07-05-2018 16:10 - Le Sahel ravagé par la crise alimentaire

Le Sahel ravagé par la crise alimentaire

VivAfrik - Le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, la Mauritanie et le nord du Sénégal, considérés comme des « zones à risque » sont menacés par la pire faim depuis des années. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes.

En effet, cinq millions de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire, 1,6 million d’enfants sont en risque de malnutrition aiguë sévère et 2,5 million d’éleveurs et agro-éleveurs ont besoin d’une aide urgente aux moyens de subsistance.

D’après trois agences des Nations Unies, la sécheresse, la flambée des prix des denrées alimentaires et les conflits vont entraîner des millions de personnes dans la faim et la malnutrition dans ces zones du Sahel, en Afrique de l’Ouest, si la communauté internationale n’agit pas maintenant.

En termes clairs l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) et le Programme alimentaire mondial (Pam) ont affirmé qu’en 2017, les faibles précipitations dans les zones pastorales au sud de la Mauritanie, au nord du Sénégal et dans certaines parties du Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad ont ruiné le bétail et les récoltes et ont affecté les moyens de subsistance, ce qui a mené à un début précoce de la « saison de la faim ».

A en croire à ces organisations onusiennes, la région du Sahel a également connu une insécurité accrue et une intensification des conflits armés qui perturbent les services de base et les moyens de subsistance, affectant la cohésion sociale et forçant des dizaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers.

Selon la dernière analyse régionale de la situation de l’insécurité alimentaire – Cadre Harmonisé* – publiée en mars, plus de cinq millions de personnes auront besoin d’une aide alimentaire et nutritionnelle au cours de ce qui devrait être la pire saison de soudure en quatre ans. Les évaluations montrent que de nombreuses familles auraient épuisé leurs réserves alimentaires en avril. En temps normal, cela se produit entre juin et septembre.

« Nous entendons parler de personnes qui réduisent le nombre de repas pris chaque jour et des enfants qui abandonnent l’école »,
a déclaré Abdou Dieng, Directeur régional du PAM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. « Ce sont des signes révélateurs d’une catastrophe imminente que le monde ne peut pas continuer à ignorer. »

Plus de 1,6 million d’enfants proches de la malnutrition aiguë sévère

Dans les six pays, plus de 1,6 million d’enfants risquent de souffrir de malnutrition aiguë sévère cette année, soit une augmentation de 50 pour cent par rapport à la dernière crise nutritionnelle majeure du Sahel en 2012.

L’insécurité alimentaire, les pratiques alimentaires inadéquates à la maison pour les jeunes enfants et les mères, le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement ainsi que les conflits armés et les déplacements de populations sont les causes des niveaux élevés de malnutrition chez les enfants.

« Il est tragique que les mêmes mères reviennent chaque année dans les cliniques avec leurs enfants pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère, et cette année encore en plus grand nombre », a déclaré Marie-Pierre Poirier, Directrice régionale de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

« Nous pouvons rompre ce cycle si nous investissons maintenant dans le renforcement de la résilience – en rendant les familles, les communautés et les autorités nationales mieux équipées pour prévenir et faire face à des chocs similaires à l’avenir. »

La réduction de la disponibilité des pâturages a conduit à une transhumance précoce cette année, dans certains cas jusqu’à quatre mois plus tôt que d’habitude. Cela a conduit à une forte concentration d’animaux, une situation aggravée par les restrictions aux passages frontaliers et des réglementations défavorables qui contraignent les mouvements pastoraux, rendant une région déjà très instable encore plus fragile.

La réponse des Nations Unies

« Renforcer la résilience est au premier rang des priorités de la Fao. Ce qui aidera à stabiliser le Sahel c’est le soutien aux éleveurs et agro-éleveurs, pendant cette période de soudure et à l’avenir, pour faire face aux chocs climatiques et aux conflits », a déclaré Coumba Sow, Coordonnatrice sous-régionale pour la résilience en Afrique de l’Ouest dans le Sahel.

L’Unicef, la Fao et le Pam ont développé une réponse conjointe pour couvrir les besoins alimentaires, protéger les moyens de subsistance et lutter contre la malnutrition à court terme afin de répondre aux besoins immédiats ainsi que de réduire l’impact de la crise imminente.

En même temps, des interventions à plus long terme visant à assurer la disponibilité, l’accès et l’utilisation des ressources alimentaires locales, services de santé et autres services sociaux pour le bon développement et la croissance des enfants, sont essentielles pour permettre aux ménages, communautés et systèmes nationaux d’être mieux préparés pour prévenir et faire face à des chocs similaires à l’avenir.

Les trois agences des Nations Unies appellent à un soutien urgent de la part de tous les partenaires, y compris les donateurs, pour aider à atténuer la détérioration actuelle et anticipée dans le Sahel.

Le PAM a besoin de 284 millions de dollars des Etats-Unis pour fournir une aide alimentaire et nutritionnelle à 3,5 millions de personnes au cours de la réponse qui couvre la saison de soudure. L’Unicef a besoin de 264 millions de dollars pour fournir des aliments thérapeutiques à 989 000 enfants exposés à la malnutrition aiguë sévère, et permettre l’accès à des services d’eau et d’assainissement et à l’éducation, d’ici la fin de l’année.

La Fao a besoin de 128 millions de dollars, dont 45 millions de dollars pour des activités urgentes visant à empêcher la détérioration de la situation de 2,5 millions d’éleveurs et d’agro-éleveurs dans les zones de départ précoce et de forte concentration de bétail.

Moctar FICOU / VivAfrik



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