25-08-2018 18:00 - Législatives Mauritanie (5/6), Aziz, mauvais élève de la classe

Législatives Mauritanie (5/6), Aziz, mauvais élève de la classe

Mondafrique - Dans le cinquième volet sur l’état de la Mauritanie à la veille des législatives de début septembre, Moussa Fall, président du Mouvement pour un changement démocratique, pointe la mauvaise qualité de la gouvernance du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Nous avons retenu les indices les plus significatifs à savoir : l’Indice de Compétitivité Mondiale du Forum Économique Mondial, l’Indice du Développement Humain (IDH), l’indice de perception de la corruption (Transparency International), l’indice de la qualité du climat des affaires (Doing Business), et l’indice de la qualité de la gouvernance en Afrique (Mo Ibrahim).

1- Indice mondial de compétitivité du Forum Économique Mondial

Le Forum Économique Mondial est une institution internationale qui réunit chaque année à Davos, en Suisse, des chefs d’entreprise, des dirigeants politiques, des intellectuels et des journalistes du monde entier pour discuter les problèmes d’actualité de la planète.

Ce Forum publie aussi chaque année des études et des rapports économiques fort documentés sur près de 140 pays dans le monde. Ses différentes publications font autorité et sont largement consultées par les décideurs dans le monde.

Le rapport annuel du Forum sur l’indice de compétitivité mondiale passe minutieusement en revue un ensemble d’indicateurs regroupés dans trois catégories principales (sous-index) et douze domaines politiques (piliers) pour 137 pays. Dans son dernier rapport pour 2017-2018 sur le classement selon la compétitivité, la Mauritanie occupe le 133eme rang sur les 137 pays évalués.

Le tableau suivant reprend les classements spécifiques et les notations selon les trois sous index et les douze piliers de chacun de ces trois index.



Outre le retard global du pays en matière de compétitivité internationale (133eme sur 137), on constate que sur les quatre piliers du sous index « exigences de base » seul l’environnement macroéconomique enregistre un score moyen plaçant la Mauritanie au 69eme rang. Pour les trois piliers, à savoir : les Institutions, les infrastructures, la santé et l’éducation primaire, le pays reste très en retard.

Dans le sous index des accélérateurs de l’efficacité, les contreperformances du pays sont manifestes car il se situe, tout simplement, à la 137 ème place sur 137 pays. Ce sous index regroupe les six piliers suivants : éducation supérieure et formation ; efficacité des marchés des biens de consommation ; efficacité du marché de travail ; développement du marché des financements ; développement technologique ; taille du marché.

L’évaluation du dernier sous index relatif aux facteurs d’innovation et de sophistication classe la Mauritanie avant dernière 136/137. Ce sont précisément ces facteurs qui tirent vers le haut la croissance des pays développés et des pays émergeants.

● Indice du Développement Humain (IDH)

L’indice de développement humain (IDH) est créé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en 1990 pour évaluer le taux de développement humain des pays du monde. Au départ, cet indice se fondait uniquement sur trois critères : le PIB par habitant, l’espérance de vie à la naissance et le niveau d’éducation des enfants de 15 ans et plus. Par la suite, à partir de 2011 ces critères ont été élargis à :

● La santé / longévité (mesurées par l’espérance de vie à la naissance), qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l’accès à une alimentation saine, à l’eau potable, à un logement décent, à une bonne hygiène et aux soins médicaux.

● Le savoir ou niveau d’éducation. Il est mesuré par la durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants d’âge scolaire. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision sur le lieu de travail ou dans la société ;

● Le niveau de vie, afin d’englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l’accès à la culture.

Cet indice intègre aussi le Coefficient de Gini qui est très utilisé pour mesurer l’inégalité des revenus dans un pays.

L’IDH est aujourd’hui l’indice le plus complet qui rend compte des progrès ou des reculs des pays.

En 2008, la Mauritanie occupait le 154eme rang sur 175 pays figurant sur le classement. Selon le dernier rapport sur le développement humain de 2016, elle se classe au 157eme rang, en recul de trois points, en dépit de toutes les opportunités qui se sont présentées au pays.

● Indice sur la Perception de la Corruption (Classement Transparency International)

Transparency International (TI) est une ONG fondée en 1993 devenue aujourd’hui une référence internationalement reconnue en matière de perception de la corruption. Elle possède des sections autonomes dans 110 pays.

Transparency International publie régulièrement des indices mondiaux sur la corruption : classement des États, taux de corruption par pays ou encore régularité des échanges internationaux. Elle joue également un rôle d’observateur du fonctionnement démocratique des institutions nationales en émettant des avis sur les actions gouvernementales.

Les classements et les appréciations qu’elle porte contribuent pour une bonne part au façonnement de l’image internationale des pays évalués.

Cet indice revêt une importance particulière pour la Mauritanie, l’actuel chef de l’État ayant fait de la lutte contre la gabegie et la corruption sa principale promesse. Or que constate-t-on 9 ans après ? La Mauritanie qui occupait lors du coup d’État en 2008 la 115eme place sur 175 dans le classement de Transparency a dégringolé de 28 points pour se retrouver à la 143 ème en 2017.

3- Qualité du climat des affaires (DOING BUSINESS)

L’indicateur de la qualité du climat des affaires (Doing business) a été créé par le groupe de la Banque Mondiale en 2002. Il évalue les réglementations de la pratique des affaires dans 190 pays. Cet indice encourage la compétitivité des économies et, à ce titre, il constitue une référence particulièrement importante car le rôle du secteur privé est déterminant pour l’efficacité de toute politique de développement.

Les critères de notation de Doing Business portent notamment sur : la facilité de faire des affaires ; la création d’entreprises; l’obtention d’un permis de construire ; le raccordement à l’électricité ; le transfert de propriété; l’obtention de prêts ; la protection des investisseurs minoritaires ; le paiement des taxes et impôts ; le commerce transfrontalier ; l’exécution des contrats ; le règlement de l’insolvabilité.

Entre 2008 et 2015 le climat des affaires s’est fortement dégradé en Mauritanie dans la mesure où le pays est passé de la 157eme à la 176eme place sur le classement de Doing Business. Devant ces contreperformances, la Mauritanie a introduit dernièrement des réformes telles que : la réduction des coûts et des procédures de l’enregistrement pour la création d’entreprises ; l’amélioration de la capacité des tribunaux pour le traitement des litiges ; la publication d’un code pour la construction simplifiant les procédures ; la création d’un guichet unique pour les permis de construire.

Le gouvernement a réalisé la mise à niveau et le renforcement du guichet unique par «l’informatisation des procédures, un paiement unique pour un paquet de services, une structure unique pour l’accès à l’énergie, une contribution constante au nécessaire dialogue entre le secteur public et le secteur privé, la mobilisation de l’assistance technique en faveur du Doing Business, la création d’un système unique de déclaration en douane impliquant le règlement des services douaniers, de l’autorité de régulation, de l’organisation des transporteurs, de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Mauritanie (CCIAM) ».
Suite a ces mesures, le classement de la Mauritanie s’est donc amélioré sur les deux derniers exercices passant de 176 en 2015 à 160 en 2016 et 150 en 2017.

Ces mesures ont elles changé pour autant le climat des affaires dans notre pays ? Sur le plan réglementaire les progrès sont incontestables mais encore faut-il appliquer les textes et les respecter. Dans les faits, le ressenti du climat des affaires reste marqué par l’acharnement fiscal, les marchés de gré à gré, les attributions de licences de pêche (poulpe), des permis de recherche minières, des terrains idéalement situés à des proches au détriment du respect des règles de la concurrence et de l’équité.

● Indice sur la Qualité de la Gouvernance en Afrique (Mo Ibrahim).

L’Indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG) est un outil de mesure et de suivi des performances en matière de gouvernance dans les pays africains. La gouvernance est définie par l’égalité des chances devant l’accès à des biens et à des services publics, dans les domaines politique, social et économique auxquels chaque citoyen peut légitimement prétendre auprès de son État et que tout État est tenu d’offrir à ses citoyens. Il est particulièrement apprécié, ces dernières années, pour le sérieux et la qualité de ses évaluations.

L’indice de la Fondation Mo Ibrahim se base sur 100 critères repartis en quatre catégories : chacune de ces catégories se décline en sous-catégories sous lesquelles sont regroupés divers indicateurs qui fournissent des mesures quantifiables des dimensions fondamentales de la gouvernance. Les quatre catégories sont :

● La Sécurité et l’État de droit ;

● La Participation et les Droits humains ;

● Le Développement économique durable,

● Le Développement humain.

En 2008, la Mauritanie avait obtenu une note de 50,8/100 et occupait la 28eme place sur 44 pays. En 2017, la note est tombée à 44,5/100 et son rang a chuté de 13 points pour se retrouver à la 41 place sur 53. A titre de comparaison, le Sénégal est 10eme dans ce classement avec une moyenne de 61,6/100 et le Maroc est 12eme avec une moyenne de 60,1/100.




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Source : Mondafrique
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