écoles fermées, les prix des céréales ont fortement augmenté du fait des difficultés de transport et d’une récolte très faible de mil autour du lac Tchad.

Dans le nord du Mali, la situation alimentaire et nutritionnelle est également tendue. Le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) indiquait début novembre 2015 que la prévalence de la malnutrition aiguë globale dans la région de Tombouctou est passée de 14,8 à 17 %.

Des réponses sont en cours de préparation, aussi bien par les pays concernés qu’à l’échelle internationale. Mais l’aide pourrait-elle parvenir à ceux qui en ont cruellement besoin ? Les travailleurs humanitaires pourront-ils s’aventurer dans le nord-est du Nigeria et plus généralement autour du lac Tchad ?

Le retour de l’Etat, tant attendu sur tout le territoire du septentrion malien, sera-t-il suffisant pour que l’aide d’urgence « monte au nord » ? Autre facteur de crainte : l’effondrement du cours international du pétrole, dont le Nigeria et le Tchad tirent la quasi-totalité de leurs ressources budgétaires.

Les budgets sociaux destinés aux plus fragiles risquent d’en faire les frais car, dans le même temps, la lutte contre le terrorisme nécessite des moyens financiers de plus en plus importants.

Crise sécuritaire et crise alimentaire font « cause commune » pour fragiliser la situation de millions d’Africains de l’Ouest. Elles se nourrissent mutuellement. Mais les réponses sécuritaires et les réponses humanitaires continuent d’être conçues et mise en œuvre séparément.



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