06-05-2026 18:47 - Zone France de Nouadhibou : Peut-elle encore renaitre de ses cendres ?
La Dépêche -- Le président de l’Autorité de la Zone franche de Nouadhibou, Diagana Issagha, a présidé mardi soir, à Nouadhibou, la cérémonie de clôture d’un atelier d’orientation placé sous le thème : « Pour un nouveau départ de la Zone franche de Nouadhibou ».
Cet atelier aurait constitué une occasion importante pour dresser un diagnostic approfondi et débattre des principales difficultés auxquelles la zone est confrontée. Les rapports présentés à l’issue des travaux auraient ainsi mis en évidence les nombreux défis qui continuent d’entraver son développement.
Dans son intervention, le président a insisté sur l’importance du nouveau cadre législatif, conçu comme une réforme globale. Selon lui, moyennant certaines adaptations, ce dispositif pourrait devenir un levier efficace pour relancer l’activité économique et dynamiser des secteurs prioritaires tels que la pêche, les mines et l’énergie.
En filigrane, le constat est celui d’un échec (un détournement) relatif de la première phase de mise en œuvre de la Zone franche de Nouadhibou. Malgré les espoirs suscités lors de son lancement, en effet, des pratiques de gestion personnalisée, souvent orientées vers des intérêts particuliers, ont progressivement pris le pas sur les ambitions initiales.
La mauvaise gestion des ressources, notamment foncières, ainsi que le laxisme et le favoritisme dans le recrutement de la ressource humaine, ont contribué à affaiblir le projet et ajourner son réel impact.
Dans ce contexte, une réforme s’imposait pour corriger les dérives et redresser la trajectoire. La zone franche avait besoin d’un véritable assainissement. Cette dynamique de redressement intervient au moment où Diagana Issagha en a pris la direction, il y a peu de temps. Y réussira-t-il ?
Il reste néanmoins indéniable que la Zone franche de Nouadhibou conserve un potentiel stratégique majeur pour le développement de la ville et du pays. Toutefois, ce potentiel a été progressivement érodé, certains responsables s’étant principalement concentrés sur les avantages fiscaux liés à son statut, au détriment d’une vision de développement durable.
C’est dans cette optique de correction que l’Etat a adoptée la loi n° 2024-030, visant à réorganiser et réorienter la gestion de la zone. Cette réforme place la gouvernance au cœur des priorités, tout en introduisant une exigence accrue d’efficacité économique.
La question centrale aujourd’hui est donc la suivante : comment cette réforme permettra-t-elle de remettre la zone sur les rails ? Cette interrogation était au cœur de l’atelier dont l’ouverture a été présidée par le ministre de l’Industrie et des Mines, Dy Ould Zein, venu marquer le lancement de cette nouvelle orientation.
Parmi les facteurs susceptibles de garantir le succès de cette réforme figure le renforcement du rôle de la Présidence de la République, point d’ancrage institutionnel de la zone. Activation de ce rattachement pourrait insuffler une nouvelle dynamique et accélérer la mise en œuvre des décisions.
D’autres mesures portent également sur une meilleure coordination entre les différentes administrations, afin de dépasser les conflits de compétences, notamment avec la commune qui parfois estime que la ZNF empiète sur ses prérogatives régaliennes.
La simplification et la transparence des procédures constituent également un axe majeur. Il convient toutefois de rappeler que la rapidité d’exécution ne doit pas se faire au détriment de la rigueur. L’objectif est de favoriser des décisions efficaces dans un environnement des affaires sécurisé, soutenu par un cadre réglementaire clair et aligné sur les standards internationaux.
Au-delà des incitations fiscales, la réforme ambitionne de transformer la zone franche en un véritable pôle industriel intégré. En améliorant la gouvernance et en encourageant l’industrialisation, elle vise à renforcer l’efficacité économique, stimuler les exportations, créer des emplois et accroître les recettes fiscales.
Mais le succès de cette réforme dépendra indéniablement et avant tout de sa mise en œuvre effective, ainsi que de la capacité à mettre fin aux pratiques de gestion anarchiques du passé. C’est à ce prix que la Zone franche de Nouadhibou pourra espérer un véritable redécollage ou chercher dès à présent une autre bouée de sauvetage face à un naufrage éventuel.
JD
