05-05-2026 09:54 - Entretien avec Youcef Ghazi, président du Conseil d'affaires algéro-mauritanien à Horizons
HORIZONS - Youcef El Ghazi, président du Conseil d’affaires algéro-mauritanien, considère la Foire «un levier stratégique pour accélérer la coopération économique algéro-mauritanienne».
À travers la Foire de Nouakchott, l’Algérie et la Mauritanie franchissent une nouvelle étape dans la consolidation de leurs relations économiques. Véritable passerelle entre la volonté politique et l’action concrète, cet événement s’impose comme un catalyseur de partenariats, de contrats et de projets communs.
Entretien réalisé par Samira Sidhoum.
Quel enjeu stratégique représente la Foire de Nouakchott?
Présenté comme une véritable passerelle entre la volonté politique et l’action économique, le Salon s’impose désormais comme un levier stratégique au service du rapprochement entre l’Algérie et la Mauritanie. Il dépasse sa dimension événementielle pour traduire une ambition claire : transformer des orientations politiques en projets concrets, porteurs de valeur et de croissance partagée.
L’objectif n’est plus seulement d’entretenir des liens traditionnels, mais de les hisser à un niveau économique supérieur, en phase avec les défis actuels et les opportunités régionales. Dans cette dynamique, le Salon a joué un rôle central en facilitant la rencontre directe entre les opérateurs économiques des deux rives. Sur le plan stratégique, l’événement agit comme un catalyseur de projets communs, ouvrant la voie à des partenariats réels, à la signature de contrats et à l’émergence d’initiatives économiques conjointes.
L’ambition affichée est de faire du rapprochement algéro-mauritanien un modèle de coopération pragmatique, fondé sur des intérêts mutuels et des résultats tangibles. Les perspectives qui en découlent sont jugées prometteuses, dans la mesure où le Salon renforce les échanges directs et crée un environnement propice à la collaboration, contribuant ainsi à installer durablement l’idée que la coopération économique est un choix stratégique orienté vers la concrétisation de projets structurants et durables.
Quels secteurs algériens ont le plus de potentiel en Mauritanie?
Plusieurs intervenants estiment que le marché mauritanien recèle encore d’importantes marges de développement et n’est pas pleinement exploité. Des perspectives prometteuses ont été relevées, notamment dans des segments encore insuffisamment investis.
Dans ce contexte, les secteurs de l’agriculture et des produits agricoles présentent des similitudes structurelles avec celui des équipements agricoles, ouvrant la voie à des synergies et des complémentarités. Une évolution notable du profil des exposants a également été observée, avec une diversification croissante vers des produits à plus forte valeur ajoutée, tels que les dérivés pétroliers, les matières plastiques, les produits chimiques et les cosmétiques.
Les entreprises algériennes sont-elles prêtes à exporter davantage ?
Le paysage des services connaît une diversification notable, marquée par la participation de plus de 30 start-up venues présenter des produits destinés à l’exportation. L’événement a également mis en lumière la présence de cliniques et d’établissements spécialisés dans le tourisme médical, à l’image de la clinique The Clinic, illustrant une dynamique en plein essor. Les organisateurs ont souligné la diversité des secteurs représentés, traduisant une ouverture vers de nouveaux domaines au-delà de la santé, incluant également des équipements de loisirs, des dispositifs électroniques et d’autres produits innovants, révélant un écosystème en mutation.
Quels obstacles freinent encore les échanges bilatéraux?
Des entreprises algériennes cherchent aujourd’hui de nouveaux espaces commerciaux afin de soutenir leur expansion et diversifier leurs débouchés. Cette dynamique vise, notamment, à écouler les stocks, les surplus de production et les excédents industriels. Au-delà de l’exportation, ces opérateurs cherchent à mieux comprendre les besoins des marchés ciblés afin d’adapter leur offre et d’optimiser l’orientation des exportations.
L’objectif est de structurer une stratégie nationale d’investissement fondée sur la correspondance entre capacités de production et demandes internationales. Cette approche s’appuie sur la constitution de cartographies de marché pour identifier les secteurs prioritaires et orienter les choix industriels futurs. Certaines entreprises s’inscrivent aussi dans une logique de par¬tenariats intégrés, associant exportation de matières premières et création d’unités de transformation locales, afin de renforcer la valeur ajoutée nationale et le tissu industriel.
Les autorités des deux pays travaillent parallèlement à lever les obstacles qui freinent les échanges, notamment à travers la simplification des procédures douanières et administratives. Une attention particulière est accordée au volet douanier, avec la référence à un accord préférentiel encadrant certains échanges entre la Mauritanie et l’Algérie. L’objectif est de supprimer progressivement les entraves administratives, avec la mise en place de mécanismes simplifiés et d’exonérations temporaires dans un cadre différencié.
La coordination entre administrations douanières est jugée essentielle pour définir les modalités de mise en œuvre et un calendrier précis. Un accord préférentiel à géométrie ciblée est également envisagé, portant sur des produits spécifiques échangés selon les besoins des deux marchés. Une liste de produits prioritaires devrait être arrêtée, incluant notamment les besoins sanitaires, les fruits et légumes et les engrais, avec des taux préférentiels et des mécanismes de contrôle adaptés.
Les secteurs concernés incluent les industries agroalimentaires et agricoles, les matériaux de construction, le ciment et le fer, ainsi que le secteur pharmaceutique et les équipements médicaux. S’y ajoutent les industries électroménagères et électroniques, l’énergie et les services énergétiques, le textile et le cuir, ainsi que les services bancaires, la logistique, les start-up et les solutions numériques. L’objectif est que cette diversité de l’offre économique rencontre une demande réelle du côté mauritanien, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles opportunités de coopération économique.
Quel rôle joue le Conseil d’affaires dans cette dynamique?
Le Conseil des affaires algérien identifie des partenariats structurants et organise des rencontres B2B avant et pendant les Salons économiques afin de favoriser le rapprochement entre opérateurs et maximiser la concrétisation des projets.
Cette démarche vise à transformer les contacts en accords opérationnels avec des délais d’exécution clairement définis. Un suivi régulier est assuré après les événements, souvent de manière mensuelle pour les dossiers prioritaires, afin de garantir la mise en œuvre effective des engagements.
Le Conseil accompagne également les investisseurs avant, pendant et après les manifestations économiques, tout en recueillant les difficultés rencontrées pour les transmettre aux autorités publiques. Cette remontée d’informations contribue à lever les obstacles et à fluidifier la mise en œuvre des projets d’investissement.
S. S.
