19-07-2026 23:10 - La SNIM à l’épreuve de Simandou et de l’acier bas carbone
La montée en puissance de Simandou, vaste projet guinéen appelé à devenir l’un des premiers pôles mondiaux de minerai à haute teneur, va rapidement bouleverser les équilibres du marché du fer. L’offre supplémentaire pèsera sur les prix et avantagera les producteurs capables de fournir un minerai riche, constant et adapté aux nouvelles spécifications de la sidérurgie bas carbone, qui s’impose comme le nouveau standard du secteur.
La SNIM possède des atouts réels — expérience minière, circuit intégré de l’extraction au port, maîtrise ferroviaire et ancrage dans l’économie nationale — mais sa compétitivité future ne reposera pas sur ces seuls acquis.
Dans un environnement plus concurrentiel et plus exigeant, elle devra agir sur la qualité du minerai, la maîtrise des coûts, la fiabilité logistique et l’empreinte carbone. Or, sur ces fronts, des handicaps structurels demeurent.
L’outil de production est vieillissant : équipements et installations de traitement pâtissent d’un retard de maintenance et de modernisation qui affecte directement les rendements et les teneurs livrées. Parallèlement, le monopole ferroviaire sur la ligne Zouérate-Nouadhibou limite l’accès à d’autres gisements de la région, freine l’arrivée d’opérateurs privés et prive le pays d’une concurrence susceptible de stimuler l’investissement et l’innovation.
À cela s’ajoute le développement de Ghar Djebilet, important gisement situé en Algérie, à proximité de la frontière mauritanienne. Les autorités algériennes ont construit leur propre infrastructure ferroviaire pour acheminer le minerai vers leur réseau industriel national. Ce projet constitue un signal stratégique pour la Mauritanie : les ressources minières de la région sont désormais activement mises en valeur, tandis que certains gisements du nord mauritanien restent insuffisamment explorés ou contraints par l’accès aux infrastructures.
Face à ces blocages, la stratégie ne saurait se réduire à la défense des positions héritées. Elle exige une modernisation rapide des procédés d’enrichissement, une réforme de l’accès au réseau ferroviaire afin d’ouvrir la zone de Zouérate aux investisseurs extérieurs, ainsi qu’une politique active d’exploration et de valorisation des ressources minières du nord du pays. Surtout, elle doit viser une montée en gamme par la transformation locale, seule à même de réduire la dépendance de la Mauritanie aux exportations de minerai brut.
C’est précisément l’ambition du Green Iron Project, première phase industrielle du projet Nour. Celui-ci repose sur l’hydrogène vert pour transformer localement le minerai de la SNIM en fer à réduction directe. Nour s’étend sur deux zones totalisant environ 5 000 km² et pourrait atteindre, à terme, une capacité d’électrolyse de 10 GW. Sa première tranche prévoit 3 GW d’énergies renouvelables, 1,6 GW d’électrolyse et une production annuelle d’environ 147 000 tonnes d’hydrogène vert.
L’exemple du Maroc, qui a structuré une offre nationale dédiée à l’hydrogène vert et engagé plusieurs projets industriels de grande ampleur, montre l’avance que procure une stratégie publique claire ; Chariot Energy y a elle-même acquis une première expérience à travers des projets pilotes menés avec l’Université Mohammed VI Polytechnique et Oort Energy.
Chariot Energy apparaît comme le partenaire le plus avancé, grâce à un engagement soutenu dans la durée, à la réalisation d’études approfondies et à sa contribution active à la structuration des partenariats, malgré un contexte international moins favorable à l’hydrogène. L’appui de TE H2, coentreprise entre TotalEnergies et EREN Group, renforce sa capacité à mobiliser les compétences industrielles et financières nécessaires. La décision finale d’investissement du Green Iron Project est attendue prochainement, et ce projet pourrait préfigurer le développement ultérieur de Nour.
Le consortium pressenti associerait Chariot Energy, la SNIM, Nour et HyIron, ce dernier apportant le retour d’expérience du projet namibien Oshivela, première installation africaine de fer à très faible empreinte carbone. Sa technologie modulaire, alimentée par des énergies renouvelables, supprime certaines étapes conventionnelles, notamment la pelletisation, et réduit fortement les besoins en eau du processus de réduction, tout en permettant d’obtenir un produit de haute pureté. Un pilote industriel devra démontrer la viabilité technique et économique de la filière, mobiliser les financements et préparer le passage à l’échelle industrielle.
Mais l’enjeu dépasse largement la seule SNIM. Nour doit devenir le socle d’une filière mauritanienne intégrée, associant hydrogène vert, valorisation du minerai et production d’acier bas carbone. Pour y parvenir, il ne suffira pas de lancer des projets prometteurs. Si la vétusté des équipements, le verrou ferroviaire et le retard dans l’exploration des ressources minières nationales persistent, ces ambitions se heurteront rapidement à leurs limites.
Simandou n’attend pas. La Mauritanie a le choix : rester exposée à la volatilité du minerai brut ou mobiliser ses ressources minières et énergétiques pour s’insérer dans les nouvelles chaînes de valeur de l’acier bas carbone. Les moyens existent. Il reste à fixer une trajectoire claire, à réformer l’accès au rail, à accélérer l’exploration des gisements nationaux, à maintenir la constance des choix dans la durée et à basculer résolument dans l’exécution, en commençant par la modernisation urgente de la SNIM.
Mohamed El Mokhtar Sidi Haiba
