11-04-2018 08:29 - Riziculture-Kaédi : Les larmes risquent d’inonder les périmètres si aucune action n’est entreprise

Riziculture-Kaédi : Les larmes risquent d’inonder les périmètres si aucune action n’est entreprise

Le Quotidien de Nouakchott - A Kaédi, ville au bord du fleuve Sénégal, à environ 400 kilomètres de Nouakchott, l’irrigué ne palliera pas la sècheresse consécutive au déficit pluviométrique de l’hivernage passé en Mauritanie.

Plus de 2000 hectares de riziculture repartis entre les PPGI et PPGII (périmètre pilote du Gorgol) ne vont peut-être pas être exploités. La Raison : ce n’est pas le manque d’eau. C’est une gestion catastrophique de ces deux périmètres, c’est une sorte de démission collective.

Depuis l’aménagement du périmètre pilote de Kaédi (chef-lieu de région de la wilaya du Gorgol) de 739 Ha plus connu sous le nom du PPGI (périmètre pilote du Gorgol), en 1977, les premières années furent consacrées à l’ancrage de la nouvelle pratique rizicole jadis inconnue dans la vallée, par un encadrement rapproché dans les domaines de l’itinéraire de production et de la gestion des grands périmètres.

Toutes choses qui ont pu donner des résultats avec 6 à 7 tonnes à l’hectare et faciliter le transfert aux paysans pour une autogestion. Ce qui, à ne pas douter, constitue un motif de satisfaction et d’optimisme pour l’autonomisation qui est la clef de succès de toute entreprise qui se veut pérenne. Par la suite, le PPGII aménagé 20 ans plus tard avec ses 1188Ha dans les terres de décrue a offert davantage de surfaces à emblaver pour répondre au mieux aux besoins exprimés par les paysans.

Difficultés de gestion

Constitués d’organes de gestion regroupant différentes coopératives, ces deux périmètres, après quelques années fastes, connaissent depuis quelques années des difficultés majeures de gestion qui compromettent grandement leur rentabilité. Dans cette perspective, les années se suivent et se ressemblent dans l’expression du pire qui tenaille et tient en laisse les périmètres rizicoles de Kaédi. Comme une rengaine qui endort et émousse toute action de pragmatisme propre aux travailleurs de la terre, les riziculteurs, d’année en année, s’enfoncent dans la spirale du doute et de l’incertitude des campagnes qui si elles ne sont pas en retard restent non réalisées.

Développement agricole et accointances politiciennes

Par le passé, le crédit agricole était le réceptacle, à tort ou à raison, de toutes les plaintes qui empêchaient le fonctionnement normal des campagnes, aujourd’hui la CDD reprend le flambeau, après une période de « générosité » de l’état qui épongeât sans trop savoir comment tous les crédits contractés. Une attitude qui a valu à celui-ci soutien et adhésion des paysans incapables de faire la différence entre le développement agricole et les accointances politiciennes et circonstancielles. La situation dure, perdure et à chaque fois, le discours est stationnaire, identique et invariable : les paysans n’ont pas payé les crédits contractés.

Avec cette situation récurrente qui va de mal en pis, les périmètres sont englués au point que les personnes chargées de leur gestion déjà dépourvues de leadership, de compétences avérées et de vision demeurent perplexes devant cet état de fait encore loin de s’arranger. Car, au-delà de l’intérêt commun autour du seul et unique patrimoine qui doit fédérer les énergies et les intelligences, les considérations futiles et sans lendemain nourries par la pernicieuse sève tribale ont voilé et grippé les initiatives, engageant l’exploitation de ces périmètres sur une échelle de compromission qui les précipite vers le gouffre.

Mauvais casting

En l’absence de logistique, de moyens de mécanisation et d’intrants adaptés auxquels il faut ajouter le non-respect du timing inscrit dans le calendrier cultural, on constate que les ppG sont victimes aussi des choix portés sur des hommes n’ayant aucun profil de gestionnaire, leur permettant de défendre avec professionnalisme les intérêts de la corporation. A quelques mois de la campagne hivernale, précédée par une contre saison foirée, aucune communication, pas un mot, un silence total sur la campagne imminente.

Tout est cousu comme si la question plus qu’un tabou fait peur, alors que l’inquiétude gagne les uns et les autres .comme si rien n’est capitalisé après la contre saison chaude qui a sauvé bon nombre d’entre eux. Pour cette année, La période de soudure s’étire et se corse de jour en jour au point d’assister à l’assèchement de toutes les sources de ravitaillement aussi bien pour le bétail que pour les hommes, une situation qui interpelle , interroge et convoque comme il se doit les porteurs d’espoir et autres bonnes volontés pour sauver les populations paysannes de Kaédi pour le moment en sursis car n’étant pas sûr que les conditions soient réunies pour le lancement de la campagne hivernale.

Pour un plaidoyer fort

Pour rappel, pour l’année passée, les paysans ont dû leur salut à la conjugaison des efforts de certaines ONG comme le réseau des ONG pour la sécurité alimentaire (ROSA), L’ONG Sana For Developement dirigée par Baliou Mamayary Coulibaly pour convaincre les autorités de la nécessité de la campagne de contre saison. Grâce à un plaidoyer mené avec acharnement sur fond d’argumentaires étoffés, elles ont su faire plier les sceptiques et donner du sourire aux paysans. Pour cette année, les larmes risquent d’inonder les périmètres si aucune action n’est entreprise dès maintenant pour envisager une sortie de crise.

Aujourd’hui, même si le taux de recouvrement avoisine les 90% au niveau du PPGI qui potentiellement reste éligible, pendant que le PPGII quant à lui reste totalement en dehors du jeu. Aux interrogations que suscite la question des remboursements, tout le monde est unanime sur la mauvaise lecture des paysans qui se refusent de bien comprendre les enjeux et programment, pour ainsi dire la mort lente de leurs outils de travail pour n’avoir pas su appréhender leur force qui dépasse de loin les intrigues politiciennes. Dans cette impasse, le changement ne devrait-il pas commencer par les acteurs directs qui se complaisent dans une insouciance infantile de plus en plus incompréhensible ?

Seybane Diagana



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Commentaires (3)

  • Citoyennes et Citoyens (H) 12/04/2018 14:05 X

    Voici un reportage réalisé par de jeunes Kaédiens qui soulevaient les difficultés rencontrées par les agriculteurs https://www.youtube.com/watch?v=0kK_9GOWo6c

  • cccom (H) 11/04/2018 11:07 X

    La politique a mal commencé en 1976 avec la Sonader dictée de l’extérieur puis connue une expansion à croissance exponentielle 2 x au Trarza suite à l’initiative de Keur Masséne en 1984 puis bloquée voire détruite par les conditionnalités de la Banque Mondiale et FMI . et continue à être égarée à ce jour dans des politiques de tâtonnements .due non pas aux populations et au fleuve mais à la carence des différents ministres à et aux personnels techniques qui les encadrent. cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr

  • TATOU42 (F) 11/04/2018 10:03 X

    situation ridicule , vous faites rire! faire pousser du riz en Mauritanie où de nombreux villages n'ont pas accès à l'eau ; on voit bien que les chinois vous ont envahis , ils achètent vos terres et vous faites pousser du riz pour les nourrir.Ouvrez les yeux !!