25-06-2020 14:30 - Guerre du Sahara: L’Attaque de Bir Guendouz /par Mohamed Lemine Ould Taleb Jeddou

Guerre du Sahara: L’Attaque de Bir Guendouz /par Mohamed Lemine Ould Taleb Jeddou

Le Calame - Arrivé très tôt au matin du 04 novembre1977, un ennemi de 85 véhicules s’est attelé à mettre en place dans la foulée un dispositif d’attaque sur la garnison de Bir Guendouz. Alerté par le bruit des véhicules, le personnel de la petite garnison se met en branle pour assurer la défense du fortin, unique structure affleurant sur le glacis étendu à perte de vue.

Dès 8 heures, après l’avoir encerclé, coupant toutes les voies de retraite et de fuite, l’ennemi concentre toute sa puissance feu sur le fortin. L’escadron réagit par le déclenchement des tirs de mortiers de 81 m/m, de mortier de 60m/m et de l’unique Mit 30 dont il disposait. Le peloton motorisé bloqué à l’intérieur du fortin n’avait plus de possibilités de manœuvre.

Pendant trois bonnes heures, la garnison tiendra tête à la phénoménale puissance de l’ennemi avec ses moyens dérisoires. A plusieurs reprises, l’escadron réussit à faire échec aux assauts ennemis répétés, l’obligeant au repli.

Retranché dans le petit fortin, le petit escadron d’un effectif d’une soixantaine d’hommes commandé par un adjudant continue de résister à l’attaque, en vue de gagner des délais dans l’attente de l’arrivée des renforts.

Alerté par l’Etat-major National, vers 10 heures, des T6 marocains décollent de Dakhla et les unités de la 1ère et 2ème Régions Militaires et reçoivent les ordres de se porter en intervention au profit de la petite garnison, avec une éventuelle interception de l’ennemi au niveau de Legrara, un terrain extrêmement difficile d'accès.

Terrible méprise

Vers 11h30, un élément est envoyé à partir d’Awsred pour ravitailler les unités de la 1èreRégion Militaire, en rupture d’eau.

Vers 12h00 alors que les unités de la 1 RM étaient à 80 kilomètres de Legrara et que le Sous-groupement 21 sortait de la garnison de F’derick, les T6 marocains survolent le fortin de Bir Guendouz et signalent la présence de deux véhicules apparemment endommagés et plusieurs traces de véhicules se dirigeant vers le nord.

Au même moment, deux Defenders quittaient simultanément le Garim et la base aérienne d’Atar, l’un en appui aérien en direction de Bir Guendouz et l’autre en ravitaillement de munitions vers Nouadhibou.

Arrivé sur les lieux de l’attaque à 12h30, le Defender en appui aérien continuera à survoler la zone d’action en renseignant sur l’ennemi et ne quittera la zone qu’à 15 heures trente minutes.

Vers 17 heures, les unités de la 1ère Région Militaire passent juste avant l’ennemi sans s’en rendre compte. L’unité en serre-file se retrouvera face à face avec l’élément d’éclairage ennemi, le croyant un élément ami désorienté.

Réalisant son erreur, l’unité accrochera l’ennemi, puis pendant un certain temps, une confusion régnera dont ce dernier profitera pour contourner les unités et continuer son esquive.

C’est à ce moment précis de flottement et de confusion que le peloton en ravitaillement eau, roulant sur les traces des unités, arrive de la direction où se trouve l’ennemi et sera pris sous le feu ami.

Le chef de peloton, le gendarme de troisième échelon, Diyah Ould Mayouf, secondé par le brigadier de la garde, Mohamed ould Meissara, pense qu’il est tombé dans une embuscade et s’esquive dans la direction opposée qui le mènera vers le véritable ennemi avec qui la patrouille commandée par le chef de peloton engagera un combat héroïque, la patrouille commandée par le brigadier Mohamed Ould Meissara s’étant esquivée.

Avant de succomber, la patrouille neutralisera un véhicule B 10 que l’ennemi, sous la pression des événements, laissera sur place. Lorsque les unités de la 1ère Région Militaire, ayant réalisé la terrible méprise arriveront sur les lieux de l’accrochage de la patrouille avec l’ennemi, elles trouveront les corps de Diyah Ould Mayouf et de son équipage, son véhicule de commandement, la 11/13 d’allègement et le véhicule B 10 ennemi neutralisé.

Avec l’arrivée du crépuscule, les unités camperont sur place et l’ennemi en profitera pour rouler toute la nuit phares éteints pour creuser l’écart. Le Brigadier Mohamed Ould Meissara rentrera deux jours plus tard à Tichla avec sa patrouille au complet.

Extrait de “La Guerre Sans Histoire”



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Commentaires (6)

  • moukhabarat (F) 25/06/2020 19:01 X

    Parmi les erreurs stratégiques de nos militaires de l'époque est de doter les garnisons de peu de moyens pour résister en comptant sur l'envoi de renforts en cas d'attaque. Cette stratégie fait le jeu de l'ennemi dont las stratégie est basée sur les embuscades. Le meilleur exemple est Ain Ben Tilli où nos force (200 dont 100 nouvelles recrues) étaient positionnés en face de l'Algérie sans moyens antichars ni antiaériens alors que la guerre d'octobre de 1973 a révélé l'efficacité de ces moyens (RPG et Sam) aux mains de fantassins avec un petit budget. Nos hommes se sont battus pendant 4 jours comme des lions contre un ennemi 6 fois supérieurs numériquement et disposant de blindés et aucun moyen terrestre ne pouvait les secourir en raison de la crainte des embuscades. Pour reconnaître notre bravoure les prisonniers mauritaniens de cette bataille ont été gardés par l'Armée Algérienne au nord de l'Algérie et jusqu'à la fin des hostilités. Le commandent algérien de cette bataille à trouvé la mort. Le Capitaine Soueydatt qui dirigeait la garnison de Ain Ben Tili est tombé courageusement sur le champ d'honneur.

  • Mamala (F) 25/06/2020 17:03 X

    Que Dieu pardonne à Mokhtar de nous avoir avoir lancé dans cette guerre insensée,qui nous a pris certains de nos meilleurs fils,et a enfoncé encore plus notre pays dans la misère,alors que tout le monde nous prédisait un avenir radieux.

  • analagjar (H) 25/06/2020 16:38 X

    les exploits dans les guerres fratricides ne se célèbrent car au fond il n y a pas d'ennemis mais un mm peuple séparé par des frontières héritées par le colonialisme et acceptées par la communauté internationale. Cette sale guerre a ruiné notre pays et l'a plongé ainsi que toute la sous région dans une instabilité dont nous continuerons à souffrir encore longtemps...Cette guerre nous a été imposée dans un moment où la guerre froide battait son plein et les puissants du monde avançaient leurs pions dans le monde pour augmenter leur influence...Maintenant que nous avons eu la chance de nous en dépêtrer,et sans oublier un pan de notre histoire fut il douloureux, nous devons nous orienter plutôt vers le pardon et la concorde afin de panser toutes les plaies et nous impliquer fortement pour ramener la stabilité et bâtir ainsi pour les générations à venir une ère d'intégration économique régionale entre les peuples frères dans la paix et la prospérité...

  • moukhabarat (F) 25/06/2020 16:05 X

    La Mauritanie a fait cette guerre comme à son habitude avec toute l'improvisation mortelle qui lui va. Mit 30 si je ne me trompe est un fusil mitrailleur léger de calibre 7,62 mm. Qu'ils sont courageux nos soldats.

  • mdmdlemine (H) 25/06/2020 15:02 X

    Nous prions vivement Mohamed Lemine Ould Taleb Jiddou de traduire la Guerre du Sahara en Arabe et dans le pulaar pour permettre au maximum de mauritaniens de connaitre ses héros et d'avoir des informations pertinentes sur ce conflit qui retardé la marche de la Mauritanie de l'avant sous la clarivoyance du Père de la Nation Moktar Daddah

  • mdmdlemine (H) 25/06/2020 14:47 X

    magnifique agréable à lire Le suis sur ma faim pour savoir le déroulement des affrontements mais je suis pris d'émotion par la maitrise de la belle littérature conjuguée à la grande maitrise du jargon militaire écrit dans toute sa grandeur