19-07-2026 13:56 - Editorial : IRA change-t-il de cap avec l’abandon de la violence verbale ?
INITIATIVES NEWS - La dernière sortie de Birame Dah Abeid fustigeant le lynchage médiatique dirigé par l’un de ses lieutenants contre l’épouse du ministre de la justice, constitue un tournant dans l’histoire du mouvement IRA.
En effet, non seulement le responsable de l’émigration au sein du mouvement, fautif, a été limogé mais Birame a présenté ses excuses à la femme du ministre et a solennellement mis en garde ses troupes contre de telles dérives verbales.
Curieux quand on sait que jusque-là , cette violence verbale a toujours constitué les choux gras du leader du mouvement IRA et de ses adeptes. Et les deux députés du mouvement fraichement sortis de prison en faveur d’une grâce présidentielle avaient été envoyés au bagne à cause de propos jugées insultants pour le président de la République.
Reste à savoir qu’est ce qui explique ce revirement somme toute spectaculaire et pourquoi maintenant, à ce moment précis, à la veille de l’ouverture du dialogue national ?
S’agit-il d’un signe de bonne volonté et d’un virage à 180 degrés qui permettra à Birame de prendre le train en marche ?
Il s’agit en tout cas d’un bon signe qui doit être apprécié à sa juste valeur par le pouvoir.
Quoiqu’il en soit, cette nouvelle orientation, si jamais elle se confirmait va renforcer davantage le mouvement IRA qui continue à être rejeté par des pans entiers de la société à cause de son discours qui est d’une crudité déconcertante.
Tout dépendra de Birame lui-même habitué à dire les choses sans mettre de gants. Ses sorties intempestives contre les dirigeants du régime n’arrangent rien et lui valent une haine viscérale de la part de certains ennemis jurés de la classe dirigeante.
Lancé au tout début du siècle dernier par le député Birame Dah Abeid, le mouvement IRA qui s’est fixé pour mission de lutter contre l’esclavage et ses séquelles en Mauritanie s’est très vite frayé un chemin et occupé une place de choix dans le paysage droit de l’homiste national.
Cette entrée en force qui a coïncidé avec la période de la transition de 2005 ,qui a débouché sur une alternance politique majeure et l’instauration d’un régime civil, s’est déroulée sous le leadership de Birame Dah Abeid qui a réussi à ravir la vedette à tous ses prédécesseurs dans la lutte contre l’esclavage et a fini par investir le champ politique brulant là aussi la politesse à tous les leaders de l’opposition.
Son secret, un discours cru, mettant le doigt sur les dures réalités des victimes de l’esclavage, un discours d’une violence verbale inouïe qui finira par faire des émules et porter ses fruits.
Birame tirait sur tout ce qui bouge : dirigeants politiques, chefs religieux, notabilités féodales…
Plus grave encore, ce discours est mal compris et d’aucuns estimaient qu’il était dirigé contre une communauté.
Cette accusation de dérive raciale savamment instrumentalisée par des cercles du pouvoir et des politiciens de tout bord, continue encore à discréditer le mouvement IRA aux yeux d’une partie de l’opinion.
De ce fait, la nouvelle orientation annoncée par le député Birame Dah Abeid est une très bonne chose.
En effet, dorénavant, il y va de son intérêt et dans l’intérêt du pays d’adopter une posture plus ouverte et plus conciliante.
Cela va dans le sens de l’apaisement dont le pays a tant besoin surtout à la veille de l’échéance capitale de l’alternance au pouvoir.
Du côté du pouvoir, il est aussi grand temps de regarder la réalité en face et de reconnaitre que Birame devient incontournable. Il fait partie de l’équation et de la solution, et il est impératif de composer avec lui pour éviter au pays un glissement vers l’instabilité et le chaos.
Des concessions s’imposent de part et d’autre, pour l’intérêt du pays.
Bakari Gueye
