02-09-2018 15:51 - L’opposant emprisonné Biram Dah Abeid partage ses entrevues avec le juge d’instruction Mohamed Vadel Limam

L’opposant emprisonné Biram Dah Abeid partage ses entrevues avec le juge d’instruction Mohamed Vadel Limam

Lactuacho - Un courrier parvenu à www.lactuacho.com nous renseigne comment s’est déroulé l’entretien entre le juge d’instruction mauritanien et Biram Dah Abeid.

Cet opposant et candidat aux élections mauritaniennes est emprisonnée suite à des accusations qui se dessinent comme une tentative de mettre hors course un adversaire très connu…

Première entrevue

Le 13 août, le juge d'instruction Mohamed Vadel Limam me fit d'abord avant de m'interroger, un cours sur le régime de démocratie, de justice et de séparation des pouvoirs en vigueur en Mauritanie.

Je lui dis que le ministère public a inventé de toutes pièces le chef d'inculpation : menaces de mort et violence et lui ai fait remarquer qu'à chaque fois que je suis arrêté, depuis 2010 jusqu'à nos jours, le pouvoir invente ces accusations dans le souci de brouiller mon image de militant pacifique.

Le juge réagit en brossant un tableau idéal du pouvoir politique mauritanien et surtout de la bonne conduite du ministère public, du parquet et de la police qui, selon lui, sont des institutions au dessus de tout soupçon et me dit que la garde à vue très prolongée d'une semaine, les privations de sommeil, de visite parentale, de visites de médecins et d'avocats, relèvent de quelque chose de normale dans la procédure;

il a ajouté après mon insistance que la privation de lecture pendant cette longue et pénible semaine dans le cachot de la police comme la privation de bain, de natte comme de couverture ou moustiquaires ne mérite pas d'être posée pour un juge car relevant de banalités et ceux qui posent ce genre de problèmes sont des politiciens qui visent à politiser les dossiers judiciaires et il affirme avec force que chez lui la politisation ne passera pas et considère que le procureur et la police ont très bien fait leur travail et qu' en Mauritanie, le pouvoir politique est totalement neutre dans les affaires de justice comme celle-ci.

Concernant le dossier, Mohamed Vadel Limam m'a posé deux questions et m'a fait une affirmation. La première question : est-ce que tu reconnais les chefs d'inculpations dont t'accuse le parquet? J'ai répondu : non. La deuxième question : est-ce que tu es prêt à demander des excuses à Dedde Abdallah que tu as traité d'agent de la police politique?

J'ai répondu : non et je persiste et signe que Dedde Abdallah est une taupe de la cellule de police politique chargée de s'occuper de Biram Dah Abeid ayant pour mission d'abuser de ma confiance, de provoquer une controverse et de faire un faux témoignage et de fausses déclarations pour donner un minimum de prétexte au régime de Mohamed Ould Abdelaziz que ce dernier utiliserait pour écarter Biram du champ des droits humains et des élections en 2018 et en 2019 et c'est ce qui est entrain d'être réalisé.

L'affirmation du juge: même si tu lui avais demandé des excuses et même si le plaignant retirait sa plainte, moi je t'enverrais en prison et je te dis dés à présent que tu va aller en prison, je t'envoie tout de suite dedans, mais je te conseille de laisser la politique et surtout de laisser cette activité insignifiante que sont les élections, oublie les élections, repose toi et quand Dieu te donne l'occasion de sortir, après avoir demandé des excuses à ce journaliste, occupe toi de ta santé et laisse de côté la politique.

En même temps, il signe le mandat de dépôt en prison pour moi et Abdallahi Hussein Messaoud, un militant d'IRA et nous envoie en prison.

Deuxième entrevue du juge d'instruction Mohamed Vadel ould Limam avec Biram Dah Abeid : Trois jours après son incarcération expéditive, abusive et non sans zèle exacerbé par le juge d'instruction du tribunal de Nouakchott-Sud Mohamed Vadel Ould Limam, ce dernier émet une ordonnance d'extraction pour BDA et son codétenu le militant d'IRA Abdallahi Houssein Messaoud et ce pour une deuxième comparution. Le ministère public met son véto et bloque la procédure d'un juge assis sensé être indépendant et souverain.

Deuxième entrevue

Le mercredi 29 août, le juge arrive brusquement à la prison et veut procéder à l'interrogatoire de Biram Dah Abeid et Abdallahi Houssein Messaoud. Les deux prévenus refusent de s’apprêter aux jeux de questions-réponses auquel le juge aux intentions indicatives et partisanes bien affichées, voudrait se prêter. Les deux détenus arguent que leurs avocats ne sont pas présents ni informés; et eux mêmes sont jetés depuis deux semaines dans un couloir d'une cour exigüe de la prison, sans toit susceptible de les couvrir de la pluie qui tombe de manière récurrente sur Nouakchott en cette période. Ils sont astreints à l'insomnie et au manque de quiétude car ne disposant pas de cellules ou de demeures dans la prison comme beaucoup d'autres prisonniers. La prison civile de Nouakchott étant très largement surpeuplée. Et les détenus d'opinion comme ceux d'IRA sont très souvent visés par les maltraitances en prison comme dans les cachots de police.

Le juge menace de nouveau les deux détenus, leur enjoignant de savoir que la loi leur sera appliquée pour faire justice à un citoyen qui a porté plainte contre eux. Il insiste que le pouvoir politique est neutre et les juges sont indépendants. Biram Dah Abeid prend la parole pour déconstruire les assertions du juge à propos de la neutralité du pouvoir politique et de l'impartialité des juges.

Il lance au juge, vous copiez les contre-vérités du pouvoir que vous prenez comme vérités immuables quand vous jugez ses accusations récurrentes à tous les détenus d'IRA depuis 2010 jusqu'à nos jours : violences, incitations à la violence, à la haine, à la mort, vous avez jugé ces mensonges comme des faits avérés alors qu'il n'en est absolument rien. Aucun fait, minime qu'il soit ne milite pour votre conviction; et seule la volonté de pouvoir de Mohamed Ould Abdelaziz de mettre un terme à l'activisme légal et pacifique d'IRA et de son aile politique, alimente votre volonté et votre acharnement à nous inventer des faits de délit et nous priver de nos libertés tout en nous diffamant dans vos médias et dans vos mosquées.

Nous n'accepterons pas de répondre à vos questions alors que vous ne pouvez même pas cacher vos préjugés inquisiteurs, partisans et insolemment racistes et politiques. Vous savez bien monsieur le juge que votre souci et votre engagement n'est pas pour la vérité et la justice, mais vous êtes animés de la volonté forcenée de punir Biram Dah Abeid et ses partisans pour leur lutte incorruptible contre l''esclavage, le racisme et pour une vraie démocratie et un vrai État de droit en Mauritanie. Donc c'est seulement en présence de nos avocats que vous n'avez pas voulu informer, que nous répondrons à vos questions.

Le juge réplique qu'il n'est pas concerné par la manière dont on nous traite en prison et qu'il s'en fiche pas mal de cette situation même s'il accepte qu'elle est difficile et déplorable. Il ajoute néanmoins qu'il nous met en demeure d'accepter tout de suite l'interrogatoire sinon il va aller en congés et suspendre la procédure dans notre dossier jusqu'à la fin du moi d'octobre 2018 tout en nous gardant en prison. Nous lui avons répliqué que libre à lui de faire l'injustice qui lui sied et que nous, nous maintenons notre position qui consiste à ne parler qu'en la présence de nos avocats.

Alors il a conclu en disant donc restez ici en prison jusqu'à mon retour de congés fin octobre.

Fin de l'entrevue.

Nouakchott, le 01/09/2018

Biram Dah Abeid





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Commentaires (6)

  • bleil (H) 02/09/2018 23:01 X

    La liberté de penser, c'est la liberté pour la pensée que l'on haï ... Quoiqu'on, Birame déranger les tenants du pouvoir despotique qui détruit le pays à petit feu. les médiocres, vulgaires, ignorants et rustres sont accrochés au pouvoir militaire qui leur donne voie au chapitre ! Ce genre de gouvernance despotique n'est plus de mise au 21è siècle et nous avons tous intérêt à arrêter cette farce pour engager notre pays résolument sur la voie du progrès socio-économique ...

  • Thiapato99 (H) 02/09/2018 21:38 X

    hahahha;j ai vu certains commentaires qui disent que Biram est fautif.vous dites du n importe quoi.combien de Gens qui sont faux et fautifs et qui ne sont pas inquiete.on a meme vu le fils d un president qui a tire sur une femme et n a jamais inquiete.ya beaucoup d exemple comme ca en republique entre guillemet Islamique.De toute facon a chaque fois qu ils mettent Biram en prison il devient de plus en plus celebre.ya dans certain pays ils ne connaissent pas le nom du president Mauritanien alors qu ils connaissent celui de Biram.

  • Aichata.Aisha (F) 02/09/2018 21:10 X

    Je viens de lire certains commentaires qui vont contre la candidature de Biram. Cela me fait doucement rire. Sachez qu'une personne se faisant arrêter sur de faux prétexte est une personne qui dérange. Et une personne qui dérange est une personne qui dit la vérité dans un pays où les libertés sont bafoués au profits des plus riches etc... ouvrez les yeux

  • hayerim (H) 02/09/2018 18:51 X

    Quoi que dise Birame, il est à coup sûr fautif parce que tel que nous le connaissons, impulsif et vulgaire, il a sûrement proféré des propos obscènes et racistes à l'encontre du plaignant. En effet, nous avons vu et entendu cet energumène se dire ouvertement raciste et user d'un langage raciste et indigne d'un homme ...tout court à plus forte raison d'un politique. A mon avis, il aurait dû être banni du paysage politique et tout gouvernement qui se respecte doit le remettre fermement à sa place... de corrompu et valet du sionisme. Il ne pèse rien sur l'échiquier politico social et le pays ne sera que mieux sans lui et ses semblables de racistes ... de tout bord.

  • pyranha (H) 02/09/2018 16:43 X

    Et tout ceci au vue et au su de tous ces partis politiques lâches , hypocrites et mesquins .Vous luttez pour la justice pour la démocratie et la paix dites vous ? car la plupart de ces partis cartables ou baluchons portent ces mots dans leur devises ou statuts.Aucune réaction face à ces sauvageries et vous continuez d'amerder AZIZ et pourquoi alors ? Vous ne méritez en réalité qu'un suprême mépris.

  • Ahmedabdallah (H) 02/09/2018 16:19 X

    Cet homme est véritablement un homme CORIACE. Quoique l'on dise dise les opposants au régime dictatorial et criminel du putschiste Mohamed ould Abdel Aziz sont tous des hommes et des femmes de principe immuable et de grande valeur: Mohamed Ould Ghadde, Biram Dah Abeid, Mohamed Ould Bouamatou, Abdallahi Houssein Messoud pour ceux qui ont goûté aux affres de la prison et des privations, mais aussi les Ahmed Ould Daddah, les Jemil Mansour, les Lo Gourmo Abdoul, les Sarr ibrahima Moctar, et tant d'autres ont prouvé qu'ils n'ont jamais été impressionnés par le chef des délinquants Aziz. Si nos militaires hauts gradés pouvaient avoir autant de cran, le cas aziz aurait été reglé depuis belle lurette. Hélas, ce sont nos officiers supérieurs qui ont choisi le camp de la prévarication, ce lui de la corruption au detriment de du camp de l'honneur