21-12-2017 14:30 - M. Hamdi Ould Brahim, secrétaire général du parti Tawassoul : "Notre pays traverse une situation exceptionnelle, marquée par l'entêtement du régime en place et son exercice solitaire des affaires"

M. Hamdi Ould Brahim, secrétaire général du parti Tawassoul :

Le Calame - Votre parti tiendra, dans quelques jours, son congrès ordinaire. Quel en est l’enjeu et où en êtes-vous, avec ses préparatifs ?

M. Hamdi ould Brahim : Tout d’abord, je vous remercie. Bien qu'il soit ordinaire, du côté organisationnel, ce congrès ne l'est pas, du point de vue conjoncturel, car il se tiendra dans une période où notre pays traverse une situation exceptionnelle, marquée par l' entêtement du régime en place et son exercice solitaire des affaires du pays, couronné, tout dernièrement, par le tripatouillage de la Constitution, d'une part, et, d’autre part, la dégradation de la situation sécuritaire en quelques pays, faute à la gestion catastrophique, sans oublier les derniers événements consécutifs à la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’entité sioniste.

- Selon diverses sources, votre congrès sera marqué par l’élection d’un nouveau président pour succéder à Mohamed Jemil ould Mansour, qui a passé deux mandats à la tête du parti. Qu’en est-il et quel est le mode de désignation du président de Tawassoul?

- Par la force des textes du parti, en l’occurrence ses statuts, Mohamed Jemil doit quitter la présidence mais il va rester avec nous et jouer le rôle qui lui sera confié, par ses frères, au regard de son expérience et de ses exceptionnelles compétences. A coup sûr, un précédent et une leçon pour tous les autres.

- Contrairement à d’autres partis en Afrique et, donc, chez nous où les présidents de parti acceptent rarement l’alternance... L’initiative de Tawassoul serait-elle un message à l’endroit de ces hommes ou un signe de bonne santé démocratique de votre parti ?

- Certainement, cet acte constitue un signe de bonne santé démocratique de notre parti mais je crois qu'il envoie surtout un message pertinent à tout le monde.

- Tawassoul est devenu, en 2014, le premier parti de l’opposition mauritanienne. Il dispose de seize sièges de députés, ainsi que de plusieurs mairies, et préside, en conséquence, l’Institution de l’opposition démocratique. Comment se porte-t-il aujourd’hui ? Quelle a été sa réaction à la présence d’un de ses députés à l’accueil du président de la République, à Tichitt ?

- Notre parti se porte très bien, il est fier de sa place de choix sur la scène politique. Quant à l’accueil du Président par un de nos députés, ce fut une initiative personnelle, dénoncée par les instances dirigeantes du parti et le député concerné s’est plié à la décision adoptée à son retour.

- Pour arriver à son statut de premier parti de l’opposition, Tawassoul avait refusé de se plier au mot d’ordre de boycott des élections municipales et législatives de 2014, ce qui fut très mal pris par le FNDU dont vous êtes membres. Mais, après avoir accepté de prendre part à ces élections, vous avez ensuite boycotté le referendum du 5 Août. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

- Je ne vois aucune relation entre les deux événements. Les instances du parti ont opté pour la participation aux élections, tout en respectant les procédures et textes de la Coordination de l’opposition.

- En dépit de son ancrage et de sa grande capacité de mobilisation, Tawassoul est accusé, par certains partis du Forum, de ne pas « jouer franc jeu » ; ils trouvent « ambigües » ses relations avec le pouvoir. Que répondez-vous à ces accusations ?

- Nous n’avons jamais été l’objet de telles accusations, de la part de nos partenaires au FNDU et notre position, vis-à-vis du pouvoir, a toujours été et reste très franche.

- Votre congrès intervient quelques jours après la libération du blogueur M’Khaitir, condamné pour «apostasie», avant de voir ce chef d’accusation transformé en « mécréance », et la décision du président américain DonaldTrumpde reconnaître Al Qods comme capitale d’Israël et de déplacer, par conséquent, l’ambassade US, de Tel Aviv à la Ville Sainte. Quelle lecture vous faites-vous de ces deux évènements ? Comment avez-vous accueilli le durcissement du Code pénal sur la question de l’apostasie ?

- La décision de Trump est très dangereuse et inacceptable, pour tout le monde, elle prouve la partialité et l’agressivité de l’administration Trump. En ce qui concerne le durcissement du Code pénal, nous ne pouvons que saluer ce geste, même s’il n’est pas en mesure d’inquiéter le concerné. Il a surtout assuré l’absorption provisoire du mécontentement populaire.

- Comment appréciez-vous la réaction du monde arabo-musulman à la décision de Trump?

- Spontanée et courageuse, elle a confirmé l’importance et la valeur de Jérusalem – en particulier, la sacralité de la mosquée Al Aqsa – ex-première direction de la prière des musulmans et troisième lieu saint de l’islam.

- Le congrès intervient également quelques semaines après la célébration du 57èmeanniversaire de notre indépendance, célébration au cours de laquelle ont été dévoilés, officiellement, les nouveaux symboles nationaux, à savoir le nouveau drapeau et le nouvel hymne national.

Ces deux symboles étaient préconisés par le dialogue politique entre le pouvoir et une partie de l’opposition, en 2016. Selon nos informations, votre parti s’opposerait à ce que soit brandi l’ancien drapeau, lors de la marche du G8, prévue le 16 Décembre à Nouakchott. Peut-on savoir pourquoi ?


- La position de Tawassoul est conforme à celle de nos partenaires du FNDU.

- Le sénateur Mohamed Ould Ghadda croupit en prison, depuis le mois d’Août dernier, accusé de «corruption» dans ce qui est devenu le dossier « Bouamatou& consorts », impliquant d’autres sénateurs, dont certains sont mis sous contrôle judiciaire, à l’instar, du reste, de syndicalistes, d’hommes d’affaires et de journalistes. Ce dossier semble se dégonfler un peu. Pensez-vous que l’opposition fait assez pour son heureux épilogue ?

- Je pense que l’opposition démocratique n’a et ne peut pas oublier le sénateur Ould Ghadda et toutes les personnes ciblées par le régime. Elle va poursuivre son combat en ce sens, malgré l’entêtement et l’obstination des autorités.

- Quelle lecture faites-vous de l’image de l’islam dans le monde aujourd’hui, notamment en Occident? Et que ressentez-vous, chaque fois qu’un attentat perpétré dans le monde est revendiqué au nom de l’islam ?

- Soyez sûr que l’islam reste et restera la véritable religion qui garantit aux peuples la liberté, la dignité et la tolérance, en dépit des pratiques, des attentats et de tous les crimes commis outrageusement en son nom. Tous ces méfaits reflètent une appréhension erronée de l’islam et de ses préceptes.

- Beaucoup, au sein de l’opposition (G8), croient savoir que Tawassoul participerait aux prochaines élections municipales et législatives de 2018. Auraient-ils tort ou raison ?

- La question de la participation aux élections n’est actuellement pas à l’ordre du jour

- Pensez-vous que le FNDU se doit d’y participer, même sans consensus de tous les acteurs politiques du pays ?

- Le FNDU a une instance chargée de ce sujet, elle va trancher après avoir achevé sa mission.

- La Mauritanie s’apprête à vivre une année difficile, à cause d’un grave déficit pluviométrique. Pour faire face à cette situation, le gouvernement a décidé d’un nouveau plan d’urgence. Cette mesure vous paraît-elle suffisante ?

-Le gouvernement a annoncé qu’il va mettre en place un plan d’urgence, face à cette situation particulièrement difficile, mais force est de constater que rien de concret n’a, jusqu'à présent, été réalisé. C’est, une nouvelle fois, révélateur de l’inefficacité et de la lenteur des actions programmées par le gouvernement.

Propos recueillis par Dalay Lam



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Commentaires (1)

  • abarry45 (H) 21/12/2017 15:11 X

    Le manque de pluviométrie rend la condition difficile Justement c est là que les populations vont savoir que Aziz est l homme de la situation Sauf si vous dites encore que s il ne pleut pas où s'il vente c'est la faute de Aziz Laissez travailler le gouvernement Aziz va redresser ce pays qui était à la derive