18-03-2026 15:22 - Militaires maliens prétendument détenus en Mauritanie : récit d'une fausse évasion
RFI-Afrique -- Après de vifs échanges par communiqués interposés, Bamako et Nouakchott déclarent désormais vouloir « renforcer » leur « coopération bilatérale ». La tension semble donc retomber. La Mauritanie a même proposé d'accueillir une commission d'enquête malienne ou de l'AES, après que le Mali a affirmé, dimanche 16 mars, que deux militaires maliens retenus en otages par un groupe terroriste avaient réussi, dans la nuit du 13 au 14 mars, à s'échapper d'un camp de réfugiés en Mauritanie.
Des « accusations » « émises sans la moindre preuve » et « infondées », selon Nouakchott. RFI révélait ce mercredi que les deux militaires maliens étaient en fait détenus au Mali, par les jihadistes du Jnim, et qu'ils avaient été libérés en échange d'une rançon. Récit d'une fausse évasion montée de toutes pièces.
Les deux militaires maliens, qui avaient été enlevés par les jihadistes du Jnim, en octobre 2025, étaient détenus dans la forêt du Wagadou, en territoire malien, à une trentaine de kilomètres de la frontière mauritanienne. Précisément entre les puits de Mahmudene et Mahmoud Moulana, selon certaines indications. La forêt du Wagadou est une zone refuge fréquentée par les groupes jihadistes depuis une quinzaine d'année.
Selon les informations recueillies par RFI auprès de sources sécuritaires maliennes et mauritaniennes, ainsi que de notabilités locales de part et d'autre de la frontière, les deux soldats otages n'ont pas réussi à s'échapper : ils ont été libérés par leurs ravisseurs, en échange d'une rançon.
5 à 15 millions versés par les familles
Les jihadistes du Jnim ont eux-mêmes sollicité les familles des otages, via des intermédiaires locaux, pour obtenir le versement de cette rançon, dont le montant varie selon les sources : 5 millions de francs CFA pour les deux militaires et pour le préfet de Dioïla - autre otage malien détenu par le Jnim dans le centre du Mali et libéré au cours de la même séquence -, selon certaines sources. D'autres avancent plutôt le chiffre de 15 millions, 9 millions pour le Jnim, 6 millions pour les intermédiaires.
Évasion, prouesse et coïncidence
Le communiqué de l'armée malienne diffusé dimanche dernier affirmait que les deux militaires et le préfet de Dioïla avaient tous réussi à échapper à leurs ravisseurs, au même moment, dans des zones différentes. Une prouesse et une coïncidence qui avaient laissé perplexes de nombreux observateurs.
Les sources jointes par RFI décrivent ensuite « une évasion simulée » : les deux militaires sont conduits à proximité de L'Mahale, non loin du poste frontière de Fassala, côté mauritanien.
Une zone qui accueille de nombreux réfugiés maliens, sans constituer un camp organisé à proprement parler. C'est là qu'un « facilitateur » à moto récupère les deux hommes pour les remettre à l'armée malienne, qui indique les avoir finalement pris en charge à Goundam, dans la région de Tombouctou.
Sollicités par RFI, ni l'armée malienne, ni le ministère malien des Affaires étrangères n'ont donné suite.
Par :
David Baché
