22-06-2026 08:29 - SOS-Pour le respect du droit parlementaire de l’opposition en Mauritanie

SOS-Pour le respect du droit parlementaire de l’opposition en Mauritanie

PRESSENZA - Face à l’inquiétante montée des atteintes aux droits fondamentaux en Mauritanie, notamment à l’encontre des élus dans un régime se réclamant démocratique, Pressenza publie cette lettre ouverte à l’adresse de tous les élus, nationaux et internationaux.

« Chers élus, honorables parlementaires de tout bord politique dans le monde entier, je vous écris ce courrier en toute urgence absolue sur la situation catastrophique de deux parlementaires mauritaniennes issues de la communauté des victimes de l’esclavage arabo-berbère.

Leur seul tort est d’avoir dénoncé l’esclavage et toutes les formes discriminatoires qui sévissent sur la communauté Haratine mais également sur les autres ethnies noires qui sont : Haalpoular, Soninké et Wolof. C’est important de rappeler que les Haratines, seuls, représentent plus la moitié de la population Mauritanienne.

Les enlèvements de ces deux députées abolitionnistes Mariem Mint Cheikh et Ghamou Achour, des figures emblématiques dans la lutte pour les droits humains et la dignité des populations autochtones, d’ascendance africaine, historiquement esclavagisées. Ces deux députées ont été enlevées chez elles à partir de 23h, en dehors des heures légales dans les nuits entre le 9 et 11 avril 2026. L’une d’elle Mariem Mint Cheikh allaite un bébé de trois mois, emmené avec elle dans son nouveau cachot de détention.

Cet acte grave a été commis par des éléments lourdement armés et encagoulés, agissant au nom de la police politique du général putschiste et dictateur Mohamed Ghazouani. L’enlèvement de Mariem et son enfant, intervient dans un climat marqué par l’essor des relations diplomatiques et économiques entre l’Union Européenne et le régime de la dictature raciste et esclavagiste de Ghazouani.

Cet essor est concomitant à la forte recrudescence des violences policières et atteintes en règle aux libertés publiques visant les voix abolitionnistes et les défenseurs des droits humains.

Au nom de la sous-traitance d’une lutte implacable contre l’immigration illégale, l’union européenne est-elle prête à couvrir un régime qui emprisonne des élus sur la base de lois liberticides ? Doit-on combattre l’immigration en acceptant de détruire toute forme de démocratie en Mauritanie et dans le Sahel ?

Les enlèvements ont eu lieu après le direct Facebook au cours duquel les députées avaient dénoncé courageusement et avec beaucoup de responsabilité les discriminations systémiques et les violations des droits humains subies par les militants des droits de l’homme et les acteurs abolitionnistes issus de la communauté Haratine, historiquement victimes d’esclavage et la marginalisation.

Elles y avaient également dénoncé le traitement dégradant et les conditions de détention des femmes détenues issues de la communauté Haratine, citant notamment le cas de la journaliste abolitionniste Warda Ahmed Souleymane, enceinte, malade et incarcérée sous un très sévère régime carcéral.

Les cas de deux lanceuses d’alerte, Lalla Vatma et Rachida Saleck, la première malade de rhumatisme et hypertension et toutes les deux sévèrement incarcérées et diabolisées par une campagne de presse officielle pour avoir alerté les défenseurs sur le calvaire d’une fillette noire(Haratine), âgée de 11 années, détenue et exploitée comme esclave par une famille arabo-berbère dans la capitale Nouakchott.

Je rappelle à tous les élus du monde entier que Mariem Mint Cheikh et Ghamou Achour bénéficient de l’immunité parlementaire, garantie par la constitution Mauritanienne régissant la fonction de député, ce qui rend tout acte de privation de liberté à son encontre, en dehors de toute procédure régulière, légale et transparente, particulièrement grave et attentatoire à l’État de droit et la démocratie.

Je dénonce cette traque systématique de militantes et militants anti-esclavagistes en Mauritanie, des lanceuses et lanceurs d’alerte, ainsi que des représentants des populations affectées par l’héritage de l’esclavage et du racisme d’état auprès des parlementaires du monde entier en vous priant d’intervenir urgemment pour rehausser l’image de la démocratie, la liberté d’expression, d’opinion, les libertés collectives et individuelles.

J’informe l’opinion nationale et internationale que la ségrégation raciale, sociale et linguistique, est une donnée fondamentale et désormais décomplexée en Mauritanie. On a recensé un grand nombre de cas impliquant des femmes appartenant aux groupes dominants, reconnues coupables de crimes liés à l’esclavage ou à l’exploitation de mineures et condamnées à des peines de prison ferme, sans qu’elles ne soient pour autant incarcérées; les juges tribaux, suprématistes et négrophobes, refusent d’appliquer les peines prévues pour l’esclavage sur les femmes et les hommes de la communauté arabo-Berbère. Mais paradoxalement, ils envoient les militantes et militants anti-esclavagistes en prison, avec une facilité et un bâclage déconcertant de procédures, tout en durcissant leur régime carcéral.

Je demande une réaction ferme et urgente de tous les élus à l’égard de la République Islamique de Mauritanie qui est en train de piétiner toutes les règles démocratiques . La démocratie ne devrait pas être un rêve mais une réalité en Mauritanie.

En vous remerciant d’avance. »

Diko Hanoune/ militant Abolitionniste de l’esclavage en Mauritanie.

Membre de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E)





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Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 22/06/2026 09:15 X

    Construction de la légitimation et de la sécurisation du 3ᵉ mandat : main de velours et sortie de prison pour des assassins ; prise de fer pour 2 députées mal élevées. Ceci est censé être l'alternative aux achats par paquet de 30 millions d’euros environ, de certaines contestations dans le pays. Les élections pour le 3ᵉ mandat seront ce qu’elles seront, mais au moins avec des gens tempérés. La légitimation du 3ᵉ mandat est une construction concrète. Elle n’est pas faite pour les phraseurs faiseurs de monde. On n'a pas encore vu les actes de déconstruction.