01-05-2018 00:15 - Mettre les pêcheurs artisanaux mauritaniens aux normes du marché international [PhotoReportage]

Mettre les pêcheurs artisanaux mauritaniens aux normes du marché international [PhotoReportage]

Le Courrier du Nord - Valoriser les produits de la pêche artisanale en Mauritanie et les mettre aux normes du marché international. Tel est l’objectif du projet PROMOPÊCHE, financé par l’UE et exécuté par le BIT à travers la formation qui vient d’être dispensée à une trentaine de services d’appui aux entreprises.

« Nul ne peut plus vendre à l’extérieur un produit qui ne respecte pas les normes internationales » selon le Dr.Abou Sidy Ba, docteur vétérinaire. « Au niveau de la pêche artisanale, le problème des produits locaux et traditionnels est qu’ils ne répondent à aucune norme connue » souligne-t-il.

D’après lui, "ces produits ont besoin d’être travaillés et leur composition détaillée dans une fiche technique. Ils doivent en plus être traités et analysés dans des conditions d’hygiène et de fabrication standard, et faire la preuve de leur bonne qualité".

Il ajoute qu’on ne peut pas "traiter le poisson sur le sable, dans la poussière et sous le soleil, le sécher différemment, l’emballer dans des sacs douteux et vouloir l’exporter".

Un coup dur pour le potentiel national

L’exigence des normes internationales limite ainsi drastiquement la possibilité des acteurs de la pêche artisanale à accéder au marché mondial. D’où une impérieuse nécessité de mise à niveau. En effet, les 750 kilomètres de côtes les plus poissonneuses au monde, avec 350 espèces dont 200 commercialisables, restent sous-exploitées, à cause d’un manque d’infrastructures, une main d’œuvre non qualifiée et un accès quasi inexistant au crédit et au financement.

Les Mauritaniens s’orientent timidement aussi vers la mer, avec seulement 55.000 emplois occupés, un marché national étroit et peu desservi et des acteurs non organisés. Pourtant, "le secteur de la pêche artisanale offre d’importantes opportunités en termes d’emplois et de revenus, avec une production qui varie entre 164.000 et 364.000 tonnes par an", selon Mohamed Lemine Abdel Hamid dit « Tarbiya » économiste-consultant qui a déjà réalisé une analyse de chaîne de valeur du secteur. Le volet transformation reste ainsi dominé à 85% par les étrangers (Nigérians, Ghanéens, Sénégalais, Maliens…) et quelques nationaux présents à Nouadhibou, au PNBA, au Centre de l’ONG 2000 et au PK 28.

Le chemin de la normalisation

Le chemin vers la mise aux normes de la production halieutique d’origine artisanale requiert ainsi des services d’appui aux entreprises performants. D’où l’intérêt de la formation qui a eu lieu entre le 25 et le 26 avril 2018 dans le cadre du projet PROMOPÊCHE, financé pour 4 ans par l’Union Européenne et exécuté par le Bureau International du travail (BIT). Cette formation a été menée par l’expert sénégalais Dr.Mamadou Ndiaye, docteur vétérinaire et fin connaisseur du secteur de la pêche en Mauritanie, et son promotionnaire mauritanien, Dr.Abou Sidy Ba, ainsi que l’économiste Mohamed Lemine Abdel Hamid dit Tarbiya. Elle a porté sur le contexte mondial et les exigences internationales, les filières de la pêche artisanale en Mauritanie et l’identification des dangers et risques en entreprises.

La Délégation de l’Union européenne en Mauritanie (DUE) mesure à juste titre « les efforts importants consentis dans le domaine de la pêche artisanale » même si ces résultats n’ont pas donné les résultats escomptés jusque-là. D’où cette initiative novatrice qui consiste à travailler à l’échelle des chaînes de valeur pour identifier les maillons faibles. Et parmi ces derniers, les Services d’appui aux entreprises (SAE) considérés comme le levier capable d’impulser le changement attendu pour booster le secteur. « Cette formation, selon la DUE, vise à fédérer les SAE et leur apprendre à travailler d’une manière complémentaire et en synergie pour développer un secteur de la pêche artisanale à forte potentiel d’emplois et de revenus mais encore sous-exploité ».

Au sortir de cette formation, les trente prestataires de services d’appui aux entreprises ont ainsi acquis des capacités techniques qui les aideront jusqu’en juillet 2018 à gérer les points de débarquement qui leur sont affectés, notamment le PK 93, le PK 144, Mhaïjrat et Tiwlil. Ces capacités comprennent l’analyse des chaînes de valeur prioritaires et les contraintes auxquelles font face les acteurs exerçant au niveau de leur point de débarquement, et les solutions à dégager pour la définition d’un plan stratégique de développement de leur zone d’intervention.

Pour encadrer les opérateurs locaux vers l’adoption des règles normalisées, les services d’appui doivent également maîtriser les principes de la qualité, qui selon la définition ISO 8402, "est l’ensemble des caractéristiques d’un produit qui confèrent l’aptitude à satisfaire un besoin explicite et implicite". Il faut également une connaissance des dangers et des risques ainsi que celle de leurs origines comme impératif à maîtriser pour assurer la qualité des produits. L’analyse de ces dangers et risques doit s’appliquer sur le Milieu de production, la qualité de la Main d’œuvre, la qualité du Matériel, celle de la Matière première et de la Méthode, ce qu’on appelle les "5M".

Plusieurs évolutions ont accompagné la gestion du concept qualité, de 1945 à 2000, partant du « Contrôle Qualité », la « Maîtrise Qualité », « Assurance Qualité » et le « Management Qualité » qui a trait aux exigences nationales de qualité.

Comprendre le cadre et les exigences internationales

Il s’agit sur ce point de comprendre les normes et standards définis sur le plan international pour les produits alimentaires, notamment les Accords SPS (mesures sanitaires et phytosanitaires), les règles internationales d’hygiène, la certification HACCP (Analyse des dangers et maîtrise des points critiques), la traçabilité des produits alimentaires, les normes privées…

Les participants se sont imprégnés des règles de fonctionnement des trois grandes conventions régissant le commerce international des produits alimentaires. Il s’agit du CODEX Alimentarius encadré par la FAO et l’OMS chargées de l’élaboration des règlements internationaux relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, l’OIE (Organisation internationale des épizooties) chargée de la formulation des normes et directives pour la sécurité sanitaire des produits d’origine animale et la CIPV, Convention internationale relative à la sécurité sanitaire des produits d’origine végétale. Il faut se rappeler des grandes crises liées à la sécurité sanitaire alimentaire qui ont secoué le monde dans les années 90, comme la crise de la Vache folle, la Grippe aviaire, l’affaire du lait contaminé, pour comprendre les dangers inhérents aux alimentations nuisibles et leurs conséquences en termes de pertes humaines, de crise économique et de perturbation du commerce international..

Les problèmes de qualité des aliments étant difficilement mesurables, la Grande Bretagne avait adopté en 1990, la loi dite « Due Diligence » et l’impératif exigence de la connaissance, car "nul ne peut plus vendre un produit qu’il ne connaît pas". La responsabilité des entreprises devient dans ce cadre soumise à l’obligation de connaissance des produits vendus, la maîtrise des moyens et la détention de preuves de bonne qualité.

Les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), créée en 1995 et qui fédère les "Trois Sœurs", le CODEX Alimentarius, l’OIE et la CIPV, s’appliquent aujourd’hui sur 97% du commerce mondial. Dès 1994, deux accords spécifiques ont été pris à Marrakech (Maroc), l’Accord sur les mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) et l’Accord sur les obstacles technique au commerce (OTC) qui vise à écarter les mesures discriminatoires et les obstacles non nécessaires au commerce.

De la production au marché de consommation


Tout produit répond à trois exigences : la durabilité, l’existence d’un marché et l’impact socioéconomique. Les services d’appui aux entreprises chargés d’accompagner et d’encadrer les acteurs de la pêche artisanale au niveau des points de débarquement du projet « PROMOPËCHE » doivent ainsi procéder au choix des principales chaînes de valeur au niveau de leur zone et les motiver sur la base des atouts et des faiblesses de chaque maillon de la chaîne (depuis la capture jusqu’à la consommation).

Ce qui suppose une bonne maîtrise des « Bonnes Pratiques » dans la filière de la pêche artisanale, en termes d’hygiène et de fabrication. Il s’agit dans ce cadre, selon Dr.Abou Sidy Ba, d’identifier "les bonnes pratiques ainsi que les mesures de contrôle appropriés pour chacun des « 5 M » des différents maillons de la chaîne de valeur".
L’expérience de « Mauritanie 2000 »

"Notre organisation s’est lancée depuis sa création en 2000 dans l’appui des femmes actives dans la pêche artisanale. Elle a entrepris plusieurs voyages d’études, d’échanges et de partage d’expériences dans la sous-région, notamment au Sénégal, pour cueillir les bonnes pratiques pour les transmettre aux acteurs nationaux, notamment les femmes transformatrices et vendeuses de poisson. Nous avons aussi développé un réseau de partenariats et c’est dans ce cadre que nous avions bénéficié d’un appui d’Oxfam et nous avons pu ouvrir deux centres, à Nouadhibou et à Nouakchott, la "Sirène". Aujourd’hui, les femmes exportent leurs produits sur le marché national et le marché africain. Il nous reste à améliorer la qualité pour avoir accès dans le moyen terme au marché international. C’est là que la formation actuelle nous est d’un grand apport, avec surtout les produits finis et innovants dont certaines images faites au Sénégal nous ont été montrées", a déclaré Harouna Sall, consultant pour le compte de "Mauritanie 2000".

Pour Zeynabou Coulibaly, Directrice Oxfam-Mauritanie, "nous accompagnons dans nos actions les acteurs de la pêche artisanale. C’est dans ce cadre que nous avons appuyé les femmes transformatrices et vendeuses de poissons à travers notre partenaire « Mauritanie 2000 » sur financement de la coopération espagnole. Notre objectif était d’aider les femmes transformatrices à travailler dans des conditions d’hygiène leur permettant d’améliorer la qualité de leur production et son accès au marché. Nous avons buté sur certaines contraintes, dont l’obtention d’un agrément qui aurait permis à ces femmes d’explorer d’autres marchés internationaux ou régionaux. Depuis deux à trois années, nous nous sommes désengagés du projet, faute de financement. Nous continuons cependant à encadrer les femmes et nous les avons même mises en relation avec des institutions de microfinance, comme « Djikké » pour leur permettre l’accès au financement".

Cheikh Aïdara

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