02-06-2026 20:16 - Migration circulaire : l’Espagne et la Mauritanie veulent élargir les voies légales de mobilité professionnelle
Le Quotidien de Nouakchott -- L’Espagne et la Mauritanie poursuivent le renforcement de leur coopération en matière de migration légale et de mobilité professionnelle.
Une délégation du ministère espagnol de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, conduite par le directeur général de la Gestion des migrations, Santiago Yerga, effectue actuellement une visite de travail à Nouakchott afin d’évaluer les premiers résultats du programme pilote de migration circulaire entre les deux pays et d’explorer de nouvelles perspectives de coopération.
Cette visite intervient dans un contexte où les questions migratoires occupent une place centrale dans les relations entre l’Europe et les pays du Sahel. Contrairement à une approche exclusivement sécuritaire souvent privilégiée dans les débats européens sur l’immigration, Madrid semble vouloir miser davantage sur des mécanismes encadrés de mobilité de travail, présentés comme une alternative à la migration irrégulière.
Au cours de son séjour, la délégation espagnole a multiplié les rencontres avec plusieurs départements ministériels mauritaniens, notamment les ministères des Affaires étrangères, de l’Autonomisation des jeunes, de la Fonction publique, ainsi que ceux de l’Agriculture et de l’Action sociale.
Ces échanges ont permis de dresser un premier bilan du programme pilote lancé après la première Réunion de Haut Niveau entre les gouvernements mauritanien et espagnol.
Selon les informations communiquées par l’ambassade d’Espagne, cinquante travailleurs mauritaniens ont participé à la campagne agricole espagnole de 2026 dans le cadre du programme GECCO (Gestion collective des recrutements en origine). Les autorités des deux pays estiment que cette première expérience a donné des résultats « très positifs », ouvrant ainsi la voie à une possible extension du dispositif lors des prochaines campagnes agricoles.
Derrière ces chiffres encore modestes se dessine cependant un enjeu plus large : celui de la création de voies régulières de migration susceptibles de répondre à la fois aux besoins de main-d’œuvre de certains secteurs européens et aux difficultés d’emploi auxquelles font face de nombreux jeunes mauritaniens.
La visite espagnole a également donné lieu à une réunion de coordination à l’ambassade d’Espagne à Nouakchott réunissant des représentants des institutions mauritaniennes, de l’Union européenne et de partenaires internationaux afin de renforcer la coopération en matière d’emploi, de formation et de mobilité professionnelle.
Parallèlement, un atelier consacré à la migration circulaire dans le secteur agricole a été organisé dans le cadre du projet WAFIRA II, coordonné par le Secrétariat d’État espagnol aux Migrations et l’Organisation internationale du travail (OIT), en partenariat avec le ministère mauritanien de l’Action sociale et l’agence TECHGHIL.
Ce programme, financé par l’Union européenne à travers le Migration Partnership Facility, cible particulièrement les femmes travailleuses saisonnières. Il prévoit des formations en entrepreneuriat, employabilité et éducation financière, tout en renforçant les capacités institutionnelles des pays partenaires.
Les responsables des deux pays souhaitent désormais réfléchir à l’adaptation de ce modèle au contexte mauritanien et jeter les bases d’une future feuille de route commune.
Au-delà des annonces officielles, cette coopération illustre aussi l’évolution progressive de la stratégie migratoire européenne dans la région. Face aux limites des politiques purement répressives, plusieurs pays européens cherchent désormais à associer contrôle des flux, partenariats économiques et programmes de mobilité encadrée.
Reste toutefois une question essentielle : ces dispositifs pourront-ils réellement offrir des perspectives durables à une jeunesse mauritanienne confrontée au chômage et à la précarité, ou demeureront-ils des programmes pilotes à portée symbolique limitée ? Pour l’heure, les autorités espagnoles et mauritaniennes affichent leur volonté d’approfondir un partenariat présenté comme fondé sur la migration légale, la coopération institutionnelle et la création d’opportunités économiques durables.
