12-07-2026 21:02 - Affaire des députées : Baba Saïd et Ould Jeilani se répondent

Affaire des députées : Baba Saïd et Ould Jeilani se répondent

SHEMS MAARIF - Le débat suscité par la condamnation des députées Mariem Cheikh Samba Dieng et Ghamou Achour Salem a donné lieu à un échange public entre Mohamed Baba Saïd et Mohamed Abbé Ould Sidi Ould Jeilani, deux hommes qui ont partagé, par le passé, de longues années de lutte politique contre l’autoritarisme et pour les libertés. Aujourd’hui, les anciens compagnons de combat défendent des positions diamétralement opposées sur cette affaire.

Dans une tribune au ton offensif, Mohamed Baba Saïd dénonce une décision judiciaire qu’il assimile à un retour du délit de lèse-majesté. Selon lui, la condamnation des deux parlementaires, notamment la peine de cinq ans de privation de leurs droits civils et politiques, constitue une atteinte grave aux libertés publiques.

Il affirme qu’en République, aucun responsable, y compris le président de la République, ne doit être soustrait à la critique. En signe de solidarité avec les deux députées, il reprend volontairement l’expression qui leur est reprochée et invite les défenseurs de la démocratie à faire de même.

Cette position est fermement contestée par Mohamed Abbé Ould Sidi Ould Jeilani, qui rappelle le long parcours militant qu’il a partagé avec Mohamed Baba Saïd avant d’exprimer son désaccord. Selon lui, la liberté d’expression ne peut en aucun cas être confondue avec l’injure publique.

Pour Mohamed Abbé Ould Sidi Ould Jeilani, la critique politique est pleinement légitime lorsqu’elle vise les politiques publiques ou l’action du gouvernement. En revanche, les insultes, les outrages et les propos dégradants relèvent d’infractions prévues par la loi et ne sauraient être assimilés à de simples opinions politiques.

Il soutient également que les poursuites engagées contre les deux députées reposent sur les lois en vigueur de la République, notamment celles protégeant les symboles de l’État, et non sur une quelconque volonté de sacraliser le chef de l’État. À ses yeux, le passé militant des deux parlementaires ne leur confère aucune immunité juridique les autorisant à tenir des propos injurieux.

Cet échange entre deux figures ayant longtemps marché côte à côte illustre un profond désaccord sur les frontières entre liberté d’expression et responsabilité pénale.

Là où Mohamed Baba Saïd voit une dérive liberticide, Mohamed Abbé Ould Sidi Ould Jeilani estime que le respect de l’État de droit impose de distinguer la critique politique, protégée, de l’injure, réprimée par la loi.





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Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 13/07/2026 00:16 X

    Sauf à confondre un régime politique avec les vertus qui en sont attendues ou escomptées, le problème fondamental du jugement était la privation des droits civiques et non le caractère, évidemment excessif, de la peine de prison. Le malentendu vient d’un texte de loi qui a fourché et d’un juge irréfléchi ou corrompu par ses besoins de carrière. Le chef d’État d’une république n’est ni symbole de la nation ni celui de l’État mais une figure symbolique de la République. Le statut personnel des citoyens est consubstantiel à la République ; la façon dont on le traite affecte pareillement la nature de la République. Le respect du statut personnel citoyen est tout aussi organique que celui de la personne du président. L’un ne peut pas être dégradé à la légère pour défendre l’autre. M. Baba Said le remarque bien : la facilité à déchoir les personnes de facultés liées à leur statut personnel renvoie à une réalité de régime monarchique. M. Ould Jelani voit mieux, lorsqu’il relève que les insultes, les outrages et les propos dégradants ne sont pas des critiques mais bien des faits dérogeant à la loi. La tentation de passer de la république à une monarchie peut avoir autant de bien-fondés que l’inverse. Le principe est que les monarchistes militent dans une république en respectant ses règles ou se déterminent pour la révolution et inversement. Mais incarner la République d’une manière ou d’une autre et faire monarchique, cela s’appelle tricher….. Au moment où j’écris ces lignes, les deux députées outrancières ont été graciées. Trop vite à mon goût, si le jugement n’avait pas touché à leur statut personnel de citoyennes, dans un pays tout juste sorti de la féodalité.