29-05-2016 00:00 - Evenements du 28 Mai 1968 à Zouerate : Ce qui s’est réellement passé

Evenements du 28 Mai 1968 à Zouerate : Ce qui s’est réellement passé

Adrar Info - Dans leur livre « La montagne de fer: la SNIM, Mauritanie : une entreprise minière saharienne à l’heure de la mondialisation… », les anthropologues Pierre Bonte et Abdel Wedoud Ould Cheikh écrivaient à propos de ce qui s’est réellement passé à Zouerate ce jeudi 28 Mai 1968.

« …….Les principales revendications du personnel Mauritanien de la Miferma ont déjà été exposées : Des augmentations de salaires par le biais principalement de revendications catégorielles et la question des logements pour les agents recrutés localement qui n’a pas été envisagée initialement et qui va contribuer à la constitution des bidonvilles.

Si la première grève éclate à Nouadhibou dés la phase de construction, avec des objectifs assez confus mais qui portent sur une exigence d’emploi en priorité pour les nationaux et se traduiront par le départ de centaines de Sénégalais, c’est à Zouerate que le mouvement social débute initialement.

La première grève éclate en janvier 1964 et met déjà en avant la question des salaires et du logement, d’autres se succèdent chaque année ou presque : En septembre 1965, les mineurs cessent le travail puis l’ensemble du personnel en juin 1967. Ces mouvements annoncent la grève de 1968 dont nous analyserons par la suite le déroulement.

……Un acteur Ouvrier

Je n’étais plus délégué et pas encore syndicaliste. Il y’avait beaucoup d’accidents de travail. Il n’y avait pas de convention mine. on fonctionnait sur la base de la convention des travaux publics. On voulait une nouvelle convention avec des primes prenant en compte le travail de la mine ( santé) ..Logements. un texte en dix points a été élaboré dont le premier était l’établissement d’une convention spécifique.

Ces points ont été définis lors de la grève qui a déjà démarré. Les expatriés voulaient travailler et ne la soutenaient pas. Laurent le chef du personnel était particulièrement hostile et méprisant à l’égard de nos revendications.les choses ont pris de l’ampleur jusqu’ a l’arrivée des militaires qui ont fini par tirer. Moi même je n’ai pas participé à la grève pour des raisons de sécurité (alimentation en eau et électricité), à la demande du syndicat, mais j’ai été dénoncé « pro-marocain » et emprisonné trois mois à Nouadhibou.

J’ai été libéré mais je ne voulais pas quitter la prison. Le wali m’a convoqué et m’a demandé pourquoi je restais là.je lui ai dis que je ne savais pas pourquoi j’étais là. Pour fait de grève m’a-t-il répondu. Mais je n’ai pas fait de grève. Les 18 personnes emprisonnées doivent être libérées et réglées par la Miferma. J’ai obtenu gain de cause et on a fait un papier à Miferma. Les 18 ont été réintégrés. L’UTM a joué un rôle ambigu : favorable au début puis dénonçant les mineurs irresponsables ».

Un témoin ouvrier

« J’étais à Atar et j’ai trouvé les gens en grève quand je suis rentré. Ceux qui voulaient travailler ne pouvaient pas le faire. Je suis resté chez moi et j’allais parfois discuter vers le goudron Au bout de deux ou trois jours tout le monde était mécontent. Certains ont commencé à fermer les boutiques ce qui n’est pas le rôle d’une grève. L’Etat a envoyé des militaires et des gendarmes pour rétablir l’ordre. Le colonel a demandé aux gens de rester chez eux jusqu’à onze heures du matin. Ils ont obéi.

Vers seize heures je revenais de la mosquée et j’allais vers une maison proche du four ( boulangerie ) que les gendarmes voulaient remettre en route. Je suis donc retourné vers la mosquée et j’ai entendu des tirs de grenades lacrymogènes. Au même moment les femmes sont allées chercher les enfants à l’école et les hommes sont venus les rejoindre pour les protéger. Ils se sont trouvés face aux militaires qui ont tiré. Il y’a eu des morts puis le couvre feu. La grève s’est terminée après un ou deux jours. Les autorités ont réuni tout le monde et ont fait un « tri », arrêtant les « meneurs » qu’ils ont enfermés dans un logement cadre vide. Elles ont envoyées 40 ou 50 personnes à Nouadhibou pour les juger. Beaucoup de gens ont été licenciés.

Un acteur officiel

En 1968, j’exerçais des fonctions à Zouerate. L’histoire est partie d’ un forgeron R’Gueiby, délégué du personnel, qui voulait remplacer un cadre expatrié parti en congé. Il était agent de maitrise mais voulait assumer l’intérim cadre.

Il a chauffé les gens autour de lui..Et certaines autorités en contact avec les R’Guibatt qu’il avait contacté pour qu’elles le soutiennent nous ont alertés. Ahmed Ould Bah a été nommé délégué du gouvernement pour la baie du lévrier et du Tiris Zemmour. La grève a éclaté et Grosjean (Responsable de la sécurité de Miferma ) est venu m’alerter. On a réquisitionné le peloton de gendarmerie de F’Dérick et comme cela ne suffisait pas on a demandé des renforts de Nouakchott.

Ils ont envoyé Viya Ould Mayouv. Les troupes ont été déployées entre le quartier Français et la pagaie pour éviter une intervention des troupes Françaises. J’ai rencontré le Directeur de Miferma à Zouerate qui acceptait le départ du conseiller juridique de l’entreprise qui s’en tenait à une application trop rigide de la convention. Le Directeur délégué Richardson était d’accord.

L’inspection du travail avait accepté les revendications et tout semblait réglé. Un accord a été lu devant une partie de la population sur la ligne de démarcation (entre cité et bidonville). Certains sont partis , les autres n’avaient pas entendu et nous nous proposions de nous adresser à eux.

Viya voulait une réquisition spéciale pour intervenir. On a demandé au délégué du gouvernement de venir. Il est arrivé et a réclamé la fermeté. Les gens se rassemblaient à nouveau. Nous avons repris alors les méthodes du « tribalisme » et demandé aux représentants des grandes tribus d’intervenir. Ils l’ont fait avec un certain succès.

Pendant ce temps les gardes essayaient de repousser la population. Ils ont tiré en l’air, les gens ont répliqué avec des pierres. Les militaires ont commencé à reculer. Quand ils sont arrivés au niveau des autorités, le Délégué a donné l’ordre de tirer.On a mis en barrière un FM avec 25 cartouches. Il y’a eu 8 morts et 23 blessés. Les choses se sont calmées tout de suite. Les gens savaient qu’ils étaient en tort car il y’avait eu beaucoup de destruction avant. Les accords ont été appliqués.

Le Directeur de Miferma Jean Audibert

A l’origine, il y’’eu 8 jours plus tôt, le report unilatéral et sans explication de la réunion hebdomadaire avec les délégués par un membre du service du personnel. Cette réunion, me dit-on a été prise en raison d’un travail urgent concernant l’informatique…Peut aprés une menace de sanction est transmise à un délégué par le service du personnel ; Puis vient un meeting où les onze délégués se font réprimander et démissionnent…

Tout cela me parait classique encore que je note ,dans mon enquête, l’empressement du petit encadrement européen à designer comme bouc émissaire le service du personnel et sa volonté systématique de bloquer les informations, qu’elles viennent d’en haut ou d’en bas. C’est vraisemblement le délégué mécontent qui, lundi a déclenché la greve des chauffeurs chargés de conduire le personnel au travail, sans doute dans l’idée de paralyser toute activité.

Mais pourquoi, le mercredi, le bidonville qui côtoie la cité s’est-il mis en mouvement ? On n’avait jamais vu cela. Dans ce bidonville vivent maintenant 7.000 personnes venues de partout, la plupart oisives. Malgré nos demandes, l’administration ne s’y est pas implantée et a laissé la situation se dégrader ? Mercredi, les femmes sont sorties de leur ghetto et en rangs serrés, ont proféré des menaces à l’encontre des agents Européens.

Ceux-ci s’étaient enfermés dans leurs maisons. Ils ont eu très peur. Jeudi, après sommation, la troupe tirait dans la foule. Résultat : huit tués -dont six travaillaient pour la Miferma- et vingt deux blessés qui sont soignés dans notre clinique. Vendredi un vote était organisé et samedi le travail reprenait ».

Extrait du livre : La montagne de fer: la SNIM, Mauritanie : une entreprise minière saharienne à l’heure de la mondialisation… par Pierre Bonte,et Abdel Wedoud Ould Cheikh …KARTHALA Editions .page 144 à 151

Ely Salem Khayar



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Commentaires (4)

  • hathlele (H) 29/05/2016 16:14 X

    "Quel âge avais ? 7 ans , 8 ans? je ne me rappelle pas très bien" Mais, je sais que le Journal "Paris - Match" avait estimé le nombre de mort de 27 personnes. Car des morts ont été enseveli à la sauvette. Des blessés ont été cachés de crainte de la reprssion. Je me rappelle que les enfants vendaient le pain à 2.000 Fr cfa. Il vaut 100 fr Cfa.... Non! Les témoignages sont orientés par les auteurs... Sidi Ould Bobba DG. Bir - Moghrein

  • medmedelmaouloud (H) 29/05/2016 13:20 X

    historien9 (H) Vous avez raison et vous n'avez pas ''la tête brisée'', pour vous accompagner dans votre hassania. Il s'agit d'une petite erreur. Le malheureux événement s'est passé le jeudi 29 mai 1968.

  • historien9 (H) 29/05/2016 12:44 X

    Et qu'est ce qui s'est passé le 29 mai 1968? Est-ce que vos historiens ne se trompent pas de date. Vous savez avec l'âge!!! Personnellement j'étais au collège, donc je suis vieux et j'ai peur que ''ma tête soit cassée'' historien9@gmail.com

  • ahmed12b (H) 29/05/2016 11:50 X

    Mais c'est un passif humanitaire de Daddah! où sont les ayants droits des victimes?