02-08-2020 18:45 - Mauritanie: un rapport d’une Commission d’enquête parlementaire sur fond de règlement de comptes

Mauritanie: un rapport d’une Commission d’enquête parlementaire sur fond de règlement de comptes

Financial Afrik - En Mauritanie, six mois après la mise en place de la Commission d’enquête parlementaire (CEP) à l’Assemblée nationale pour faire l’inventaire de la décennie Mohamed Abdel Aziz, son rapport a été présenté.

Le parlement a recommandé mardi la transmission des dossiers ne relevant pas de la compétence de la Haute Cour de justice, au ministre de la Justice, pour d’éventuelles poursuites. Vers un enterrement de première classe ? En tout cas ce rapport suscite un certain malaise quant aux méthodes employées pour sélectionner des dossiers et en éliminer d’autres.

C’est l’épilogue d’un feuilleton politico-judiciaire entamé le 30 janvier dernier avec la mise en place de la commission d’enquête parlementaire (CEP) à la demande d’un groupe de députés de l’opposition.

Après six mois d’enquête sur la décennie Aziz, la CEP a remis le 27 juillet son rapport final portant sur pas moins de 96 marchés.

Dans l’intervalle, elle a auditionné une centaine de personnalités dont trois anciens Premiers ministres, plusieurs ex-ministres et hommes d’affaires proches de l’ancien chef de l’Etat, des ministres en exercice sur des dossiers sensibles tels que la vente de domaines publics, l’attribution de marchés publics mais aussi sur de potentielles malversations dans les secteurs du pétrole, de la pêche et du foncier et des détournements de deniers publics.

Nombre des témoins auditionnés auraient indiqué aux enquêteurs avoir agi sur ordre de l’ex-Président Aziz. Convoqué par les députés le 9 juillet, ce dernier ne s’est pas présenté.

Règlements de comptes

Si les députés retiennent les conclusions du rapport, le Parlement enverra vraisemblablement les protagonistes visés par cette enquête devant la justice, mais laquelle ? Haute Cour de justice (HCJ), dont l’institution a été actée le 27 juillet afin de renforcer le contrôle parlementaire sur l’action du gouvernement, ou juridiction ordinaire ? Si la HCJ sera compétente pour juger le président de la République en cas de haute trahison et les membres du gouvernement pour des infractions commises dans l’exercice de leurs fonctions, le sera-t-elle pour un ex-Président ?

Le rapport de 33 pages élaboré par les parlementaires se présente comme une somme d’observations et de conclusions, dont bien des aspects posent question. Dès la mise en place de cette commission, sur fond de règlement de compte politique, il était légitime de s’interroger sur les critères et les motivations ayant présidé au choix des dossiers retenus.

Le 23 juillet, intervenant en séance plénière, le député Mohamed Yahya Ould Kherchi a ainsi assimilé les auditions menées par la CEP à des «règlements des comptes» plus qu’à des investigations et exhorté la commission à remonter plus loin dans le temps. Il a également accusé la Commission d’avoir laissé fuiter dans les médias les informations recueillies, alors qu’elle était tenue à la plus stricte confidentialité.

Deux poids, deux mesures

Alors que la création de cette commission consacre ou, à tout le moins et jusqu’à plus ample informé, voudrait consacrer le divorce entre l’ex-président Aziz et son successeur, difficile de ne pas voir dans cette enquête un droit d’inventaire dont font les frais les dossiers visés dès l’origine ainsi que ceux indexés dans le cadre de l’élargissement des investigations.

S’y ajoutent bien des approximations : durant l’instruction, diverses sources n’avaient-elles pas indiqué que la commission avait eu du mal à situer les responsabilités et la source des informations qu’elle souhaitait exploiter ?

La lecture de ce rapport laisse perplexe. Dans un contexte on ne peut plus politique, on s’attendait à des révélations sur l’ère Aziz, du linge sale, des coups bas. Quelle surprise de découvrir un rapport sans mordant, sans relief, dénué de preuves concrètes et d’éléments à charge en matière de corruption ! Même le projet de Poly Hongdong, directement lié au Groupe Wafa, échappe à un examen approfondi.

Finalement, les seules révélations dignes de ce nom concernent le dossier foncier – notamment les domaines appartenant à la SMIS SARL -, les marchés de la SNIM (l’accord de Fdérick) la vente de foncier de la zone franche de Nouadhibou ou encore le dossier Arise Mauritania où la Commission recommande de renégocier pour un meilleur équilibre entre intérêts privés et intérêts publics.

Voilà tout ce dont a accouché cette enquête qui n’en reste pas moins une première mais à petite portée et donnant l’impression d’avoir évolué entre des lignes rouges bien définies.

Dysfonctionnements administratifs

Au final, on retiendra de l’analyse des douze dossiers couverts par les trois résolutions, de multiples dysfonctionnements de l’appareil administratif d’Etat et l’aveu en creux de la médiocrité de la gestion publique des actifs nationaux, quels que soient les entreprises et les secteurs concernés.

Partout, ses manquements sont épinglés en matière de passation et d’exécution des marchés publics. « Au regard de l’ampleur des irrégularités relevées par la Commission d’Enquête Parlementaire, force est de constater que les contrôles n’ont pas toujours été réalisés, tant par l’Autorité de Régulation des Marchés Publics que par les autres organes comme la Cour des Comptes ou l’Inspection Générale d’Etat, sans que l’on sache exactement les motifs de cette carence », indique ainsi le rapport.

Mais surtout, au-delà de l’énumération des manquements administratifs, aucune réponse n’est apportée à la seule question qui vaille : dans quelle mesure les Mauritaniens ont-ils été spoliés par Aziz et sa cour dont des ministres et hauts responsables en fonction, aux côtés de l’actuel président?

Par Adama WADE





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Commentaires (4)

  • nabuchodonosor (H) 03/08/2020 02:35 X

    Il est regrettable de constater que chaque régime qui vient commence à accuser le précédent de détournements publics, de mauvaise gestion et de haute trahison (de 1978 à 2019). Cette situation peut se résumer par l'échec total de la classe politique qui a géré ce pays depuis 1978 (et même au delà) et qui continue de tirer les ficelles de toute cette mascarade. Il est temps de confier les renes du pays à une nouvelle classe politique qui n'a jamais participé à la gestion de ce pays.

  • bilbassy (H) 02/08/2020 21:47 X

    Règlements de comptes ou inventaire.

    L’article laisse perplexe, la lecture dégage plus un plaidoyer et l’auteur volontairement sème le doute en s’écartant de ce qui caractérise une information de presse, à savoir l’analyse des faits, laissant le lecteur et lui seul juge. Il ne revient pas au journaliste d’orienter l’appréciation du lecteur. Le parti pris est manifeste, cette tentative éhontée de semer le doute, afin que ce doute profite ou absout le ou les accusés.

    En affirmant de façon péremptoire que " La lecture de ce rapport laisse perplexe… on s’attendait à des révélations sur l’ère Aziz, du linge sale, des coups bas. Quelle surprise de découvrir un rapport sans mordant, sans relief, dénué de preuves concrètes et d’éléments à charge en matière de corruption ! Même le projet de Poly Hongdong, directement lié au Groupe Wafa, échappe à un examen approfondi"

    De qui se moque-t-on, avez-vous lu le rapport de la Commission, le rapport des Cabinets, j’en doute, l’article qui se veut très professionnel ne semble pas se rapporter au cas présent, rarement dans ce pays rapport n’a été aussi documenté, consensuel, le tout confirmé, validé par les exécutants et des documents fiables. Un rapport qui s’éloigne des conclusions, rapports copie/coller falsifiés voir d’articles ou d’analyses de presse grassement rémunérés ou comme dit-on ce nombre exponentiel de "Docteur" que renferme ce pays.

    Plus inquiétant, votre tentative d’infantiliser les mauritaniens, en voulant leur faire croire que tout cela est une simple résultante de dysfonctionnements administratifs, alors que l’on parle de corruption avérée, de vols caractérisés, de prévarication de biens commun, de détournements d’objectifs confirmés, de brigandage notoire, de fraude confirmé etc… etc... comme jamais ce pays n’a été dépecé, trituré, humilié, transformé en boutiques, devenu le centre continental du tieup-tieup. Dans nul pays ce phénomène et cette ampleur n’a été identifié, nous sommes la risée de tous et vous venez nous parler de dysfonctionnements administratifs, comme si tout cela n’était pas planifié, organisé avec l’efficacité des organisations mafieuses.

    Les réactions multiples des différents acteurs politiques qui vilipendent ces jours-ci la gabegie comme si eux-mêmes ne s’étaient pas servis durant de longues périodes donne une idée de la profondeur du mal, tous voulant se faire délivrer un brevet d’honorabilité, d’honnêtes citoyens voir de fonctionnaires consciencieux.

    Décidément le ridicule ne tue pas, vous dites "deux poids et deux mesures", drôle de façon d’informer. La faute collective, n’existe pas. Il y’a des fautes individuelles, même dans les fautes commises en bande, chacun des membres répondra en fonction de son degré de participation.

    Il faut avoir le courage de ses opinions dans la présentation des faits.

    Vous dites "… la création de cette commission consacre… le divorce entre l’ex-président Aziz et son successeur, difficile de ne pas voir dans cette enquête un droit d’inventaire…". Bien sûr, les mauritaniens réclament, attendent l’inventaire des actes durant l’exercice d’un pouvoir confié. Les mauritaniens ne sont pas allés chercher quelqu’un pour lui confier la direction de leur pays, mais quelqu’un est venu par effraction confisquer la direction de leur pays, en partant il doit remettre les clés et dire ceux qu’il a fait des biens a lui confiés.

  • hi (H) 02/08/2020 19:34 X

    La Mauritanie est victime de ces faux journalistes, journalistes du ventre vide comme toujours. Comment peut-on parler de règlement de compte et la situation où vit le pays est claire? Le est à genoux et pour longtemps.

  • elhousseinou (H) 02/08/2020 19:34 X

    Pour cette commission la Mauritanie existe depuis une décennie Mais Aziz est serein Ces députés savent que Aziz sait Où étaient ils pendant les 2 mandats Du bruit pour rien, ce qu'a réalisé Aziz en dix ans 7 chefs d État n'ont pu le faire Donc on se calme et on revient à la raison