08-03-2018 09:35 - Mohamed Vall Handeya, président du Manifeste pour les droits politiques, économiques, sociaux des Haratines: ‘’Le doute n’est plus permis quant à une éventuelle candidature du président à la prochaine présidentielle’’

Mohamed Vall Handeya, président du Manifeste pour les droits politiques, économiques, sociaux des Haratines: ‘’Le doute n’est plus permis quant à une éventuelle candidature du président à la prochaine présidentielle’’

Le Calame - Que vous inspire la récente sortie du président de la République selon laquelle il ne modifierait pas la Constitution pour briguer un 3e mandat qui a suscité une grande agitation au sein de la classe politique, pouvoir et opposition confondus, comme si c’est la première fois que Mohamed Ould Abdel Aziz se prononçait sur la question qui préoccupe tout le monde?

Mohamed Vall Handeya : Je pense qu’après toutes les prises de position publiques du président Aziz dont la première fut en octobre 2016 au palais des congrès et la dernière lors de sa récente interview accordée à Jeune Afrique, le doute n’est plus permis sur son éventuelle candidature à la prochaine présidentielle.

Cette déclaration, somme toute conforme à la constitution, est tout de même la bienvenue parce que d’autres chefs d’Etats africains, assoiffés de pouvoir, n’ont pas hésité à diligenter un coup d’état constitutionnel pour rester au pouvoir. Je trouve tout de même que cette forte annonce n’a pas manqué de susciter une grande agitation comme vous dites ; laquelle a généré des paradoxes surprenants.

D’une part, compte tenu de ses multiples déclarations confirmant son départ du pouvoir, le président Aziz devient, pour une fois, l’allié objectif de l’opposition contrairement à l’avis de tant de ses thuriféraires.

D’autre part, ceux qui maintiennent le doute sur son départ sont à la fois les soutiens inconditionnels du président et ses plus grands détracteurs, unis pour une fois et pour des raisons diamétralement opposées.

A mon avis, la récente sortie du président constitue, en fait, le lancement de la précampagne pour la présidentielle de 2019. Ainsi, nous aurons en 2019, ou une alternance totale au cas où l’opposition l’emportera, ou une alternance partielle avec l’arrivée d’un nouveau président même issu du camp du pouvoir. Je pense que dans les deux cas de figure, la nouvelle donne contribuera à faire bouger les lignes de démarcation entre le pouvoir et l’opposition.

Ce sera un acquis non négligeable pour le pays et une régénerescence pour notre démocratie, quelle que soit l’option qui adviendra. L’alternance, surtout dans des pays qui n’y sont pas habitués comme le nôtre, est toujours salutaire mais elle a des aspects complexes et problématiques que seule une classe politique responsable, mûre et mue par l’intérêt supérieur de la nation, pourrait mener à bonne fin.

J’ose espérer que la classe politique et intellectuelle, toutes tendances confondues, préparera l’opinion à une sortie honorable du président Aziz. C’est seulement ainsi que nous pouvons, sans heurts et sans convulsions inutiles, dénouer et désamorcer enfin une crise politique aux multiples facettes qui s’est prolongée durant les deux législatures du président sortant.

Ceci dit, je souhaite ardemment que le futur président soit un président de « transition » qui permettra à la Mauritanie de promouvoir ses institutions pour stabiliser le pays afin d’en finir avec la rebélotte des coups d’Etat et d’engager, en même temps, les grandes réformes nécessaires à la mise sur orbite d’une nation vivant au 21ème siècle.

Avant la présidentielle de 2019, les mauritaniens auront à élire les conseils régionaux, municipaux et les députés. La question que l’on se pose est de savoir si la gestion du processus électoral sera unilatérale comme le craint l’opposition ou plutôt inclusive pour amener l’opposition dite radicale à participer. A votre avis, que doivent faire les uns et les autres pour éviter à la Mauritanie des lendemains d’élections contestées ?

Pour un départ du pouvoir, l’apaisement de la scène politique est tout aussi important que l’alternance elle-même. Les mauritaniens ne comprendront pas que le président sortant veuille bien leur léguer en héritage une situation politique explosive au moment où il se prépare à tirer sa révérence.

Comme je l’ai dit plus haut, la classe politique doit se donner la main pour réussir ce passage de témoin crucial pour l’avenir et la stabilité du pays. La responsabilité incombe en prémier lieu au président de la République qui doit, plus que par le passé, lâcher du lest à son opposition pour laisser au peuple mauritanien et à son successeur, une situation politique assainie, consensuelle et apaisée.

Toute autre option que celle de la gestion inclusive du processus des prochaines échéances électorales, serait non seulement injustifiée et mal à propos mais aussi irresponsable, voire imbue d’un certain manque de discernement quant à l’intérêt supérieur de la nation.

Cet intérêt supérieur que tout homme politique devrait mettre au-dessus de toutes les autres considérations de quelque ordre ou nature qu’elles soient. Et si notre classe politique – pouvoir en premier et opposition ensuite - n’est pas capable de saisir l’importance du moment et les opportunités qui s’offrent à notre jeune démocratie, il est à craindre qu’une fois de plus, nous rations le coche.

Le peuple mauritanien en a marre de vivre éternellement une situation politique où pouvoir et opposition sont à couteaux tirés. Il est temps que nous devenions un pays comme les autres, surtout comme ceux de la sous-région, pour nous permettre de nous consacrer à la solution des multiples problèmes qui se posent à notre pays.

J’ai le sentiment que le peuple mauritanien sanctionnera sevèrement, lors des prochaines consultations électorales, ceux des protagonistes politiques qu’il tiendra responsable de l’avoir maintenu inutilement dans de telles frustrations.

Que vive donc le dialogue inclusif qui, compte tenu de la conjoncture actuelle, devrait se limiter à l’organisation transparente et consensuelle des prochaines élections présidentielle, législatives, régionales et communales.

Le Manifeste doit célébrer, si je ne m'abuse, son 4e anniversaire sous peu. Pouvez-vous nous dire si la manifestation se fera en rangs dispersés, comme l’an passé ou si elle sera inclusive comme ses premières années?

Effectivement, le manifeste pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratine au sein d’une Mauritanie unie, égalitaire et réconciliée avec elle-même, doit célébrer son 5ème anniversaire et non pas son 4ème, le 29 Avril prochain.

Malheureusement, la célébration de cet anniversaire en 2017 s’est faite en rangs dispersés à Nouakchott seulement, alors qu’elle s’est déroulée dans la communion la plus totale et a enrégistré les plus grands succès dans les villes telles que : Nouadhibou, Atar, Zouératt, Kiffa, Rosso et R’kiz.

Nous espérons étendre cette année la célébration de cet anniversaire à d’autres capitales régionales et départementales. Pour ce qui est des raisons qui ont amené nos autres camarades à faire une célébration séparée, je ne peux vous donner de réponses précises. Je pense cependant que ce sont surtout des problèmes d’égo qui ont présidé à cette célébration en rangs dispersés.

La leçon que nous tirons de ce qui s’est passé à Nouakchott l’année dernière, est claire et limpide : les adversaires d’Al Mithagh mettent tout en œuvre pour semer la division, la zizanie, la compromission et la suspiscion au sein de cette mouvance sociétale qui inscrit pourtant son action dans un cadre global et non partisan.

Nous mettrons donc tout en œuvre pour faire échec à ces manœuvres de bas étage et nous trouverons certainement un terrain d’entente avec tous ceux qui sont prêts à œuvrer, de manière honnête et désintéresée, pour que les anniversaires à Nouakchott ne servent plus jamais les visées malsaines des ennemis de notre cause.

En ce qui me concerne en tant que président d’Al Mithagh, je m’emploierai à faire tout ce qui est dans mes possibilités pour que tout le monde aille ensemble ; y compris ceux-là même qui ont orchestré contre moi une campagne de désinformation et d’intoxication visant à me discréditer et me décrédibiliser.

Je n’ai jamais répondu à ces campagnes et j’espère bien que tout le monde a compris désormais qu’on n’est pas des ennemis les uns des autres mais plutôt des alliés objectifs car nous prétendons tous porter et défendre la même cause.

Le Parlement mauritanien vient d’adopter une loi anti-discrimination. Que pensez-vous de ce texte, vous qui militez pour une «discrimination positive ? »

Je crois que cette loi est faite surtout pour museler les activistes des droits de l’homme en leur fabriquant des pretextes légaux afin de les traduire devant des juridictions pénales.

C’est donc un énième outil de repression qui n’aura pour résultats que d’attiser davantage la flamme de la lutte pour conquérir les droits spoliés. J’aurai bien voulu que cette loi ne se limite pas seulement à criminaliser les paroles mais aussi qu’elle aille plus loin en criminalisant les actes de discrimination. Si tel était le cas, je crois qu’une justice indépendante mettra en premier sur le banc des accusés, la quasi-totalité de la nomenklatura du système actuel.

Vous évoluez dans le cadre de la sécurité et du gardiennage en Mauritanie. Pouvez-vous nous brosser sommairement l’état des lieux de ce secteur qui, selon nos informations, non seulement baigne dans l’anarchie mais aussi connaît une concurrence déloyale? Dispose -t-il d’un cadre réglementaire ?

Le secteur de la sécurité, du gardiennage et du transport de fonds a été réorganisé en 2009 et 2011 par la loi N°025/2009 en date du 07 Avril 2009 et son décret d’application N°066/2011 du 24/02/2011.

Cet arsenal juridique circonscrit la possibilité de posséder des parts du capital des sociétés de sécurité et l’emploi en leur sein, aux anciens des forces armées et de sécurité ainsi qu’aux citoyens mauritaniens ayant effectué leur service national.

A la fin de l’année 2011, le gouvernement mauritanien a délivré pour dix huit sociétés des agréments pour l’exercice du métier privé de la sécurité des biens et des personnes.

Au début de l’année 2012, des instructions venues « d’en haut » dit-on dans le jargon militaire, intiment l’ordre à toutes ces sociétés de se regrouper et de fusionner au sein d’une structure unique appelée la Mauritanienne pour la Sécurité Privée (MSP).

Sur les dix huit sociétés agréées depuis quelques mois, dix sept ont fusionné au sein de cette nouvelle mégastructure. La dix-huitième société, qui est celle que mes amis et moi avions mise sur pied quelques années auparavant, a choisi de ne pas intégrer cette nouvelle structure.

Les raisons qui nous ont poussés à ne pas accepter cette fusion sont claires et transparentes. Nous ne sommes plus des militaires actifs qui réçoivent les ordres de leur hiérarchie mais plutôt des opérateurs économiques dans le domaine de la sécurité et donc régis par le code de commerce mauritanien.

Nous avons jugé que l’intégration de ce consortium sécuritaire n’est pas dans notre intérêt, commercialement parlant, et donc nous avons décliné cette demande persistante. Nous avons payé très cher cette résistance car nous avons été privés de tous les marchés publics avec des injonctions de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN) de fermer boutique pour exercice illégal de ce métier.

Cette bataille juridique et procédurière n’est plus aujourd’hui à l’ordre du jour mais notre bataille pour la survie en attendant des jours meilleurs, demeure plus que jamais actuelle.

Le comble du ridicule dans cette histoire est qu’au moment où on nous adresse de sevères mises en garde,- nous qui sommes apparemment coupables d’avoir servi loyalement notre pays et qui disposons des autorisations légales pour l’exercice de ce métier -, d’autres officines de sécurité privée, sans aucun fondement légal, continuent de prolifèrer au nez et à la barbe de tous les services compétents de l’Etat, sans être inquétées.

La volonté de certains de nos anciens compagnons d’armes de nous maintenir, encore et toujours, sur les cornes d’un dilemme, n’a donc apporté aucun des fruits escomptés sans pour autant qu’elle ne prenne fin. Dans tous les cas de figure, cette position inconfortable ne nous fera pas perdre notre équilibre, tout comme elle n’influera nullement sur la constance et la logique de notre perception des choses.

Propos recueillis par Dalay Lam



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